Une nouvelle étude menée par la professeure Notten, en collaboration avec Liu et Tarasuk, révèle une réalité préoccupante : le désavantage des ménages fortement exposés à l’insécurité alimentaire n’a pas reculé depuis 2005, malgré des années de politiques publiques mises de l’avant au nom de la lutte contre la pauvreté.
Une recherche qui met en lumière des écarts frappants
En analysant des données pancanadiennes couvrant la période de 2005 à 2018, les chercheur·e·s montrent que :
- Les parents seuls demeurent de loin le groupe le plus vulnérable, avec des taux d’insécurité alimentaire allant jusqu’à 27 points de pourcentage de plus que les couples sans enfants.
- Les personnes seules suivent de près, affichant elles aussi des niveaux d’insécurité alimentaire constamment élevés.
- Les ménages dont le revenu provient principalement de transferts gouvernementaux restent également fortement désavantagés.
Quand la hausse du coût de la vie efface les gains
Les auteur·e·s avancent une hypothèse convaincante pour expliquer pourquoi ces écarts ne se sont pas réduits au fil du temps : malgré certaines améliorations aux programmes sociaux, la flambée des coûts du logement et de l’alimentation semble avoir annulé ces gains. Autrement dit, même lorsque les revenus augmentent, le prix des denrées alimentaires et des biens essentiels continue de croître plus rapidement.
Le cas particulier du Québec
Une exception importante se démarque :
Les parents seuls au Québec sont dans une situation nettement moins désavantageuse que leurs homologues des autres provinces.
Les auteures expliquent que le filet de sécurité sociale plus généreux et axé sur les familles au Québec joue très probablement un rôle clé dans la réduction de l’insécurité alimentaire.
Pourquoi cette étude est importante
Cette recherche envoie un message clair :
- Si nous voulons réellement réduire la pauvreté, nous devons aussi mesurer les progrès en tenant compte des privations réelles des ménages, comme l’insécurité alimentaire.
- Les filets de sécurité sociale sont essentiels — et leur importance est majeure. Ils comprennent le soutien du revenu et les mesures qui réduisent les dépenses directes des ménages. Ensemble, ils doivent suivre le rythme du coût de la vie.
Un appel aux décideur·euse·s politiques
Les résultats invitent à repenser nos stratégies :
- Renforcer les programmes qui fonctionnent (comme au Québec).
- (Re)concevoir des programmes qui permettent également de soutenir les ménages les plus vulnérables.
- Mesurer la pauvreté non seulement en dollars, mais aussi en fonction de l’accès réel à une vie digne — incluant l’accès à une alimentation adéquate.