Chancelière de l'Université d'Ottawa Claudette Commanda marche avec Tanya Talaga.
Tanya Talaga (à gauche), journaliste, cinéaste et autrice, et Claudette Commanda (à droite), chancelière de l'Université d'Ottawa.
Le chemin vers la réconciliation commence par la vérité : il demande de regarder l’histoire en face, de reconnaître les systèmes qui continuent d’alimenter les inégalités et de s’engager à apporter des changements concrets.

Ces thèmes étaient au cœur de la conférence tenue à l’Université d’Ottawa le lundi 20 avril, où la chancelière de l’Université, Claudette Commanda, s’est entretenue avec l’autrice et journaliste de renom Tanya Talaga dans le cadre d’une discussion marquante sur l’histoire autochtone et la réconciliation, ainsi que sur les responsabilités individuelles et collectives.

Lors de la conférence, les deux femmes ont rappelé que la réconciliation est un processus continu, qui exige apprentissage, prise de responsabilité et collaboration. Par une discussion franche et des exemples éloquents, elles ont invité chaque membre du public à réfléchir au Canada d’hier et d’aujourd’hui ainsi qu’à son propre rôle dans la construction d’un avenir plus juste.

La discussion s’appuyait sur des décennies de leadership et d’engagement public. La chancelière Claudette Commanda, Algonquine Anishinaabe de la Première Nation de Kitigan Zibi Anishinaabeg, milite depuis longtemps pour les droits des peuples autochtones, la réconciliation et l’éducation. Elle a enseigné dans plusieurs facultés de l’Université d’Ottawa, joué un rôle-conseil dans le cadre d’initiatives de réconciliation et dirigé des organismes nationaux voués à la protection des langues des Premières Nations et des savoirs traditionnels. 

Tanya Talaga, Anishinaabe et membre de la Première Nation de Fort William, est une journaliste, autrice et cinéaste primée. Par ses enquêtes et son art du récit, elle a attiré l’attention du pays sur les histoires autochtones et les iniquités contemporaines. Entremêlant histoire personnelle et mémoire collective, The Knowing, son plus récent ouvrage, est une véritable exploration des effets durables du colonialisme. Ensemble, les conférencières ont offert à l’auditoire un savoir riche, façonné par un engagement soutenu et une volonté commune d’exposer la vérité.

La chancelière Claudette Commanda parle avec Tanya Talaga à la conférence.
La chancelière Claudette Commanda (à gauche) et Tanya Talaga (à droite).

Faire connaître la vérité sur l’histoire autochtone du Canada

Des injustices de longue date continuent d’affecter les communautés autochtones. En s’appuyant sur des données et des expériences vécues, Tanya Talaga a illustré les obstacles systémiques auxquels se heurtent encore les peuples autochtones partout au pays. Elle a souligné que, bien souvent, le Canada réagit aux récits par des chiffres, et que ceux-ci révèlent de dures réalités : des taux disproportionnés de jeunes Autochtones sans diplôme d’études secondaires; des jeunes contraints de quitter leur communauté pour poursuivre leurs études à des centaines de kilomètres de la maison; et des réserves entières toujours privées d’accès à une source d’eau potable ainsi qu’à des soins de santé adéquats.

Mme Talaga a rattaché ces réalités aux travaux de la Commission de vérité et réconciliation (CVR), une commission indépendante mise sur pied il y a 15 ans pour documenter les répercussions profondes et durables du système des pensionnats autochtones au Canada. L’un des résultats les plus significatifs de la CVR a été l’élaboration des 94 appels à l’action, qui sont des recommandations concrètes visant à favoriser la réconciliation et à réparer la relation entre les peuples autochtones et non autochtones. La chancelière a décrit la CVR comme étant un « cadeau des peuples autochtones au Canada », mais aussi comme une feuille de route pour réparer cette relation brisée. Toutefois, a-t-elle rappelé au public, avoir un guide et le suivre sont deux choses différentes.

