Promouvoir la santé cérébrale (et cardiaque) des femmes à l’ICC

Par Michaela Lunn

Scientific Writer, Brain-Heart Interconnectome

Bannière Points marquants de la recherche.
L’Interconnectome cœur-cerveau (ICC) est un programme de recherche dont la mission est d’enrichir notre compréhension des liens complexes entre le cerveau et le cœur. Partant du principe que ces organes vitaux ne fonctionnent pas de manière isolée, l’ICC mène des recherches de pointe pour explorer l’influence réciproque des systèmes neurologique et cardiovasculaire, sains ou malades.

L’ICC est fier de soutenir les femmes scientifiques qui innovent dans le domaine de la connexion cœur-cerveau. La Journée de la santé cérébrale des femmes souligne l’importance de reconnaître les différences biologiques entre les hommes et les femmes et d’intégrer ces facteurs à la recherche. À l’ICC, l’équipe de recherche s’engage à mener des travaux inclusifs à retombées concrètes qui améliorent la santé cérébrale et cardiaque de tous les genres.

La Journée de la santé cérébrale des femmes

Les femmes sont touchées de manière disproportionnée par de nombreuses maladies cérébrales, notamment la maladie d’Alzheimer, la démence, la dépression et l’anxiété. Malgré cela, les femmes ont jusqu’ici été sous-étudiées et sous-représentées dans les essais cliniques. Même en recherche fondamentale, les souris femelles n’étaient pas incluses systématiquement dans les études avant les années 2010 (1). Les facteurs biologiques, hormonaux, sociaux et liés au mode de vie affectent les femmes différemment; l’intégration du sexe et du genre dans la recherche fondamentale et clinique est donc essentielle pour élaborer des stratégies de traitement et de prévention efficaces pour toutes et tous.

Le 2 décembre de chaque année, le Canada célèbre la Journée de la santé cérébrale des femmes, qui souligne les progrès révolutionnaires réalisés dans le domaine de la santé cérébrale au féminin, ainsi que l’importance de la recherche tenant compte du genre. Cette journée a été instaurée par la Women’s Brain Health Initiative (WBHI), un mouvement international qui octroie du financement, met en lumière les particularités de la santé cérébrale des femmes et sensibilise la population à cet égard. La forte prévalence de certains troubles cérébraux chez les femmes a incité la WBHI à lancer un appel pour que la recherche tienne pleinement compte du sexe et du genre. Le sexe fait référence aux caractéristiques biologiques et physiologiques, tandis que le genre englobe les facteurs sociaux, culturels et identitaires; ces deux dimensions sont essentielles pour comprendre les disparités dans la santé cérébrale. 

 Cette année, nous profitons de la Journée de la santé cérébrale des femmes pour mettre de l’avant deux femmes scientifiques de l’ICC qui mènent des recherches de pointe sur le lien cœur-cerveau, et qui incluent délibérément dans leurs travaux le sexe et le genre comme variables importantes. Dans leurs travaux, les femmes sont bien représentées et profitent équitablement des résultats de recherche. Karen Bouchard est une chercheuse qui étudie le lien entre la solitude et l’insuffisance cardiaque, et Juan Li est une scientifique de données qui étudie la modélisation prédictive pour le diagnostic de la maladie de Parkinson. Nous les avons interrogées sur l’intégration du genre dans leurs recherches et sur l’importance de faire progresser le domaine de la santé cérébrale des femmes.

Karen Bouchard, Ph. D.

Karen Bouchard

Karen Bouchard est scientifique adjointe du Social Connections Lab à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur la manière dont les facteurs sociaux, notamment la solitude, influencent la santé cardiovasculaire (2,3). La solitude, désignée comme un problème de santé majeur par l’Organisation mondiale de la Santé, se caractérise par un sentiment d’isolement ou de déconnexion, même lorsqu’on est en compagnie d’autres personnes (4). Elle est de plus en plus fréquente chez les personnes atteintes de maladies chroniques à un jeune âge, notamment l’insuffisance cardiaque. Le projet de l’ICC, intitulé Solitude dans la foule : étude participative à méthodes mixtes sur le sentiment de solitude chez les patientes et patients canadiens atteints d’insuffisance cardiaque précoce, vise à caractériser la solitude chez les personnes adultes jeunes et d’âge moyen atteintes d’insuffisance cardiaque. Le but ultime est de trouver des moyens d’atténuer la solitude chez cette population.

