Cet ancrage a amené les deux lauréates du Prix de la chercheuse ou du chercheur en début de carrière (décerné par le Cabinet du vice-rectorat à la recherche et à l’innovation de l’Université d’Ottawa) à privilégier des travaux axés sur la résolution de problèmes réels et à transformer leurs résultats de recherche en changements tangibles.
Sarra Magdouli
Professeure adjointe au Département de génie civil, Faculté de génie
Ayant travaillé en recherche et développement ainsi qu’en expertise-conseil environnementale dans le secteur minier au Québec, la professeure Sarra Magdouli a observé de près les conséquences de cette industrie : sites contaminés, gaspillage de ressources et collectivités qui doivent elles-mêmes gérer les répercussions à long terme des activités d’extraction. Son bagage exerce une influence directe sur les questions de recherche qu’elle explore aujourd’hui.
Les travaux de la professeure Magdouli se situent au carrefour de la biotechnologie environnementale et de récupération des ressources. En utilisant des micro-organismes naturellement adaptés aux milieux hostiles riches en métal, elle met au point des procédés qui permettent à la fois d’assainir des sols et des eaux contaminées et de récupérer des métaux critiques, comme le cobalt, le lithium et les éléments de terres rares, essentiels aux batteries et aux technologies d’énergie propre.
Son approche : considérer les déchets industriels non plus comme un fardeau à gérer, mais comme une ressource à valoriser.
« Je me suis demandé s’il était possible de s’attaquer simultanément à la pollution et à l’épuisement des ressources. »
Sarra Magdouli
— Département de génie civil
Le programme de recherche de la professeure ne se limite pas aux travaux en laboratoire : il a aussi pour objectif de former la relève en génie à travailler au-delà des frontières disciplinaires. Il mise sur le génie environnemental, la microbiologie, la science des matériaux et l’intelligence artificielle pour relever des défis complexes qui dépassent le cadre d’un seul domaine.
Son objectif est de rapprocher ces biotechnologies de leur application concrète, à plus grande échelle, en renforçant les partenariats avec l’industrie et en générant des retombées plus tangibles pour les collectivités.
Ce qui caractérise le travail de la professeure Magdouli, c’est sa capacité à aborder des problèmes que bon nombre dans le domaine considèrent comme inévitables. Forte d’une expérience professionnelle en recherche et en milieu industriel, elle pose des questions différentes sur la valeur, la responsabilité et les possibilités dans un contexte de contraintes environnementales, et s’en sert pour élaborer ses travaux. Sa façon différente d’aborder les choses, de même que sa ferme volonté d’avoir un impact concret, lui ont valu cette reconnaissance.
Nicole Racine
Professeure agrégée à l’École de psychologie, Faculté des sciences sociales
Le parcours de la professeure Nicole Racine en recherche n’a pas débuté dans un laboratoire, mais dans un centre communautaire. Pendant un été, dans le cadre du programme « Mother Goose », elle a coanimé des séances de jeu destinées à des mères et à de jeunes enfants ayant vécu des traumatismes et de la violence familiale. Ce qu’elle y a observé – des femmes déterminées à offrir un environnement plus sûr et plus stable à leurs enfants – a orienté sa trajectoire scientifique.
Aujourd’hui, le nom de la professeure Racine circule de plus en plus à l’échelle nationale dans le domaine de la santé mentale des jeunes enfants, et ses travaux éclairent les réflexions en matière de politiques publiques.
La professeure a dirigé une étude qui mesure l’ampleur des troubles mentaux chez les jeunes enfants au Canada, révélant qu’un enfant sur dix reçoit un diagnostic avant l’âge scolaire. Ces résultats ont comblé une lacune importante, tant pour les responsables de politiques que pour les cliniciennes et cliniciens, en fournissant les données nécessaires au repérage précoce et à la planification des services.
Pendant la pandémie de COVID-19, son article traitant des effets de la crise sur la santé mentale des enfants et des jeunes, paru dans la revue JAMA Pediatrics, a suscité l’intérêt de la communauté internationale. Des organisations comme l’Organisation mondiale de la Santé et la Banque mondiale ont repris ses idées lors de discussions stratégiques.
« Les questions les plus importantes ne naissent pas dans les milieux universitaires; elles viennent des communautés que nous servons. »
Nicole Racine
— École de psychologie
Cette approche enracinée dans les milieux communautaires guide également la recherche interventionnelle de la professeure. À titre de chercheuse principale d’une étude financée par les IRSC à hauteur de 1,2 million de dollars, elle travaille à cerner les composantes actives des interventions précoces en santé mentale chez les enfants confrontés à l’adversité.
La professeure se distingue autant par l’ampleur de ses travaux que par la clarté de leur visée. Elle s’appuie sur des données populationnelles, la recherche clinique et des interventions sur le terrain pour établir un lien entre les données probantes et l’action, en apportant des réponses à des questions qui taraudent depuis longtemps les responsables de politiques et les praticiennes et praticiens. Le Prix de la chercheuse ou du chercheur en début de carrière lui a été décerné pour son leadership intellectuel, sa pertinence sociale et son engagement soutenu sur le terrain.
Le Prix de la chercheuse ou du chercheur en début de carrière est présenté chaque année par le Cabinet du vice-rectorat à la recherche et à l’innovation de l’Université d’Ottawa. Il souligne le parcours de membres du corps professoral qui ont démontré un potentiel exceptionnel et apporté d’importantes contributions à la recherche à l’Université.