Vanessa Martinez est passionnée de chimie analytique. « L’idée d’utiliser la chimie pour résoudre de réels problèmes de santé m’a beaucoup plu », explique-t-elle. Son intérêt pour la santé publique s’est renforcé pendant ses études de premier cycle, qui l’ont amenée à étudier les biomarqueurs de l’apport alimentaire dans l’urine et à participer à des projets visant à mesurer les métabolites de la nicotine dans l’urine. Elle a notamment appris que les fumeuses et fumeurs qui se laissent convaincre par les publicités et le marketing et qui choisissent des cigarettes à teneur réduite en nicotine, les croyant meilleures pour la santé, compensent ce changement en adoptant des habitudes de consommation de tabac encore plus néfastes. « Les fabricants vantaient les mérites de ces cigarettes qui seraient “plus saines”, car elles contiennent moins de nicotine, mais les personnes compensaient en fumant davantage, augmentant ainsi les risques pour leur santé, observe-t-elle. J’en suis venue à me demander sur quels autres sujets on nous trompait. »
Cette question l’a amenée à s’intéresser davantage à d’autres aspects de la vie courante. Sous la supervision du professeur Maxim Berezovski, de la professeure Isabelle Plante de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et de Yong-Lai Feng, Ph.D de Santé Canada, elle a utilisé les analyses d’urine pour étudier l’exposition des professionnelles des soins esthétiques aux perturbateurs endocriniens. Ces derniers sont des produits chimiques qui perturbent le fonctionnement des hormones. Une exposition chronique à ces substances est associée à des problèmes de santé tels que l’infertilité et les cancers de l’appareil reproducteur. Les perturbateurs endocriniens peuvent être vus comme de minuscules saboteurs qui viennent perturber le fragile équilibre de notre organisme. Ces substances se cachent dans les produits de soins personnels, comme les colorants capillaires, les vernis à ongles et les soins pour la peau. « En raison de leur utilisation de produits esthétiques, les femmes sont généralement plus exposées aux perturbateurs endocriniens que les hommes, explique Vanessa. Les professionnelles des soins personnels, elles, sont aussi confrontées à un risque supplémentaire au travail. »
Les recherches de Vanessa Martinez vont plus loin que les études précédentes, qui s’appuyaient en majorité sur des données autodéclarées ou des évaluations environnementales. Optant pour une approche plus directe, l’étudiante a analysé des échantillons d’urine de femmes qui travaillent dans des salons d’esthétique. « Quand on s’expose à ces produits chimiques, notre corps les métabolise et les excrète, parfois sous la forme de métabolites spécifiques qui peuvent être utilisés pour évaluer l’exposition à court terme », précise-t-elle. Elle a ensuite utilisé la chromatographie en phase liquide et la spectrométrie de masse pour réaliser une analyse non ciblée, une technique qui permet de détecter de nombreux composés. De cette façon, elle a pu examiner les perturbateurs endocriniens connus (comme le BPA et les parabènes), mais aussi de nouveaux perturbateurs potentiels qui n’avaient pas encore été étudiés.
« Les fabricants vantaient les mérites de ces cigarettes qui seraient “plus saines”, car elles contiennent moins de nicotine ... J’en suis venue à me demander sur quels autres sujets on nous trompait. »
Vanessa Martinez
— Titulaire d'une maîtrise
La recherche n’a pas été facile. Vanessa Martinez se souvient avoir passé de nombreux mois dans le laboratoire à faire des essais et des erreurs : « Vous lisez une étude, vous essayez la méthode et, parfois, ça ne fonctionne pas comme vous le souhaiteriez. Mais chaque “erreur” est une leçon. » La collaboration avec Santé Canada a rendu le processus encore plus rigoureux. « Ils m’ont poussée à être très précise, surtout en ce qui concerne les analyses non ciblées, nous dit-elle. Car les erreurs commises dans ce type de cadre ne sont pas de simples erreurs faites par une étudiante à la maîtrise – elles pourraient avoir des répercussions sur les politiques publiques dans le futur. »
Les résultats de ces recherches pourraient en effet servir à l’élaboration de directives en matière de sécurité. « Dans bon nombre de produits de beauté, les produits chimiques interdits ont été remplacés par des substances similaires qui n’ont pas été testées, observe la chercheuse. On doit donc se demander si on ne fait pas que remplacer un problème par un autre. »
Si ses recherches ont des avantages directs pour les professionnelles des soins personnels, leurs retombées vont bien plus loin encore. En identifiant et en expliquant les risques associés aux perturbateurs endocriniens présents dans des produits courants, ses travaux pourraient favoriser :
- la fabrication de produits plus sûrs – les résultats pourraient conduire à un resserrement de la réglementation et encourager la mise en marché de produits cosmétiques plus sécuritaires;
- la prise de choix éclairés – grâce à de nouvelles connaissances, les consommatrices et consommateurs pourront prendre des décisions plus éclairées et réduire leur exposition à des substances chimiques nocives;
- une sensibilisation en matière de santé publique – cette recherche attire l’attention sur les dangers qui se cachent dans notre environnement et sur l’importance de mener des recherches scientifiques pour protéger notre santé.
Les travaux de Vanessa Martinez sont essentiels pour garantir que la quête de beauté ne se fasse pas au détriment de la santé. Lorsqu’on l’interroge sur son avenir, la chercheuse dit vouloir faire carrière dans le domaine de la santé publique ou de la chimie de l’environnement. Et elle espère continuer à utiliser la science pour protéger la population, en particulier les personnes qui sont souvent négligées.
Son conseil aux scientifiques de demain? « Gardez votre esprit curieux. Lisez tout ce que vous trouvez. Et n’ayez pas peur de l’échec. C’est ainsi que se font les découvertes. »
Et aux autres? Peut-être qu’il est temps de lire plus attentivement les étiquettes de nos produits de maquillage.
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