L’équipe a à cœur d’intégrer le genre, ainsi que d’autres caractéristiques démographiques sous-représentées, dans tous les aspects de la conception du projet. L’un de ses axes de recherche consiste à explorer les facteurs socioculturels associés à la solitude chez les personnes atteintes d’insuffisance cardiaque. Fait à noter, les femmes sont 30 % plus susceptibles que les hommes de se sentir socialement isolées ou seules, d’où l’importance de les inclure dans les études cliniques portant sur ce sujet (5).

« Mes recherches, financées par l’ICC, permettront de déterminer la fréquence du sentiment de solitude chez les femmes atteintes d’insuffisance cardiaque précoce et les facteurs qui contribuent à cette solitude. Les résultats de ces travaux nous aideront à préciser ce que nous pouvons faire collectivement pour les aider », explique Mme Bouchard.

Lorsqu’on lui demande quel domaine de recherche elle considère comme étant le plus important pour faire progresser la santé cérébrale des femmes, elle déclare :

« Pour vraiment comprendre la santé cérébrale des femmes, je suis convaincue que nous avons besoin de recherches qui englobent et combinent les connaissances de plusieurs disciplines, notamment les sciences biologiques, les sciences de la santé et les sciences sociales, mais aussi des domaines plus rarement intégrés, comme les sciences humaines. L’étude de l’évolution historique de la recherche sur le cerveau et la santé des femmes au Canada peut, par exemple, jeter un éclairage important sur les obstacles actuels à l’accès aux soins de santé. Travailler en vase clos dans nos disciplines respectives et utiliser encore et encore les mêmes méthodes de recherche pour étudier des sujets complexes, comme la santé cérébrale des femmes, ne suffira pas. Mais l’avenir s’annonce prometteur. L’ICC, par exemple, est un organisme interdisciplinaire et transdisciplinaire qui s’attache à établir des ponts entre les disciplines et à favoriser les collaborations entre différents groupes. »

Elle souligne également l’importance d’inclure la voix des patientes et patients partenaires dans toutes les recherches, en particulier celle des femmes ayant un vécu expérientiel, pour s’assurer que les études sont intentionnelles, éclairées et concrètes. Selon elle, faire participer les femmes de cette manière et les inclure dans les équipes de recherche « améliore la qualité et la pertinence de la recherche, ce qui conduit à de meilleurs résultats en matière de santé ».

Dans l’ensemble, les recherches de Mme Bouchard démontrent l’incidence profonde que les facteurs sociaux et culturels, tels que la solitude, peuvent avoir sur la santé cardiovasculaire et cérébrale des femmes. En intégrant délibérément le genre, diverses caractéristiques démographiques et la voix des patientes dans ses travaux, elle contribue à produire des recherches pertinentes et susceptibles d’améliorer concrètement la santé des femmes.

Juan Li, Ph. D.

Juan Li

Juan Li, experte en science des données et associée de recherche clinique principale à l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, utilise la modélisation prédictive et l’apprentissage automatique pour améliorer l’efficacité du diagnostic de la maladie de Parkinson (MP). Son équipe et elle ont mis au point un outil prédictif simple pour le diagnostic de la MP, appelé PREDIGT, qui comprend un questionnaire et un test olfactif (la perte de l’odorat peut être l’un des premiers symptômes de la MP) (6). Cet outil permet de distinguer les personnes atteintes de la MP des sujets sains avec un degré de précision de 97 %, et des personnes atteintes d’autres troubles neurologiques (comme les accidents vasculaires cérébraux, la démence et la maladie d’Alzheimer), avec un degré de précision de 81 % (7). L’ICC finance actuellement l’intégration de mesures cardiovasculaires à l’outil, car l’hypotension orthostatique et la réduction de la variabilité de la fréquence cardiaque sont associées à la MP, mais pas à d’autres troubles neurologiques. Mme Li et son équipe cherchent à déterminer si le fait d’inclure des mesures comme la fréquence cardiaque et la tension artérielle peut améliorer la précision du modèle pour distinguer la MP d’autres maladies neurologiques.

À la base, PREDIGT reposait sur une équation mathématique qui ne tenait pas compte des mesures biologiques des patientes et patients. Dès le départ, Mme Li a intégré le sexe au modèle (le « G » dans PREDIGT signifie « genre »). La maladie de Parkinson est environ 1,5 fois plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, bien que ce ratio puisse varier dans certaines formes génétiques de la maladie. Cette disparité entre les genres souligne la nécessité de mener des recherches sur la MP qui tiennent compte de cette variable. Dans les troubles neurodégénératifs connexes, tels que la démence et la maladie d’Alzheimer, la prévalence est nettement plus élevée chez les femmes, une raison de plus pour prendre en compte le sexe et le genre dans la recherche sur la santé cérébrale.

