Dramaturge, traductrice et scénariste établie à Ottawa-Gatineau, Mishka Lavigne compte parmi les voix les plus marquantes du théâtre francophone canadien contemporain. Son écriture, à la fois poétique et incarnée, traverse les frontières et fait dialoguer les cultures. Dans cette entrevue avec le Département de français, elle s’entretien sur sa démarche artistique, son rapport à l’écriture et nous donne un avant-goût de ses œuvres à venir.
Q : Y a-t-il un évènement, une rencontre ou une lecture qui a déclenché votre désir d’écrire?
M.L. : Je ne sais pas si je peux mettre le doigt sur un événement précis. J’ai toujours été une lectrice vorace et je fréquentais assidument la bibliothèque du petit village où j’ai grandi, d’abord avec ma mère, ensuite toute seule. J’y ai même travaillé, adolescente. Je crois que c’est vraiment au contact des livres, en comprenant que quelqu’un·e devait bien les avoir écrits, que je me suis dit que je pourrais faire ça moi aussi.
Pour ce qui est du théâtre, j’étais fan des classiques théâtraux présentés parfois en reprise à la télévision dans une émission qui s’appelait Les beaux dimanches. Je me souviens notamment de Gabriel Gascon jouant Le Tartuffe de Molière. Par contre, ma première expérience marquante dans une salle de théâtre a été en première année de secondaire, quand on nous amené voir La mandragore de Machiavel au Centre national des arts. J’étais sous le choc, complètement soufflée. Et c’est à ce moment-là que j’ai su que je voulais faire du théâtre. J’ai d’abord voulu être comédienne, ma première formation. J’ai d’ailleurs joué, en français et en anglais, pendant un certain temps, mais l’écriture m’accompagnait depuis longtemps aussi. J’ai éventuellement compris que je préférais écrire.
Q : À quoi ressemble votre processus d’écriture? Comment savez-vous qu’un texte est terminé?
M.L. : En tant qu’autrice de théâtre, on sait généralement qu’un texte est terminé quand il aboutit sur la scène, mais encore, on ne peut jamais en être complètement certain·e. Les textes peuvent encore bouger, souvent jusqu’à la première.
Un des gros avantages de l’écriture théâtrale est de pouvoir tester son travail par le biais de laboratoires avec des interprètes. Pour moi, ces étapes sont primordiales, tant dans mon processus de création qu’en tant que traductrice pour la scène.
Q : Y a-t-il un de vos livres qui vous est particulièrement cher? Pourquoi?
M.L. : Havre est mon texte qui a été le plus joué. Comme c’est aussi le plus traduit (en anglais, en allemand, en espagnol et en roumain), il a beaucoup voyagé. J’ai vu, jusqu’à maintenant, presque toutes les productions du spectacle. Je verrai même prochainement une production en allemand à Zürich.
Ce texte se passe à Ottawa, c’est mon texte le plus ancré dans ma ville et dans ma vie, et je suis toujours étonnée de voir à quel point il résonne partout dans le monde, en plusieurs langues, pour toutes sortes de publics différents. J’aime beaucoup (surtout quand je ne parle pas la langue qui est sur scène) regarder les gens dans le public, regarder leurs réactions. Il n’est pas rare de voir des gens pleurer, de voir des gens ému·es, et pour moi c’est parce que Havre parle de quelque chose de très universel : le deuil, l’absence, comment faire face au vide qui nous habite toustes, que l’on vit ou que l’on vivra toustes.
Q : Quel conseil donneriez-vous à une personne qui cherche à publier une première œuvre littéraire?
M.L. : Moins spécifiquement pour la publication, mais mon conseil à une personne qui veut écrire est toujours le même : pour écrire, pour créer de l’art, il faut être immensément curieux·se du monde qui nous entoure. Il faut marcher dans la ville et prendre en photo des choses qu’on trouve belles, il faut consommer de l’art, de la beauté, sous n’importe quelle forme, il faut décortiquer des films, des livres, des séries télé, des pièces de théâtre, de la danse, pour comprendre comment ces œuvres façonnent une histoire. Et c’est un travail qui devient plus facile, plus on y est exposé. Et aussi, il faut être curieux·se des autres humain·es autour de nous : comprendre comment iels vivent, pourquoi iels posent les gestes qu’iels font, comment iels connectent avec les autres, ce qu’iels cherchent.
Je suis aussi profondément convaincue que tout art est politique, parce qu’il s’inscrit dans le monde dans lequel il est créé. Il n’est pas nécessaire de revendiquer quelque chose dans l’art pour qu’il s’inscrive dans le politique. L’intime peut aussi être politique. Chercher à aller à la rencontre des autres, chercher à comprendre le monde, est déjà un acte politique en soi.
Q : Avez-vous des travaux en cours pour une prochaine œuvre?
M.L. : Je travaille présentement sur un nouveau texte où j’explore la forme du chœur antique dans un contexte contemporain. Je joue avec la forme pour ce projet qui est encore embryonnaire. Je compte m’y plonger davantage dès le printemps.
Je travaille aussi un texte à quatre mains avec l’autrice acadienne Caroline Bélisle, texte ancré dans l’univers des musées et des galeries d’art, où nous nous penchons sur la notion de la beauté. Encore ici, ce projet est à ses balbutiements.
