Sa conférence, intitulée La culture du sujet de race : théorie et pratiques, a offert une réflexion dense sur la manière dont les imaginaires africains et diasporiques se construisent, en tension avec les identités raciales imposées.
Penser le « sujet de race »
S’appuyant notamment sur les travaux d’Achille Mbembe, Frantz Fanon et Étienne Balibar, Michel Agier définit le « sujet de race » comme une construction à la fois historique, sociale et performative. Héritée de l’esclavage, de la colonisation et de l’apartheid, cette catégorie demeure active dans nos sociétés contemporaines, marquées par de nouvelles formes d’exclusion et de racialisation (migrations, ségrégations, stigmatisations).
Le « sujet de race », explique Agier, se déploie dans une tension : il est à la fois objet d’un assujettissement et acteur d’une subjectivation qui résiste et invente de nouvelles formes culturelles.
La performance comme résistance
Une part importante de l’exposé a porté sur le rôle de la performance culturelle et artistique comme espace de résistance. Qu’il s’agisse des carnavals afro-brésiliens (tel celui d’Ilê Aiyê à Bahia) ou des rituels en Guadeloupe, ces pratiques collectives créent de nouveaux récits, images et symboles, permettant aux communautés de s’affirmer autrement que par l’identité raciale qui leur est assignée.
Ces performances deviennent alors des lieux de réinvention de soi et de lutte des imaginaires : elles renversent l’« image vivante » fabriquée par le regard colonial pour produire de nouvelles figures du sujet noir et diasporique.
Décoloniser les imaginaires
Reprenant Fanon et Joseph Tonda, Michel Agier a insisté sur l’importance de sortir du “rêve d’autrui” — ces images imposées de l’Afrique et du corps noir comme objets de domination. La décolonisation passe ainsi par la création d’un langage propre, d’images et de récits qui échappent à l’infra-pensée raciste.
Dans ce cadre, les luttes culturelles ne sont pas secondaires : elles sont au cœur du changement social.
Elles permettent de déplacer le regard, de réinventer l’appartenance et de construire des espaces politiques alternatifs.
Un échange riche et engagé
La conférence s’est conclue par une discussion ouverte avec les étudiants. Les échanges ont porté sur les tensions entre globalisation et pluralité des expériences raciales, sur les résistances contemporaines au capitalisme global, ainsi que sur le rôle de la recherche en sciences sociales dans l’analyse des rapports de pouvoir.
Cet événement a illustré toute la vitalité de la réflexion autour des questions de race, de culture et de changement social, tout en ouvrant des pistes pour penser une société plus juste et véritablement décolonisée.