Frigon Sylvie
Sylvie Frigon, professeure de criminologie à l’Université d’Ottawa et vice-doyenne aux études supérieures à la Faculté des sciences sociales, a été choisie à titre d’experte dans le cadre d’une action collective portant sur les fouilles à nu à la prison Leclerc contre le ministère de la Sécurité publique du Québec. Mandatée par le cabinet Trudel Johnston & Lespérance, elle prépare actuellement un rapport d’expertise qui sera déposé devant la Cour au printemps 2026.

Ce rapport vise à documenter, à partir de données et d’analyses scientifiques, les impacts des fouilles à nu sur les femmes incarcérées. Les travaux de la professeure Frigon s’appuient sur plus de trente années de recherche portant sur la réalité des femmes en détention et sur les pratiques correctionnelles.

« Ce que je dois faire, c’est traduire le vécu de ces femmes aux juges », explique la professeure Frigon. « C’est pour moi l’essence même de la recherche académique, être capable de traduire l’expérience humaine afin d’influencer positivement les actions institutionnelles » nous informe-t-elle.

Les recherches montrent que les fouilles à nu constituent des interventions intrusives pouvant avoir des effets importants sur les personnes concernées. La notion d’humiliation est fréquemment documentée, notamment chez les femmes incarcérées. Certaines situations peuvent amplifier ce sentiment. Par exemple, devoir subir une fouille à nu pendant une période de menstruation ou dans un contexte où la fouille est effectuée de façon immédiate et imprévue peut renforcer la perception d’une perte de contrôle sur son propre corps.

Le rapport examine également certaines pratiques adoptées dans les établissements correctionnels, notamment l’utilisation croissante de scanneurs corporels comme alternative aux fouilles à nu. Ces technologies sont parfois présentées comme une manière de concilier les impératifs de sécurité avec le respect de la dignité des personnes incarcérées.

En plus de l’analyse criminologique présentée par la professeure Frigon dans son rapport, une psychiatre présentera un autre rapport sur le trauma et les impacts psychologiques/psychiatriques associés à ces pratiques.

L’engagement de la professeure Frigon dans cette démarche illustre pleinement la mission de la Faculté des sciences sociales : produire un savoir rigoureux, ancré dans le réel, capable d’éclairer les institutions, d’alimenter les débats de société et de contribuer à un monde plus juste et plus humain.