Olga Koppel, la fondatrice, se souvient de la rigueur scientifique des débuts : hypothèses, expérimentation, délais prolongés et lenteur des découvertes. Alors doctorante à la Faculté des sciences de l’Université d’Ottawa, elle crée son entreprise afin de concevoir des réseaux de capteurs en temps réel à la croisée des sciences environnementales et des technologies appliquées. L’entreprise d’Olga Koppel s’appuie sur la recherche et bénéficie des conseils de scientifiques de renom, notamment son directeur de thèse, le professeur Jeremy Kerr.
Il ne fait cependant aucun doute que le tournant le plus marquant de son parcours s’est produit lorsque la théorie a rencontré la pratique.
Aux dires de la fondatrice, « le plus gros changement a été d’obtenir un retour immédiat en contexte réel ». Dans le milieu universitaire, passer de l’hypothèse à la conclusion peut prendre des années, mais dans le monde de l’entrepreneuriat, quelques semaines ont suffi. Aujourd’hui, elle est en mesure de s’adapter rapidement, de tester ses produits sur le terrain et de voir presque instantanément la réaction de la clientèle face à sa technologie.
Ce passage de l’innovation axée sur la recherche à la réalité opérationnelle lui a permis de mieux comprendre à la fois les résultats et les enjeux. « La mise en œuvre dans le monde réel m’a permis de mieux comprendre les enjeux opérationnels et financiers », explique-t-elle. Elle a appris que le développement technologique ne se limite pas à la « validation du concept » : il s’agit également de prouver la fiabilité de la technologie, d’en démontrer le bien-fondé et de fournir des résultats mesurables.
Une communauté formatrice
Le Carrefour de l’entrepreneuriat de l’Université d’Ottawa et son programme d’accélération, le Garage Démarrage, ont été déterminants dans le projet, en contribuant à normaliser l’incertitude et l’ambition.
« J’ai été frappée par l’esprit communautaire, confie l’entrepreneure. Le Garage Démarrage m’a appris que l’incertitude et l’ambition sont des sentiments normaux, et que d’autres vivent les mêmes défis. » Au lieu d’essayer de résoudre seule tous les problèmes, elle a appris à faire appel à des personnes-ressources, des pairs et des partenaires, une habitude qui influence encore aujourd’hui sa façon de diriger et de bâtir EcoSafeSense.
Du prototype à la mise en production
Avoir pu observer sa technologie dans un environnement réel a été pour Olga Koppel une expérience transformatrice. Des capteurs EcoSafeSense sont actuellement installés sur le campus Kanata-Nord de l’Université d’Ottawa, et d’autres déploiements sont prévus dans l’écosystème de la navette intelligente et le long de promenade Legget, dans le plus grand parc technologique du Canada. « C’est génial! s’enthousiasme-t-elle. Je gagne en confiance, en visibilité et en crédibilité, ce qui est difficile à reproduire en laboratoire. » Si ces déploiements en conditions réelles permettent à Olga Koppel d’avoir un œil au sol, ils ont également accéléré la croissance de son entreprise. En effet, grâce aux capteurs qui collectent des données en temps réel, les boucles de rétroaction raccourcissent, les améliorations s’affinent et les discussions avec les investisseurs passent des projections aux preuves.
Au cœur d’un écosystème
Olga Koppel n’hésite pas à attribuer à la communauté de Kanata Nord une grande partie de l’élan qui a permis à EcoSafeSense de progresser. « Nos partenaires nous ont fourni des sites d’essai, des contacts et une visibilité, explique-t-elle. L’engagement sincère de personnes désireuses de voir les jeunes entreprises locales réussir a considérablement accéléré notre essor. »
Les collaborations avec l’Université d’Ottawa, Area X.O, Investir Ottawa et l’Association des gens d’affaires de Kanata-Nord (KNBA) se sont révélées cruciales pour la conception et le perfectionnement du matériel technologique propre de l’entreprise. Elles ont ouvert la voie à des sources de financement et à des environnements de test réalistes, deux facteurs essentiels pour la mise à l’échelle des innovations matérielles.
Des programmes et des jalons importants ont également contribué à ancrer EcoSafeSense dans le paysage de la mobilité intelligente et des infrastructures durables. Pensons notamment à la remise des prix Bootstrap, à l’accélérateur L-Spark et à la mise en service de la navette autonome l’automne dernier.
Pour une jeune entreprise spécialisée dans le matériel informatique, le soutien d’un écosystème favorable au démarrage n’est pas un luxe, mais une nécessité.
Une vision à grande échelle
Olga Koppel prévoit de se concentrer sur la mise en place d’une infrastructure à plus grande échelle grâce à un réseau maillé de capteurs capables de visualiser et de prédire les tendances dans l’ensemble des communautés. « J’espère voir s’améliorer la santé des populations dans les municipalités grâce à notre technologie », déclare-t-elle. La vision est ambitieuse : EcoSafeSense fournirait des données environnementales en temps réel qui permettraient d’éclairer les décisions, de favoriser un aménagement urbain plus sain et de renforcer la résilience des communautés.
Sur le plan personnel, ce parcours a également été très enrichissant. « L’entrepreneuriat a constitué le moyen le plus rapide dont j’ai jamais bénéficié pour évoluer, sur le plan professionnel comme sur le plan personnel, précise-t-elle. Je suis emballée à l’idée de continuer à rencontrer des personnes exceptionnelles, d’apprendre auprès de figures inspirantes et de nouer des partenariats. »
Pour Olga Koppel, EcoSafeSense n’est plus seulement une entreprise. Il s’agit d’un réseau vivant et dynamique, intégré dans les rues, les campus et les municipalités. À l’instar des capteurs qui recueillent des données, l’entrepreneuriat lui offre une expérience concrète du monde réel.