Vivien M. Slezak
Vivien M. Slezak | Crédit Image: C. L. Cusack
L’expérience de Vivian M. Slezak dans des salles de classe diversifiées a nourri sa volonté d’enseigner et d’apprendre auprès de personnes aux perspectives variées.

Cependant, la transition soudaine vers l’enseignement en ligne pendant la pandémie a mis en évidence les lacunes de son approche en matière d’inclusion, en particulier dans les environnements virtuels. Dans son projet de doctorat, elle cherche des moyens de créer des environnements numériques inclusifs qui favorisent un accès équitable aux études supérieures.  Dans cet entretien de la série Les universitaires en éducation, elle revient sur les expériences qui l'ont inspirée à poursuivre des études supérieures à l'Université d'Ottawa.  

Parlez-nous de votre parcours professionnel.

Je suis quelqu’un qui aime créer des liens avec les autres. Je suis revenue dans le milieu universitaire après avoir travaillé plusieurs années comme professeure d’anglais langue seconde et de communication au sein d’établissements d’enseignement postsecondaire à Toronto et à l’étranger.  

Au début de ma carrière, j’ai travaillé à l’étranger, dans des contextes qui m’étaient très peu familiers à bien des égards. J’ai choisi d’accueillir ces expériences comme autant d’occasions d’apprendre de ces gens et de ces environnements que je découvrais. Et pas seulement dans mon rôle d’enseignante. Pour moi, s’ouvrir à l’inconnu, c’est aller à la rencontre des autres et apprendre à écouter et à communiquer, tant dans nos ressemblances que dans nos différences. C’est à table avec d’autres, au fil des conversations quotidiennes et des nombreux repas (et soirées de karaoké!) que j’ai commencé à mieux comprendre les différentes façons d’être et de connaître. Ces expériences ont influencé ma façon d’enseigner dans les collèges canadiens et continuent d’orienter ma réflexion sur le sentiment d’appartenance et la responsabilité relationnelle en éducation.  

En tant que doctorante en quatrième année et chercheuse émergente, je m’appuie sur mon expérience personnelle pour mener mes travaux, qui portent sur la pluralité des expériences de celles et ceux qui poursuivent des études supérieures en ligne.  

Présentez-nous votre projet de recherche doctoral.

Mon projet de doctorat porte sur l’expérience des futurs enseignantes et enseignants racisés qui font leurs études supérieures en ligne au Canada. À partir d’une méthode d’enquête narrative, j’ai conçu une étude qualitative dans laquelle les participantes et participants parlent de leur expérience lorsque leurs cours de premier cycle ont été transférés en ligne en raison de la pandémie. Les étudiantes et étudiants en enseignement ont une double perspective intéressante parce qu’il leur est possible de puiser dans leurs expériences antérieures pour se rappeler les moments, les sentiments et les conséquences, mais aussi pour imaginer leurs futures pratiques d’enseignement en ligne.  

C’est très stimulant de collaborer avec des personnes qui croient au grand potentiel des espaces en ligne pour l’éducation postsecondaire. Leurs expériences passées et celles que nous avons vécues ensemble dans ce projet mettent en lumière la nécessité de mieux préparer les enseignantes et enseignants d’aujourd’hui et de demain en leur donnant des outils pour concevoir des espaces d’apprentissage en ligne qui reflètent et valorisent la diversité des classes ainsi que leur conscience critique – le tout dans une démarche ancrée dans la pensée de Freire et où ces personnes développent leur pouvoir d’agir avec l’appui de leurs pairs et du corps professoral.

De plus, ce projet nous aidera à repenser l’éducation en ligne – tant sa conception que sa mise en œuvre – afin que les expériences d’apprentissage s’apparentent à un écosystème qui fait circuler et soutient l’engagement contre le racisme, l’excellence universitaire, la conscience critique, l’esprit de communauté et l’amour.  

Où avez-vous puisé votre inspiration? 

Quand j’enseignais dans le secteur collégial au Canada, mes classes étaient composées d’étudiantes et d’étudiants issus de communautés culturelles et ethniques très diverses. Un jour, j’ai commencé à prendre conscience que ma façon d’enseigner n’était pas toujours inclusive, mais je ne savais pas trop comment faire évoluer ma pratique, ce qui me mettait très mal à l’aise. C’est en désapprenant que j’ai réussi à rapprocher mon expérience d’enseignante et une approche plus critique et réfléchie de l’enseignement. Pour y arriver, j’ai dû remettre en question mes idées reçues, y compris celles façonnées par ma position sociale.  

Ce processus continue d’influencer mes recherches au doctorat. Mon intérêt de longue date pour la pédagogie – qui s’est renforcé depuis la pandémie – repose principalement sur un engagement en faveur de l’excellence universitaire et du renforcement du tissu social dans les espaces en ligne.  

Et compte tenu des caractéristiques propres à la formation à distance, l’enseignement en ligne n’est pas naturellement conçu pour offrir à tout le monde l’accès équitable à l’expérience pédagogique et le sentiment d’appartenance que procurent les cours donnés en classe.  

