Un nouvel article signé par Karine Coen-Sanchez, docteure de l'École d'études sociologiques et anthropologiques à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa, vient de paraître dans la plateforme The Conversation Canada. Intitulé « Polite racism is the subtle form of racial exclusion — here’s how to move beyond it », il met en lumière les formes insidieuses d’exclusion raciale qui persistent au sein des institutions canadiennes sous des apparences de civilité.
L’auteure y analyse la manière dont le « racisme poli » — un ensemble d’attitudes et de comportements qui paraissent bienveillants ou neutres en surface — maintient en réalité des dynamiques d’exclusion et de marginalisation, particulièrement envers les communautés noires et racisées. S’appuyant sur une étude menée auprès de Canadiennes et Canadiens d’origine haïtienne et jamaïcaine de première et deuxième génération, Karine Coen-Sanchez illustre comment ces expériences se manifestent dans les milieux académiques et professionnels :
des projets de recherche jugés « trop militants » pour être scientifiques ;
des accents examinés plus sévèrement que les compétences ;
des employés racisés souvent sollicités pour représenter la « diversité », mais rarement promus à des postes décisionnels.
L’article relie ces récits à une réflexion plus large sur les mécanismes psychologiques et sociaux qui rendent ces formes de racisme acceptables. En s’appuyant notamment sur les travaux de W.E.B. Du Bois et de Rinaldo Walcott, l’auteure introduit le concept de « duplicité de conscience » : la tension vécue par les personnes racisées entre le désir d’appartenance et la réalité d’une inclusion conditionnelle.
Au-delà du constat, Karine Coen-Sanchez propose cinq priorités d’action pour dépasser ce racisme invisible :
Former les gestionnaires et enseignants à reconnaître les micro-agressions et la peur de l’« autre » ;
Réformer les politiques et pratiques de recrutement ;
Favoriser une représentation inclusive dans les programmes et les récits collectifs ;
Assurer la transparence et la reddition de comptes en matière d’équité ;
Soutenir la santé mentale des personnes confrontées au racisme quotidien.
Pour l’auteure, mettre fin au racisme poli exige de passer du confort à l’honnêteté, et de reconnaître que l’inclusion véritable repose sur le courage de voir et de nommer les inégalités.