Lors de l’élaboration du modèle PREDIGT, Mme Li a toujours stratifié les données en fonction du genre afin de garantir l’efficacité de l’outil tant pour les hommes que pour les femmes. Lorsqu’on lui demande pourquoi il est important de prendre en compte les femmes dans la recherche sur la santé cérébrale, elle explique :

« En principe, nous devrions toujours tenir compte du sexe et du genre dans la recherche, tant dans la science fondamentale que dans la recherche clinique. Dans le cas de la maladie de Parkinson en particulier, on sait que le sexe est le deuxième facteur de risque le plus important après l’âge, et il compte parmi les facteurs prédictifs de notre questionnaire PREDIGT. En ce qui concerne le test olfactif, on sait que les femmes obtiennent généralement des scores plus élevés que les hommes. Il est donc important d’ajuster le score brut de ce test en fonction du sexe et de l’âge afin d’évaluer avec précision l’odorat d’une personne et de prédire son risque de développer la MP. Dans notre essai clinique visant à tester la trousse d’outils PREDIGT-MP (The Ottawa Trial), nous avons veillé à ce qu’un nombre représentatif de femmes participent à l’étude. Nous avons le plaisir d’annoncer que l’efficacité diagnostique était similaire chez les femmes et les hommes. »

Par ailleurs, elle souligne qu’il est important d’encourager l’ensemble de la communauté scientifique à intégrer la santé cérébrale des femmes aux études « par la sensibilisation et la formation ». Elle ajoute que les organismes de financement et les revues scientifiques exigent de plus en plus souvent que le sexe et le genre soient pris en compte dans tous les aspects de la conception et de la mise en œuvre des recherches. Selon elle, cette « pression externe encouragera davantage de chercheuses et chercheurs à prendre en compte et à intégrer le sexe dans leurs études ».

Les recherches de Mme Li soulignent l’importance des analyses tenant compte du sexe et du genre, même lorsque ces facteurs ne constituent pas le noyau de l’étude. Ses travaux démontrent que les modèles prédictifs qui tiennent compte des différences biologiques entre les hommes et les femmes permettent de créer des outils à la fois précis et polyvalents.

Réflexion sur la santé cérébrale des femmes à l’ICC

Petit cerveau en métal sur un puzzle.

L’ICC est fier de mettre en valeur les travaux de Karen Bouchard et de Juan Li, dont les recherches montrent qu’une grande diversité d’approches est nécessaire pour soutenir et faire progresser la santé cérébrale des femmes. La Journée de la santé cérébrale des femmes constitue à la fois un appel à la sensibilisation et une célébration des scientifiques qui s’attaquent aux iniquités passées dans le traitement des genres en recherche. Pour en savoir plus et découvrir comment prendre part à ce mouvement, visitez le site Web de la Women’s Brain Health Initiative

Les recherches de l’ICC présentées ici établissent une norme de travail intentionnel et applicable à tout le monde. En cette journée, nous rendons hommage aux chercheuses et chercheurs qui incluent délibérément tous les genres dans leurs études et examinent comment le rôle du sexe et du genre dans le vécu expérientiel influence la santé cérébrale et cardiaque. 

Références

  1. Beery, A. K. « Inclusion of females does not increase variability in rodent research studies », Curr Opin Behav Sci, vol. 23, octobre 2018, p. 143-149.
  2. « Karen Bouchard », Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa. Accessible ici : https://www.ottawaheart.ca/profile/bouchard-karen
  3. « Social Connections Lab », Social Connections Lab, 2025. Accessible ici : https://www.socialconnectionslab.ca/
  4. « WHO Commission on Social Connection », Organisation mondiale de la Santé, 2025. Accessible ici : https://www.who.int/groups/commission-on-social-connection
  5. « Enquête sociale canadienne : La solitude au Canada », Statistique Canada, 2021. Accessible ici : https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/211124/dq211124e-fra.htm
  6. Li J., K. Grimes, J. Saade, J. J. Tomlinson, T. A. Mestre, S. Schade et coll. « Development of a simplified smell test to identify Parkinson’s disease using multiple cohorts, machine learning and item response theory », npj Parkinsons Dis, vol. 11, no 1, 23 avril 2025, article 85.
  7. Li J., T. A. Mestre, B. Mollenhauer, M. Frasier, J. J. Tomlinson, C. Trenkwalder et coll. « Evaluation of the PREDIGT score’s performance in identifying newly diagnosed Parkinson’s patients without motor examination », npj Parkinsons Dis, vol. 8, no 1, 29 juillet 2022, article 94.