La décision de l’administration Trump de suspendre la majeure partie de l’aide étrangère et des activités de développement des États-Unis constitue une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) aux termes du Règlement sanitaire international (RSI), soutient un groupe de spécialistes dans un article paru aujourd’hui dans la revue The BMJ.
En effet, Matthew Herder et ses collègues lancent un avertissement : ces politiques constituent une grave menace pour la santé mondiale, car elles risquent de provoquer de multiples épidémies de maladies infectieuses à l’échelle planétaire et de causer des millions de décès et d’infections, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Leur retrait de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la réduction du financement visant à lutter contre certaines maladies (comme le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose) dans nombre de pays parmi les plus défavorisés du monde, la modification du calendrier de vaccination des enfants des États-Unis, ainsi que la réduction de leur engagement à participer aux efforts de préparation aux pandémies comptent parmi les principales actions que les États-Unis ont posées au détriment de la santé mondiale.
Même si une USPPI n’a jamais été déclarée à la suite des actions politiques d’un seul État, les signataires de l’article soulignent la présence du principal critère à prendre en considération : le risque.
« Le règlement international est on ne peut plus clair et définit l’urgence de santé publique au risque qu’elle pose et non à la vitesse de propagation d’une épidémie qu’on a laissée se répandre. Les politiques américaines actuelles répondent à ce critère, qui permet d’exiger une réponse mondiale claire. Les décisions des États-Unis de retirer aux grands programmes de santé mondiale leur financement, de se retirer de l’OMS et de lier le financement de la santé à des accords individuels avec le gouvernement ne sont pas des mesures isolées. Ensemble, elles érodent les systèmes collectifs qui protègent les populations contre les menaces sanitaires transfrontalières et risquent de provoquer la prochaine urgence sanitaire mondiale », explique Roojin Habibi, professeure adjointe à la Faculté de droit, Section de common law de l’Université d’Ottawa, directrice de la recherche en droit de la santé mondiale au Global Strategy Lab et coautrice de l’article.
« Dans un contexte où les États-Unis reviennent sur leurs engagements internationaux en matière de santé, les autres pays et institutions multilatérales doivent intervenir – que ce soit par le maintien du financement, le renforcement de leurs systèmes de santé ou l’utilisation de tous les leviers juridiques à leur disposition (par exemple, les licences obligatoires) – pour empêcher que cette crise politique ne devienne la pire urgence de santé publique que le monde ait jamais connue. »
Puisque les récentes décisions des États-Unis ont considérablement amplifié le risque de propagation de maladies au-delà des frontières, les autrices et auteurs de l’article sont d’avis que la situation correspond à une USPPI aux termes du RSI. Selon le règlement, une USPPI « s’entend d’un événement extraordinaire » posant « un risque pour la santé publique dans d’autres États en raison du risque international de propagation de maladies ».
Le groupe de spécialistes ajoute que déclarer une telle urgence pourrait aussi entraîner la mobilisation de fonds et encourager l’utilisation de licences obligatoires pour la production de médicaments essentiels afin d’atténuer les effets délétères découlant des actions du gouvernement américain.
Conscient que déclarer une USPPI pourrait susciter de nouvelles réactions négatives de la part des États-Unis, le groupe note que les actions posées par la nouvelle administration Trump depuis l’arrivée du président au pouvoir, début 2025, ont déjà causé la mort de centaines de milliers de personnes, et que d’autres décès sont à prévoir. Voilà pourquoi la communauté internationale, guidée par l’OMS, doit se mobiliser et collaborer pour protéger la santé mondiale.
Les spécialistes concluent ainsi : « Que l’OMS qualifie ou non d’USPPI les actions des États-Unis, il faut dire les choses telles qu’elles sont – c’est-à-dire que le président américain et son administration sont en train de causer la pire urgence de santé publique au monde – et prendre les mesures qui s’imposent. »
Un article connexe décrit comment, par l’imposition de nouvelles restrictions liées à l’avortement et l’interdiction de financer les programmes axés sur le genre et la diversité, les nouvelles règles américaines en matière d’aide étrangère créent un « triple piège mortel » pour les organisations bénéficiaires.
Sara Casey, professeure agrégée à l’École de santé publique Mailman de l’Université Columbia, prévient que les conséquences seront désastreuses : « Des installations vont fermer, perdre du personnel ou réduire leur offre de services, ce qui entraînera une augmentation du taux de mortalité maternelle et du nombre d’avortements non médicalisés. »
Notes pour la rédaction
Analyse : The United States is driving a public health emergency of international concern. DOI: 10.1136/bmj-2026-089474
Article connexe : Why the expanded global gag rule is a deadly triple tripwire for recipients of US foreign aid. DOI: 10.1136/bmj.s528
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