Cette question est au cœur des travaux du professeur Cory Harris, un scientifique dont l’expertise en botanique, en ethnobotanique et en pharmacologie lui a valu le prestigieux Prix Neil Towers 2024 de la Société canadienne de recherche en produits de santé naturels. Ses recherches fusionnent le savoir autochtone et la science moderne pour explorer les effets des plantes sur notre corps et repousser les frontières de la santé naturelle.
Les travaux du professeur Harris portent principalement sur les plantes indigènes du Canada et leurs propriétés médicinales, et tout particulièrement sur leurs interactions avec le système endocannabinoïde du corps, un réseau de récepteurs qui influencent la douleur, l’humeur et l’inflammation.
Le cannabis est bien sûr la plante la plus connue dans ce domaine, mais le professeur Harris en étudie aussi d’autres, comme les plantes riches en alkylamides, qui ont des effets similaires, mais non enivrants. Ces composés, présents dans des plantes traditionnellement utilisées comme « remèdes universels », pourraient soulager la douleur et lutter contre l’inflammation sans provoquer l’effet planant du THC. « Nous sommes en train de découvrir tout le potentiel de ces plantes comme solutions de rechange à des problèmes comme l’anxiété et la douleur chronique », explique-t-il.
Cette recherche est capitale, car elle ouvre la porte à de nouveaux traitements pour les personnes qui réagissent mal aux produits pharmaceutiques conventionnels.
L’une des observations clés du professeur Harris? « Aucune plante n’est identique à une autre. » Contrairement aux produits pharmaceutiques fabriqués en série, les remèdes naturels varient en fonction de leur méthode de culture, de leur préparation et de leur utilisation, ce qui complique la recherche, mais la rend également plus riche de sens.
« Ces plantes sont consommées depuis des siècles, explique le professeur Harris. La science rattrape enfin son retard et étudie maintenant leur mode d’action. » Son approche interdisciplinaire combine des connaissances issues de la chimie, de la biologie et du savoir autochtone pour garantir que les remèdes traditionnels sont étudiés de manière éthique et efficace.
Dans son travail, le professeur Harris se démarque par son engagement envers la collaboration. Il s’est associé à des communautés autochtones afin d’arrimer ses recherches aux besoins du monde réel. Ses projets actuels sont axés sur des partenariats avec les communautés, le secteur public et les organisations à but non lucratif, de même qu’avec l’industrie, tant au Canada qu’à l’étranger. Ces liens de collaboration ont fait progresser la recherche sur le cannabis et les produits de santé naturels, l’une des raisons qui lui ont valu le Prix Neil Towers.
Pour le professeur Harris, recevoir ce prix dépasse la reconnaissance professionnelle : c’est un honneur profondément personnel. Neil Towers était son directeur de recherche au premier cycle universitaire; c’est lui qui a fait naître son intérêt pour les produits de santé naturels. Des années plus tard, le professeur John Arnason, tout premier lauréat du prix, a été son directeur de thèse. « C’est un honneur de me tenir à leurs côtés », précise le professeur Harris, en pensant aux gens qui l’ont guidé et ont influencé son parcours.
Lorsqu’il envisage l’avenir, le professeur imagine un système de santé où la médecine traditionnelle et la médecine moderne coexistent, comme en Chine, où les hôpitaux intègrent les deux approches. « La médecine traditionnelle ne devrait pas être regardée de haut, mais plutôt considérée comme une approche complémentaire aux soins, affirme-t-il. Au Canada, la plupart des gens ont déjà recours aux médecines douces. Ce qu’il faut, c’est en garantir la sûreté, surtout lorsqu’on les combine à des médicaments sur ordonnance. »
Le professeur Harris est également profondément engagé envers l’enseignement et le mentorat. Il encourage ses étudiantes et étudiants à explorer leurs intérêts et à faire avancer le domaine. « Je crois qu’il faut outiller la prochaine génération de scientifiques, dit-il. Leur regard différent sur les choses est essentiel pour aborder les problèmes de santé complexes du monde d’aujourd’hui. La nouvelle génération pousse aussi mes recherches dans des directions inattendues. Par exemple, une personne qui étudiait les traditions de l’ayahuasca au Brésil a été à l’origine d’une collaboration internationale. »
Dans l’avenir, le professeur Harris veut notamment étudier la chimie et la signification culturelle de l’ayahuasca et du tabac à priser autochtone. Il cherche aussi à savoir pourquoi les plantes produisent des toxines, ce qui pourrait nous amener à mieux comprendre leur évolution.
L’exploration du potentiel des plantes en médecine ne fait que commencer, et la contribution du professeur Harris inspirera sans aucun doute d’autres découvertes, en plus d’approfondir notre appréciation de la sagesse inhérente aux pratiques traditionnelles.
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