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Dans les salles de classe, les ordinateurs portables sont toujours ouverts et l’intelligence artificielle transforme déjà la manière dont on apprend le droit. Les étudiantes et étudiants utilisent de plus en plus les outils d’IA pour transcrire leurs cours, rédiger leurs plaidoyers et même créer des balados personnalisés à partir des lectures recommandées. Alors que le débat public se concentre principalement sur les risques liés au contenu dégénératif et à l’érosion de la pensée critique, deux professeurs de droit de l’Université d’Ottawa ont décidé d’adopter une approche différente : si l’IA est là pour de bon, il est urgent d’apprendre à bien l’utiliser.

Les professeurs Steve Lorteau et Doug Sarro se trouvent à l’avant-garde de cette discussion. Dans un récent article à comité de lecture, intitulé Artificial Intelligence in Legal Education: A Scoping Review, ils proposent l’une des analyses les plus complètes à ce jour de l’utilisation de l’IA dans les facultés de droit à travers le monde, mettant ainsi en lumière les bons coups, les échecs et les incertitudes.

S’appuyant sur 82 travaux de recherche provenant de 26 juridictions, leur étude va au-delà des hypothèses et brosse un tableau clair fondé sur des données probantes. Elle conclut que si les outils d’IA peinent encore à bien exécuter des tâches juridiques complexes, ils se révèlent très prometteurs en tant qu’outils d’enseignement. Lorsqu’elle est bien utilisée, l’IA peut favoriser l’apprentissage interactif, améliorer la rédaction de textes juridiques et rendre la formation en droit plus accessible. Néanmoins, l’étude met aussi en évidence des risques réels, notamment une confiance excessive, l’introduction de biais et un manque de transparence.

Plutôt que de recommander des interdictions générales ou une adoption sans discernement, les deux professeurs plaident en faveur d’une approche plus nuancée, fondée sur des données probantes. Le professeur Lorteau explique que cette étude lui a ouvert les yeux sur le potentiel de l’IA pour améliorer les méthodes d’enseignement existantes, par exemple en cernant les concepts qui posent le plus de difficultés aux étudiantes et étudiants et en fournissant des commentaires ciblés sur les exercices pratiques réalisés en classe.

Leur article met aussi en évidence un besoin grandissant : les facultés de droit subissent une pression de plus en plus forte pour préparer la relève à exercer une profession où les outils d’IA sont déjà utilisés quotidiennement, alors que bon nombre de professeures et professeurs ne savent toujours pas comment les intégrer à leurs cours sans en compromettre l’intégrité pédagogique. Pour y répondre, les professeurs Lorteau et Sarro ont décidé de réaliser une série de modules vidéo bilingues destinés à aider les pédagogues en droit à intégrer efficacement l’IA dans leur enseignement.

Bénéficiant d’une subvention du Fonds pour le Droit de demain de l’Association du Barreau canadien, la série de vidéos proposera des conseils concrets et détaillés pour faire face à diverses situations qui peuvent se produire en classe. Les modules, qui s’appuieront sur l’étude scientifique, montreront comment utiliser l’IA pour générer des exposés visuels des faits, des exercices d’apprentissage interactifs, des commentaires personnalisés à l’intention des étudiantes et étudiants et du matériel pédagogique. Chaque module sera ancré dans les conclusions de la recherche; de cette façon, les recommandations relèveront non seulement de l’innovation, mais aussi de pratiques éprouvées et des limites connues.

La Section de common law félicite les professeurs Lorteau et Sarro pour cette importante contribution et se réjouit de l’impact à venir de leurs travaux d’avant-garde sur l’enseignement du droit. Ceux-ci témoignent également du rôle de chef de file que joue l’Université d’Ottawa pour conjuguer IA et droit, ainsi que pour promouvoir une innovation responsable et interdisciplinaire en IA à l’échelle institutionnelle.