En effet, si les 94 appels à l’action montraient clairement la voie à suivre au moment de leur création, on est encore loin de la coupe aux lèvres – une réalité que Mme Talaga a abordée sans détour. Sur les 94 appels, seulement 14 ont été pleinement mis en œuvre, 38 sont en cours, 16 n’ont fait l’objet d’aucune action et 26 sont complètement bloqués, un bilan qu’elle a qualifié, au mieux, de mitigé.

L’éducation : une responsabilité et une occasion à saisir

L’éducation joue un rôle central dans la progression des efforts de réconciliation. La chancelière a parlé avec passion de l’importance de la vérité et de la responsabilité des institutions dans sa transmission.

« Il est tellement important de connaître la vérité, de s’en emparer, de la dire et de la diffuser, a déclaré la chancelière. Bâtissons un cercle solide grâce à l’éducation. Je suis extrêmement fière, en tant que chancelière de l’Université d’Ottawa, de voir que notre établissement prend l’initiative de faire rayonner cette vérité. »

La chancelière Claudette Commanda parle.
Conférence de la chancelière
« Je suis extrêmement fière, en tant que chancelière de l’Université d’Ottawa, de voir que notre établissement prend l’initiative de faire rayonner cette vérité. »

Claudette Commanda

— Chancelière de l'Université d'Ottawa

Mme Talaga a poursuivi dans cette veine en évoquant le vide qui se crée lorsque les gouvernements et les grandes institutions n’agissent pas avec détermination. Et dans un tel contexte, la responsabilité ne disparaît pas, elle se déplace. Selon elle, les vraies réformes, celles qui durent, commencent souvent lorsque des gens et des communautés décident de se mobiliser.

Elle a cité en exemple les enseignantes et enseignants qui choisissent de leur propre gré d’intégrer les langues et les savoirs autochtones dans leur classe, ainsi que les évolutions curriculaires qui placent la littérature et les perspectives autochtones au cœur de l’enseignement plutôt qu’en périphérie de celui-ci. Elle a aussi parlé du rôle de soutien que peuvent jouer les partenaires du secteur privé dans la mise en place de telles initiatives, preuve qu’il est possible de réaliser des progrès sans attendre l’intervention de l’État.

Mme Talaga a également souligné que les appels à l’action de la CVR n’ont jamais été pensés pour reposer uniquement sur les épaules des gouvernements. Elle a explicitement appelé les entreprises et les sociétés, les établissements d’enseignement et les institutions culturelles, de même que la population canadienne à passer à l’action.

« Nous attendons que bien des personnes agissent », a-t-elle ajouté.

Suivre une voie commune

Si les 94 appels à l’action de la CVR continuent d’orienter les efforts de réconciliation partout au pays, les conférencières ont indiqué que la réconciliation ne repose pas sur une logique de tout ou rien. Le changement peut commencer par un seul geste. « Si vous choisissiez ne serait-ce qu’un seul de ces appels et cherchiez à l’appliquer à votre propre vie, a dit Mme Talaga, imaginez l’avenir meilleur que nous pourrions bâtir. »

Tanya Talaga parle.
Conférence de la chancelière
« Si vous choisissiez ne serait-ce qu’un seul de ces appels et cherchiez à l’appliquer à votre propre vie, imaginez l’avenir meilleur que nous pourrions bâtir. »

Tanya Talaga

— Journaliste, cinéaste et autrice du livre "The Knowing"

Mme Talaga et la chancelière Commanda ont conclu par un appel à l’unité ancré dans le respect, l’honnêteté et le partenariat. Il est essentiel d’honorer les engagements, d’écouter les voix autochtones et d’agir dans un but précis pour que le Canada puisse avancer de façon unie, forte et libre. 

Dans cet esprit, la chancelière Claudette Commanda a réaffirmé son appui à l’éducation, à la recherche et aux partenariats avec les communautés autochtones afin que l’Université d’Ottawa incarne ces principes et montre comment les établissements postsecondaires peuvent faire progresser la réconciliation par des actions concrètes.