Étudiant de la FSS en stage au Vietnam
Mon stage au Vietnam s'est avéré très différent de ce que j'avais imaginé du « travail à l'international »...

Xinrui Wu, Baccalauréat en développement international et mondialisation, 4ème année
Pays de stage : Vietnam
ONG canadienne : MAC
ONG locale : AEPD

Mon stage au Vietnam s’est avéré très différent de ce que j’avais imaginé du « travail international ». Une fois plongée dans le milieu du projet, j’ai réalisé que mon quotidien tournait principalement autour de tâches très spécifiques, pratiques et parfois chaotiques.

Pendant mon stage dans la province de Quang Binh, l’organisation avec laquelle je travaillais se consacrait principalement à l’autonomisation des personnes en situation de handicap. J’ai participé à des visites de communautés et à des ateliers, pris des notes lors des réunions, classé des documents et aidé à la rédaction de propositions et de documents liés au projet. La plupart du temps, les journées ne me semblaient pas aussi structurées ou abouties que les études de cas dont nous discutions en cours. Au contraire, le travail consistait souvent en une multitude de petites tâches imprévues.

Parfois, nous devions partir tôt le matin pour nous rendre dans les villages. Plus nous nous enfoncions dans la campagne, plus les routes devenaient étroites, avec de vastes rizières s’étendant de part et d’autre. En chemin, le personnel local contactait constamment les responsables communautaires, et il nous arrivait même parfois de devoir changer d’itinéraire à la dernière minute.

La première fois que j’ai assisté à un atelier communautaire, j’étais en fait très nerveuse. À cause de la barrière de la langue, je ne comprenais pas tout ce dont tout le monde discutait, alors je n’arrêtais pas d’ouvrir des applications de traduction sur mon téléphone et je craignais de prendre du retard. Au fil du temps, j’ai peu à peu trouvé ma place. J’aidais à préparer la salle, à organiser le matériel, à prendre des photos, à consigner le déroulement des activités et à observer les discussions autour de moi.

Je me souviens d’un jour en particulier où nous avons rendu visite à plusieurs foyers dans le même village. Il faisait extrêmement chaud, et chaque fois qu’une moto passait sur le chemin de terre, elle laissait derrière elle des nuages de poussière rouge. Lorsque nous sommes arrivés chez une famille, je m’attendais à ce que nous commencions immédiatement l’entretien officiel. Au lieu de cela, notre hôte nous a invités à nous asseoir et à boire un verre d’eau d’abord. La conversation a commencé par des sujets tout à fait banals, comme s’il avait plu récemment, comment les enfants se débrouillaient à l’école, et quelle famille du village avait récemment construit une nouvelle maison.

Au début, je ne comprenais pas vraiment pourquoi nous passions autant de temps à parler de choses sans rapport. D’après notre planning, nous devions encore recueillir les informations rapidement et passer au foyer suivant. Mais le membre du personnel local qui dirigeait la visite est resté patient et ne s’est jamais précipité pour aborder les questions principales.

Ce n’est que plus tard que la famille a commencé à parler de ses véritables difficultés. Ses toilettes étaient cassées depuis longtemps, mais elle avait honte d’en parler car d’autres équipes de projet étaient déjà venues, avaient posé des questions, puis n’étaient jamais revenues.

C’est à ce moment-là que j’ai compris que ces conversations informelles n’étaient pas du tout dénuées de sens. Pour de nombreuses communautés, les étrangers qui arrivent avec des documents et des projets ne gagnent pas automatiquement leur confiance. Les gens ont d’abord besoin de sentir que vous êtes disposé à les écouter en tant qu’individus, plutôt que de simplement remplir des formulaires et collecter des informations. Dans de nombreux cas, la relation entre les personnes importait plus que n’importe quel document officiel.

Outre les activités communautaires, j’ai également consacré beaucoup de temps au travail de bureau, notamment à l’organisation de documents en anglais, à la révision de propositions et à la vérification de documents traduits. Parfois, un même document devait être révisé à plusieurs reprises car de nombreux partenaires étaient impliqués, et certaines formulations devaient être traitées avec beaucoup de soin.

Une expérience qui m’a particulièrement marquée a été ma participation à une proposition concernant des installations d’eau et d’assainissement pour les enfants issus de minorités ethniques dans une région montagneuse. Nous avons dû vérifier à plusieurs reprises le budget, la conception des toilettes, le nombre d’élèves et les modalités de construction. C’est là que j’ai vraiment compris pour la première fois que le travail de développement international ne se résume pas aux théories abordées en cours. Il s’agit en grande partie d’un travail de mise en œuvre minutieux, pratique et souvent chronophage, qui exige de la patience.

Avec le recul, je pense que ce que j’ai surtout retenu, ce n’est pas l’acquisition d’une compétence spécifique. C’est plutôt d’avoir vu, pour la première fois, à quoi ressemble réellement le travail de développement international dans la pratique. Il n’est pas toujours ponctué de moments spectaculaires où l’on « change le monde ». Le plus souvent, il consiste en des visites de communautés, des réunions, des révisions de documents et de nombreuses tâches ordinaires qui peuvent sembler insignifiantes mais qui doivent tout de même être accomplies.