Je viens de terminer un long cycle de création qui aboutira sur scène en 2027, donc j’ai l’impression maintenant de commencer une autre page de mon écriture.
Q : Y a-t-il un évènement, une rencontre ou une lecture qui a déclenché votre désir d’écrire?
M.L. : Je ne sais pas si je peux mettre le doigt sur un événement précis. J’ai toujours été une lectrice vorace et je fréquentais assidument la bibliothèque du petit village où j’ai grandi, d’abord avec ma mère, ensuite toute seule. J’y ai même travaillé, adolescente. Je crois que c’est vraiment au contact des livres, en comprenant que quelqu’un·e devait bien les avoir écrits, que je me suis dit que je pourrais faire ça moi aussi.
Pour ce qui est du théâtre, j’étais fan des classiques théâtraux présentés parfois en reprise à la télévision dans une émission qui s’appelait Les beaux dimanches. Je me souviens notamment de Gabriel Gascon jouant Le Tartuffe de Molière. Par contre, ma première expérience marquante dans une salle de théâtre a été en première année de secondaire, quand on nous amené voir La mandragore de Machiavel au Centre national des arts. J’étais sous le choc, complètement soufflée. Et c’est à ce moment-là que j’ai su que je voulais faire du théâtre. J’ai d’abord voulu être comédienne, ma première formation. J’ai d’ailleurs joué, en français et en anglais, pendant un certain temps, mais l’écriture m’accompagnait depuis longtemps aussi. J’ai éventuellement compris que je préférais écrire.
Q : À quoi ressemble votre processus d’écriture? Comment savez-vous qu’un texte est terminé?
M.L. : En tant qu’autrice de théâtre, on sait généralement qu’un texte est terminé quand il aboutit sur la scène, mais encore, on ne peut jamais en être complètement certain·e. Les textes peuvent encore bouger, souvent jusqu’à la première.
Un des gros avantages de l’écriture théâtrale est de pouvoir tester son travail par le biais de laboratoires avec des interprètes. Pour moi, ces étapes sont primordiales, tant dans mon processus de création qu’en tant que traductrice pour la scène.
Q : Y a-t-il un de vos livres qui vous est particulièrement cher? Pourquoi?
M.L. : Havre est mon texte qui a été le plus joué. Comme c’est aussi le plus traduit (en anglais, en allemand, en espagnol et en roumain), il a beaucoup voyagé. J’ai vu, jusqu’à maintenant, presque toutes les productions du spectacle. Je verrai même prochainement une production en allemand à Zürich.
Ce texte se passe à Ottawa, c’est mon texte le plus ancré dans ma ville et dans ma vie, et je suis toujours étonnée de voir à quel point il résonne partout dans le monde, en plusieurs langues, pour toutes sortes de publics différents. J’aime beaucoup (surtout quand je ne parle pas la langue qui est sur scène) regarder les gens dans le public, regarder leurs réactions. Il n’est pas rare de voir des gens pleurer, de voir des gens ému·es, et pour moi c’est parce que Havre parle de quelque chose de très universel : le deuil, l’absence, comment faire face au vide qui nous habite toustes, que l’on vit ou que l’on vivra toustes.
Q : Quel conseil donneriez-vous à une personne qui cherche à publier une première œuvre littéraire?
M.L. : Moins spécifiquement pour la publication, mais mon conseil à une personne qui veut écrire est toujours le même : pour écrire, pour créer de l’art, il faut être immensément curieux·se du monde qui nous entoure. Il faut marcher dans la ville et prendre en photo des choses qu’on trouve belles, il faut consommer de l’art, de la beauté, sous n’importe quelle forme, il faut décortiquer des films, des livres, des séries télé, des pièces de théâtre, de la danse, pour comprendre comment ces œuvres façonnent une histoire. Et c’est un travail qui devient plus facile, plus on y est exposé. Et aussi, il faut être curieux·se des autres humain·es autour de nous : comprendre comment iels vivent, pourquoi iels posent les gestes qu’iels font, comment iels connectent avec les autres, ce qu’iels cherchent.
Je suis aussi profondément convaincue que tout art est politique, parce qu’il s’inscrit dans le monde dans lequel il est créé. Il n’est pas nécessaire de revendiquer quelque chose dans l’art pour qu’il s’inscrive dans le politique. L’intime peut aussi être politique. Chercher à aller à la rencontre des autres, chercher à comprendre le monde, est déjà un acte politique en soi.
Q : Avez-vous des travaux en cours pour une prochaine œuvre?
M.L. : Je travaille présentement sur un nouveau texte où j’explore la forme du chœur antique dans un contexte contemporain. Je joue avec la forme pour ce projet qui est encore embryonnaire. Je compte m’y plonger davantage dès le printemps.
Je travaille aussi un texte à quatre mains avec l’autrice acadienne Caroline Bélisle, texte ancré dans l’univers des musées et des galeries d’art, où nous nous penchons sur la notion de la beauté. Encore ici, ce projet est à ses balbutiements.
Je viens de terminer un long cycle de création qui aboutira sur scène en 2027, donc j’ai l’impression maintenant de commencer une autre page de mon écriture.