Une femme faisant de l'exercice dans son appartement
Selon les statistiques canadiennes sur le cancer, plus de 9 000 adolescentes et adolescents et jeunes adultes âgés de 15 à 39 ans ont reçu un diagnostic de cancer au Canada en 2025. Ce chiffre s’inscrit dans la tendance à la hausse du nombre de cancers précoces observée à l’échelle mondiale.

Les jeunes adultes se retrouvent souvent dans l’angle mort des systèmes de santé pédiatrique et adulte, et beaucoup d’entre eux rapportent un manque de soutien une fois leur traitement médical terminé, explique Jennifer Brunet, professeure à l’École des sciences de l’activité physique (Faculté des sciences de la santé) de l’Université d’Ottawa.

La professeure Brunet et son équipe de recherche ont mis au point une intervention de counselling visant à promouvoir l’activité physique chez les jeunes adultes âgés de 18 à 39 ans ayant été traités pour un cancer. Les résultats d’une étude randomisée menée auprès d’un petit échantillon suggèrent que cette intervention pourrait aider les jeunes adultes à faire davantage d’activité physique pour composer avec des effets secondaires physiques et psychologiques persistants.

Combler une lacune dans les soins post-cancer

« Il y a assurément une lacune dans les soins de soutien offerts », affirme la professeure Brunet, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la promotion de l’activité physique et la prévention du cancer.

« Dans le contexte actuel, où le système de santé ne parvient pas à répondre à la demande, les soins de soutien ne sont pas toujours une priorité. Je pense que les chercheuses et chercheurs ont un rôle à jouer pour combler cette lacune et améliorer l’accès à des soins spécialisés et adaptés. » 

Pour aider à remédier à cette situation, la professeure a mis au point une intervention qui vise à favoriser un changement de comportement. Nommée ACCESS, celle-ci propose six séances de 60 minutes, échelonnées sur 12 semaines, avec une conseillère ou un conseiller en activité physique. Pour plus de souplesse, les séances individuelles se déroulent par vidéoconférence. L’idée est d’offrir un soutien personnalisé aux participantes et participants pour les inciter à adopter un mode de vie actif. Ils pourront ainsi mieux gérer leurs effets secondaires physiques et psychologiques, et améliorer leur bien-être général une fois le traitement du cancer terminé.

« Il y a une idée très répandue chez les patientes et patients, mais aussi parmi les membres de la famille, les amis ou les collègues, selon laquelle on reprend simplement sa vie normale après la fin des traitements, explique la professeure Brunet. Or, ce n’est pas comme ça que ça se passe. » 

D’après la professeure, la majorité des individus continuent de subir toutes sortes d’effets secondaires : diminution de la force musculaire et de la densité osseuse, variations du poids corporel, anxiété, « brouillard mental » et fatigue chronique, entre autres. Cela peut évidemment jouer sur la motivation à adopter un mode de vie actif.

Trouver la motivation et procéder par étapes

Le counselling vise à stimuler la motivation en commençant par élargir la conception qu’on se fait de l’activité physique. « Ça inclut l’exercice physique, bien sûr, mais aussi le mouvement, n’importe quel type de mouvement, explique la professeure Brunet. Le simple fait d'aider les gens à comprendre ça a un impact considérable. Les gens ont souvent l’impression qu’ils doivent aller au gym, s’inscrire à un cours de conditionnement physique ou faire un exercice très intense, alors qu’ils ne sont pas nécessairement prêts pour ça. On leur dit de commencer doucement, de faire d’abord des blocs de 10 minutes d’activité modérée, par exemple. Il est prouvé que le simple fait de bouger a des bénéfices pour la santé. »

Deux personnes marchant dans un parc

Au total, 42 jeunes adultes âgés de 18 à 39 ans ont pris part à l’essai contrôlé randomisé après avoir terminé leur traitement médical contre le cancer. L’essai, qui s’est conclu en 2023, a permis d’offrir l’intervention ACCESS à 18 personnes participantes, lesquelles ont bénéficié de séances individualisées. Vingt-deux autres personnes ont poursuivi les soins usuels et ont reçu le guide de l’intervention à la fin de l’essai. Tant les personnes participantes que les conseillères et conseillers ont reconnu le potentiel de l’intervention pour augmenter les niveaux d’activité physique, y voyant des stratégies concrètes adaptées à leur situation.

« L’intervention m’a permis de dépasser cette expérience très traumatisante et de réparer la relation que j’entretiens avec mon corps », a dit l’une des personnes participantes.

Vers une nouvelle norme de soins

La professeure Brunet et son équipe de recherche, qui comprend des expertes et experts en oncologie, en physiologie de l’exercice et en psychologie de l’activité physique du Canada et d’ailleurs, amorcent maintenant la prochaine phase du projet : un essai contrôlé randomisé à grande échelle. Grâce à une subvention de cinq ans des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), ils pourront comparer les effets de l’intervention ACCESS et des soins habituels sur le niveau d’activité physique et le bien-être immédiatement après la fin des séances de counselling et neuf mois plus tard. Ils analyseront également en quoi l’intervention favorise les changements dans le niveau d’activité physique pour voir comment elle peut être optimisée.

Si l’essai démontre que l’intervention ACCESS est liée à une augmentation du niveau d’activité physique et de bien-être des personnes participantes, cela pourrait préparer le terrain à l’offrir en pratique, explique la professeure. Cette dernière croit que la promotion de l’activité physique pourrait devenir la norme de soins pour les jeunes adultes ayant souffert d’un cancer, au même titre que la réadaptation par l’exercice pour la patientèle atteinte de maladies cardiovasculaires.