Langue, identité et équité numérique chez les jeunes Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens

Par Université d'Ottawa

Cabinet de la vice-rectrice à la recherche et à l'innovation, CVRRI

La professeure Megan Cotnam-Kappel
Depuis un très jeune âge, Megan Cotnam-Kappel s’intéresse à ce que cela signifie et exige de choisir de vivre sa francophonie en Ontario.

Ayant grandi dans différents contextes franco-ontariens, notamment à Timmins, Kingston et Orillia, la professeure Cotnam-Kappel a été exposée à des réalités linguistiques très diversifiées. « La réalité francophone était très différente dans chaque ville, mais j’ai vraiment remarqué une différence à Orillia », explique-t-elle, en référence à cette communauté où les francophones sont en situation extrêmement minoritaire.

« Alors que j’ai eu la chance de baigner dans ma langue à la maison, quand il s'agissait d'aller à l'école, de me faire des amis ou de participer à des activités parascolaires en français, ce n'était pas facile. C’est une réalité qui m’a vraiment marquée. J’ai réalisé à quel point la francophonie en Ontario était un choix. »

Cette réflexion personnelle est devenue le point d’ancrage de ses travaux de recherche, notamment dans le cadre de la Chaire de recherche sur l’épanouissement numérique des communautés franco-ontariennes. « Je veux créer des espaces numériques où les jeunes peuvent jouer, rire et développer un lien affectif avec leur langue », précise-t-elle.

La professeure Megan Cotnam-Kappel s'exprime sur scène lors d'une conférence.

Comprendre la place du français en ligne

Megan Cotnam-Kappel mène des recherches auprès de jeunes de différents conseils scolaires dans le nord, le sud et l’est de l’Ontario afin de mieux comprendre leurs processus de réflexion lorsqu’ils publient sur les réseaux sociaux ou travaillent en ligne.

Ses travaux démontrent que, bien que les jeunes réfléchissent attentivement au contenu du message – le texte, le visuel et le public cible –, la langue elle-même ne fait souvent pas partie de leur processus de réflexion. « À moins de s’adresser à de la parenté francophone ou d’évoluer dans un contexte explicitement francophone, comme l’école, ils disent ne pas penser au français », explique-t-elle.

Pour la chercheuse, ce constat est révélateur. « Cela m’indique que le choix d’expression des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens est encore plus pertinent que jamais », soulignant le rôle déterminant des réseaux sociaux et des espaces numériques dans la construction identitaire des jeunes.

« Les jeunes manquent d’espace où ils peuvent parler, créer et partager du contenu numérique en français avec confiance, dit-elle. C’est bien de vouloir encourager la participation francophone en ligne, mais on doit reconnaître l’écosystème numérique et les référents culturels sont largement en anglais. »

Cette réalité fait écho aux travaux de la professeure sur l’équité numérique, qui se mesure sur trois axes – l’accès aux technologies, les compétences numériques et le pouvoir d’agir, soit la capacité de s’exprimer et d’influencer au sein des environnements numériques. « Alors que les jeunes rapportent un bon accès et de bonnes compétences, il est clair que mes efforts doivent se concentrer sur le pouvoir d’agir. »

Travaux communautaires pour outiller les jeunes

Puisque le milieu scolaire est un espace où les jeunes s’expriment plus librement et avec plus de confiance en français, la professeure Cotnam-Kappel collabore avec des écoles partout en Ontario afin de développer chez les élèves le réflexe de choisir le français dans l’espace numérique.

« Les enseignantes et enseignants me parlent souvent d’un manque d’outils pédagogiques numériques francophones et contextualisés, explique-t-elle. J’ai vu là une occasion de créer des partenariats avec mes étudiantes et étudiants en formation à l’enseignement à l’Université d’Ottawa. »

Avec l’appui de TFO, la professeure a lancé un appel afin de jumeler des enseignantes et enseignants avec des étudiantes et étudiants en formation pour co-développer des outils pédagogiques numériques. Cette collaboration a permis de créer une expérience enrichie pour toutes les personnes impliquées, y compris les élèves qui utilisent ces ressources.

« L’exercice de développer des outils pédagogiques numériques n’est pas nouveau, mais ce partenariat nous a permis de nous ancrer plus concrètement dans le contexte franco-ontarien. » Megan Cotnam-Kappel donne l’exemple d’une chasse au trésor numérique pour des élèves de première année dans le nord de l’Ontario, qui a mis en vedette la rivière qui traverse leur ville et des expressions francophones locales. 

La professeure Megan Cotnam-Kappel avec des étudiantes et étudiants à la formation, profitant du cylindre immersif à INNOVA.
La professeure Megan Cotnam-Kappel avec des étudiantes et étudiants à la formation, profitant du cylindre immersif à INNOVA.

Créer des espaces numériques où la francophonie ontarienne peut s’épanouir

La professeure Cotnam-Kappel insiste sur le fait qu’il est important de voir au-delà des défis et de réfléchir aux possibilités offertes par le numérique, y compris par des technologies émergentes comme l’intelligence artificielle.

« Le numérique représente un levier puissant pour notre communauté d’augmenter sa visibilité, de faire rayonner la diversité des accents, d’encourager le partage ouvert et de vivre pleinement sa francophonie », affirme-t-elle.

Elle souligne notamment INNOVA, un espace dédié à la recherche et à l’innovation en français en milieu minoritaire, où elle agit à titre de chercheuse en résidence. « C’est un espace novateur qui valorise l’éducation en langue française, de la maternelle jusqu’à l’université, avec l’utilisation de technologies de pointe. Je peux fièrement y amener mes partenaires de recherche, mes collègues des conseils scolaires, mes étudiantes et étudiants ainsi que des membres de la communauté afin de faire rayonner leurs projets, leur faire découvrir les installations et explorer différentes manières de mobiliser la technologie pour diffuser la recherche », ajoute-t-elle.

« Je crois fortement que la francophonie ontarienne est un choix quotidien, nous rappelle Megan Cotnam-Kappel. Les espaces comme INNOVA et l’Université d’Ottawa, qui valorisent les perspectives franco-ontariennes, renforcent le pouvoir d’agir des jeunes et de notre communauté d’exister pleinement dans le numérique et d’y faire entendre sa voix – en français. »

Des étudiantes et étudiants de l'Université d'Ottawa découvrent les installations et les technologies d'INNOVA, notamment le cylindre immersif et le HoloLens
Des étudiantes et étudiants de l'Université d'Ottawa découvrent les installations et les technologies d'INNOVA, notamment le cylindre immersif et le HoloLens.