C’est dans cette perspective que j’ai décidé de poursuivre mes études au doctorat. Je voulais mener des recherches visant l’intégration de pratiques équitables et antiracistes dans l’éducation supérieure en ligne. Je cherche particulièrement à faire entendre, voire amplifier, les voix trop souvent marginalisées en raison de l’origine ethnique et des différences culturelles.  

À qui pourraient profiter vos travaux de recherche? 

Les premières personnes qui me viennent à l’esprit sont les participantes et participants avec qui je travaille dans le cadre de mes recherches.  

Après avoir passé du temps, réfléchi et discuté avec ces futures enseignantes et futurs enseignants au sujet de leur expérience de l’éducation supérieure en ligne, j’espère que ce travail leur sera bénéfique à plusieurs égards. J’espère d’abord que leur expérience alimentera de nouvelles recherches et que nos expériences communes orienteront leurs propres pratiques pédagogiques en plus de les encourager à faire preuve d’une imagination assumée tout en privilégiant l’équité et la bienveillance.  

Mes recherches pourraient aussi contribuer à l’élaboration des programmes de formation en enseignement et à la conception de matériel pédagogique. Elles pourraient aussi avoir des répercussions sur les activités de perfectionnement professionnel du personnel enseignant, notamment sur les formations qui approchent l’enseignement d’une façon plus critique et les formations sur l’enseignement en ligne.  

Enfin, je souhaite que mes travaux orientent les futures approches pédagogiques dans l’éducation supérieure en ligne au Canada afin que les cultures y soient mieux valorisées et que les contenus d’apprentissage et d’enseignement soient dynamisés grâce à des approches inclusives et antiracistes qui vont au-delà d’une simple sensibilisation au multiculturalisme.

Comment votre façon de penser a-t-elle évolué?

Je ne connaissais pas le concept de « désapprendre » avant mes études supérieures. Désapprendre, c’est remettre en question et bousculer ce que nous en sommes venus à considérer comme normal dans le domaine de l’éducation. Des universitaires comme Paulo Freire et bell hooks nous rappellent qu’apprendre, ce n’est pas seulement acquérir des connaissances; c’est aussi porter un regard critique sur ce que nous avons intériorisé.  

Dans mes travaux, cette idée rejoint également les travaux d’autres érudites et érudits canadiens comme Dwayne Donald, Timothy Stanley, Verna St. Denis et George Sefa Dei, qui nous invitent à repenser la manière dont l’histoire, les relations et les systèmes de connaissances façonnent l’enseignement et l’apprentissage.  

Ce concept m’a influencée d’une manière que je n’avais pas prévue. Les espaces qui nous permettent de désapprendre sont ceux où s’effectue un travail difficile et nécessaire, tant sur le plan intellectuel que personnel. S’y côtoient la perplexité et le questionnement, la culpabilité et la honte, de même que la réflexion, la recherche, l’ouverture, la prise de recul et même l’amour.  

Ces espaces élargissent la notion de « voyage dans une attitude joueuse d’un monde à d’autres » développée par Lugones (1987) pour en faire des occasions de dialogue respectueux qui vont au-delà des différences, favorisant le croisement entre identité, foyer, communauté et école. Lorsque ces espaces sont cultivés dans le milieu de l’éducation, ils ouvrent de nouvelles possibilités pédagogiques, façonnant l’apprentissage de manière authentique et transformatrice.  

Pourquoi avez-vous choisi l’Université d’Ottawa? 

Lorsque j’ai entamé les démarches pour postuler au doctorat, je savais que je souhaitais intégrer une université qui considérait le doctorat comme bien plus qu’un simple diplôme : c’est une étape profondément significative et transformatrice. Dès le début, la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa m’a clairement fait comprendre cela par son accueil chaleureux et son ouverture d’esprit. J’ai rapidement compris ce qu’était une éthique de l’attention, qui s’est incarnée dans les relations évolutives avec mon directeur de thèse, mes professeurs et mes pairs. Participer à des conversations stimulantes et ouvertes sur le monde suscite des points de vue variés et encourage un engagement accru, ainsi qu’une pause pour réfléchir et (re)examiner qui je suis par rapport aux enjeux importants de l’éducation et du monde qui m’entoure. La collaboration avec des membres du corps professoral qui sont des leaders dans la recherche en éducation a considérablement enrichi mes connaissances. Pour moi, l’Université d’Ottawa, et plus particulièrement la Faculté d’éducation, incarne la diversité, la rigueur intellectuelle et des systèmes de soutien profondément humains. C’est une communauté engagée en faveur de la paix, du désapprentissage et du réapprentissage, ainsi que d’un progrès réfléchi. Pourquoi l’Université d’Ottawa ? Parce qu’elle est façonnée par des personnes qui s’investissent sincèrement les unes pour les autres et accomplissent un travail remarquable.

En savoir plus.

Vivien M. Slezak est doctorante en éducation à l'Université d'Ottawa. Ses recherches portent notamment sur l'équité dans l'enseignement supérieur, l'apprentissage en ligne, l'expérience étudiante et l'approche narrative.