Lorsqu’il était député fédéral à Winnipeg, Robert-Falcon Ouellette a assisté aux funérailles d’un jeune soldat autochtone qui s’est enlevé la vie pendant un exercice d’entraînement. Cette tragédie a attisé sa réflexion sur les moyens de promouvoir un sentiment d’appartenance, en particulier chez les jeunes recrues issues des Premières Nations.
Au lendemain de cette expérience, il a décidé de soumettre une demande officielle pour créer un groupe de tambours autochtones. Long à se concrétiser, le projet du professeur a toutefois fini par prendre tout son sens.
« La raison d’être du groupe de tambours n’était pas seulement de faire vivre des chants autochtones et des activités traditionnelles, même si ces pratiques sont importantes. C’était aussi de favoriser les échanges et de créer un esprit communautaire. Quelques membres du rang, des caporaux et même deux sergents ont décidé de se joindre à nous. Plusieurs en tirent aujourd’hui beaucoup de fierté », admet-il.
« Un de nos membres était tellement fier d’avoir reçu un tambour en cadeau qu’il l’apportait à chacun de nos entraînements. Comme nous formions une unité d’infanterie, les militaires transportaient déjà beaucoup d’équipement. Ce tambour l’accompagnait partout. Je lui demandais : “As-tu ton tambour?”. Il répondait immanquablement : “Oh oui, il est dans mon sac.” »
Devenir gardien du savoir autochtone
C’est la dimension spirituelle du groupe de tambours et ses discussions avec des aumôniers qui ont convaincu Robert-Falcon Ouellette d’envisager une nouvelle orientation pour son service militaire.
« Comme il n’y avait jamais eu d’aumônier assurant l’enseignement spirituel autochtone auparavant, j’ai postulé », confie-t-il.
Son doctorat en anthropologie, axé sur la spiritualité et l’éducation autochtones, ainsi que ses années de participation à des cérémonies, de formation auprès des Aînées et Aînés des Premières Nations et de travail avec le groupe de tambours sont autant d’expériences personnelles et professionnelles qui ont contribué à façonner son parcours vers l’aumônerie. Les Forces armées canadiennes ont fini par lui attribuer le titre de « gardien du savoir autochtone » et ont créé pour lui un symbole représentant une plume d’aigle à épingler à son uniforme.
« Il y avait de la fierté dans les rangs lors de la cérémonie », se souvient-il à propos du moment où il a obtenu son titre officiel et où il a été promu au grade de capitaine. « Tout le monde n’a pas participé à la cérémonie de purification, mais un soldat est venu me voir. En me remerciant, il m’a confié : “Je suis très fier d’avoir été témoin de ce geste de réconciliation.” »
« Ce sont des durs de durs. Des soldats d’infanterie. Et ils étaient émus », ajoute le gardien du savoir autochtone.
Se tourner vers les générations futures
Robert-Falcon Ouellette considère que sa nomination au titre de gardien du savoir autochtone prouve que les grandes institutions traditionnelles peuvent évoluer.
« Il suffit de repenser à la Loi sur les Indiens pour se rappeler qu’au Canada, toute forme de spiritualité autochtone a déjà été prohibée. Elle a été interdite pendant des décennies. Vous pouviez vous voir retirer la garde de vos enfants, risquer la prison ou perdre vos rations alimentaires. Ces interdits ont perduré jusqu’aux années 1950, soit jusqu’à une époque dont se souviennent encore de nombreuses personnes vivant aujourd’hui au Canada », rappelle-t-il.
Aujourd’hui, le capitaine honoraire Ouellette cherche d’autres moyens d’intégrer les perspectives autochtones dans son service militaire et son enseignement universitaire.
« J’écris actuellement sur la sécurité humaine. La sécurité est souvent considérée comme centrée sur les personnes et fondée sur les conflits. Cependant, en tenant compte des perspectives autochtones, nous pourrions réfléchir aux enseignements sacrés, ainsi qu’à la Terre et à toutes nos relations. Cette perspective holistique nous amène à examiner nos réactions devant les situations difficiles dans le monde en réfléchissant à leurs conséquences sur les sept prochaines générations », explique-t-il.
« Par le passé, ce sont les facultés d’éducation de tout le pays qui ont formé bon nombre de ceux et celles qui ont dirigé les pensionnats pendant des décennies. Que serait-il arrivé si nous avions agi différemment il y a 100 ans? Que serait le Canada d’aujourd’hui? Le rôle des enseignantes et enseignants est tellement important, car leur influence ne se limite pas à une seule année; elle se répercute sur des générations entières », conclut-il.
En savoir plus sur Robert-Falcon Ouellette
Robert-Falcon Ouellette est de la nation crie Red Pheasant en Saskatchewan. Il est professeur agrégé à la Faculté d'éducation et un organisateur communautaire dévoué. C'est un anthropologue qui effectue des recherches dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques.