Société finlandaise qui fabrique des appareils permettant de mesurer de faibles émissions de radioactivité, Hidex a compris qu’il fallait simplifier l’analyse des biocarburants et en réduire le coût. « Des entreprises nous contactaient pour savoir quelle quantité de carbone biogénique contenait leurs biocarburants, explique Ari Lehmusvuori, responsable de la gamme de compteurs à scintillation liquide de Hidex. Les secteurs très énergivores, comme la fabrication de ciment, s’y sont rapidement intéressés. Plus leurs émissions contiennent de CO₂ d’origine fossile, plus ils payent de taxes. »
Lorsque Hidex a vu que son analyseur à très faible bruit de fond (ou ULLA pour Ultra Low-Level Analyzer) pouvait servir à tester la composition des biocarburants, l’entreprise a décidé d’investir dans le développement de la « méthode Hidex ». Une fois la nouvelle technique mise au point, l’entreprise s’est associée à l’Installation AEL-SMA pour la mettre à l’essai de façon encore plus rigoureuse.
Mesure du radiocarbone dans les biocarburants
Pour estimer la quantité de carbone renouvelable dans un biocarburant, la méthode habituelle consiste à détecter le carbone radioactif, un élément produit dans l’atmosphère et naturellement présent dans l’organisme des êtres vivants. Après le décès, le corps n’absorbe plus de radiocarbone et, par désintégration radioactive, la quantité diminue lentement au fil du temps. Dans les échantillons vieux de plus de 50 000 ans, il ne reste pratiquement plus de carbone radioactif. Cela signifie que le carbone ancien, issu des combustibles fossiles, ne contient pas de radiocarbone, contrairement au carbone provenant de sources récentes. Ainsi, plus un biocarburant contient de radiocarbone, plus il contient de carbone renouvelable.
La spectrométrie de masse par accélérateur (SMA) est la référence par excellence pour mesurer la présence de radiocarbone. Elle fournit des résultats précis, mais elle est coûteuse et lente, et nécessite de l’équipement et une expertise spécialisés. La méthode Hidex utilise quant à elle le comptage par scintillation liquide pour détecter le radiocarbone; elle demande moins de temps et moins de préparation des échantillons que la SMA, ce qui en ferait une excellente option pour les entreprises qui testent régulièrement des biocarburants.
Cependant, les entreprises et les organismes de réglementation doivent s’assurer que la nouvelle méthode donnera les mêmes résultats que la SMA. C’est pourquoi Hidex a demandé à l’Installation AEL-SMA de comparer minutieusement les deux approches. Les travaux de l’Installation AEL-SMA contribueront à prouver que la méthode Hidex est une solution de rechange fiable à la SMA, qui sert de norme internationale.
Un partenariat fécond
Depuis 2014, l’Installation AEL-SMA est le centre national de la spectrométrie de masse par accélérateur. Elle fournit des mesures de radioisotopes de haute qualité et des services de conception méthodologique à des clients du monde entier. L’Installation dispose également d’un laboratoire de préparation d’échantillons de radiocarbone, d’un appareil de SMA réservé aux analyses de carbone, ainsi que de deux analyseurs ULLA de Hidex. Cette combinaison d’équipement de pointe et d’expertise était exactement ce que recherchait Hidex.
« Nous avons conçu une méthode pour mesurer le pourcentage de carbone biogénique dans les combustibles dérivés des déchets. Elle fonctionnait bien, mais l’on pouvait faire mieux, explique Ari Lehmusvuori. L’Installation AEL-SMA utilise déjà la SMA, qui est la méthode de référence. Cela nous permet donc d’analyser exactement le même échantillon de deux façons différentes. »
Avec le soutien de Hidex, l’Installation AEL-SMA a embauché un technicien de recherche, Liam Jasperse, à temps plein pour le projet. Depuis juillet 2025, il travaille en étroite collaboration avec les scientifiques de Hidex à préparer des échantillons de biocarbone liquide et solide pour y détecter le radiocarbone à l’aide de l’analyseur ULLA. Il confirme également les résultats en testant les mêmes échantillons par SMA.
« Les premières données transmises par Liam sont excellentes », se réjouit Ari Lehmusvuori. Jusqu’à présent, les mesures de radiocarbone obtenues à l’aide de l’analyseur ULLA de Hidex se situent à ±3 % des valeurs produites par SMA. Il s’agit d’une première étape très prometteuse vers une éventuelle conformité aux normes internationales d’analyse des biocarburants.
Pour Liam Jasperse, le travail ne consiste pas simplement à mesurer des taux de radiocarbone.« J’aime vraiment ce projet. C’est l’occasion de tester de nouvelles idées et d’améliorer les méthodes déjà existantes grâce à une étroite collaboration entre l’industrie et le milieu universitaire. » L’équipe prévoit de publier ses résultats dans une revue à comité de lecture pour montrer que la méthode Hidex permet d’établir de manière fiable la teneur en carbone renouvelable des biocarburants.
L’avenir de l’analyse des biocarburants
La nouvelle approche offrira aux industries à intensité carbonique élevée un moyen rentable de vérifier la teneur en carbone renouvelable de leurs biocarburants pour répondre aux exigences réglementaires et obtenir des crédits carbone.
« La mesure du radiocarbone est la seule méthode mondialement reconnue pour déterminer la composition des biocarburants, explique Jasperse. Pourtant, il n’y a aucun laboratoire certifié qui effectue ces analyses ici, au Canada. En utilisant à la fois l’expertise d’AEL-SMA et de Hidex dans ce domaine, nous voulons prouver que notre méthode, plus simple, est équivalente à la norme internationale. Cela pourrait changer complètement les procédures en vigueur au pays, permettre d’analyser les biocarburants ici même, au Canada, servir les entreprises canadiennes et attirer des clients internationaux. »
En ayant accès à des méthodes de SMA qui répondent aux normes de référence ainsi qu’à de nouveaux outils d’analyse à faible coût, l’Installation AEL-SMA se positionne comme un centre international d’analyse des biocarburants et de comptabilisation des émissions de carbone. L’établissement devrait commencer à accepter des échantillons de clients en 2026.