Lara Pilutti, chercheuse à la Faculté des sciences de la santé, obtient un important financement pour ses travaux sur la sclérose en plaques (SP)

Par Université d'Ottawa

Faculté des sciences de la santé, Camille Cottais

Médecin regardant un IRM du cerveau
L’International Progressive MS Alliance, qui œuvre pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de cette maladie dans le monde, a octroyé 6,9 millions d’euros à trois études internationales. De cette somme, 2,3 millions d’euros sont consacrés à un projet codirigé par les professeures Lara Pilutti de l’Université d’Ottawa et Sarah Donkers de l’Université de la Saskatchewan.

Remédier au manque criant de traitement

La SP est une maladie chronique auto-immune qui attaque le système nerveux central et perturbe ses communications avec le reste de l’organisme. Les symptômes comprennent des douleurs, une perte de mobilité, des problèmes de vision, de la fatigue et une dysfonction de la vessie ou des intestins. Selon SP Canada, le Canada affiche l’un des taux de SP les plus élevés au monde : 90 000 personnes en sont atteintes, dont 75 % sont des femmes.

La professeure Pilutti explique que la SP rémittente est la forme la plus courante de la maladie. Elle se caractérise par des poussées lors desquelles les symptômes s’aggravent subitement, suivies de périodes de rémission. Ce cycle peut se répéter pendant de nombreuses années. Au contraire, dans le cas de la SP progressive, les symptômes s’aggravent progressivement et s’accumulent sans véritable période de rémission.

Selon la professeure Pilutti, la plupart des médicaments et des traitements à l’heure actuelle ciblent la forme rémittente. Le manque de traitements pour la forme progressive laisse donc peu d’options efficaces à une communauté qui représente pourtant près de la moitié des personnes atteintes de la SP.

De la conception aux essais coordonnés entre plusieurs établissements

Ce financement marque la deuxième phase du programme de recherche sur le bien-être de l'International Progressive MS Alliance. Il s’agit d’un programme en plusieurs phases, visant à faire passer les idées prometteuses de la phase de conception à celle des essais à grande échelle, puis à leur application concrète.

Le programme de financement de l’Alliance compte trois phases. Parmi plus de 60 équipes candidates à la première phase, en 2023, 9 ont été sélectionnées, dont celle de Pilutti. Cette première phase portait sur la conception et la collecte de données pilotes, tandis que la deuxième phase, à laquelle seuls trois projets ont accédé, permettra de tester l’intervention proposée dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé à grande échelle. Six établissements canadiens participent à cet essai, aux côtés d’établissements partenaires en Italie et au Royaume-Uni.

Préparer le cerveau à apprendre

Intitulée « Can Priming Enhance Rehabilitation Success in Progressive MS? The Can-PRIME MS Trial », l’étude de la professeure Pilutti combine la réadaptation avec ce que les chercheuses et chercheurs appellent le « priming » du cerveau.

Les sujets de l’étude participeront à des séances intensives de réadaptation trois fois par semaine pendant huit semaines. Les personnes participantes décriront les difficultés motrices ou cognitives qu’elles éprouvent au quotidien, comme marcher sur de longues distances, s’orienter dans un environnement complexe ou effectuer des tâches qui mobilisent les membres supérieurs, et le programme sera adapté en fonction de leurs difficultés.

« Nous voulons apporter des améliorations concrètes dans la vie des personnes atteintes de SP progressive », déclare la professeure Pilutti. Son approche personnalisée et centrée sur les participantes et participants s’intéresse aux fonctions réelles plutôt qu’aux seuls résultats de laboratoire.

Avant chaque séance de réadaptation, d’une durée de 40 minutes, les participantes et participants pratiqueront 20 minutes de « priming » sous la forme d’exercices aérobiques, de stimulations cérébrales non invasives, ou d’une combinaison de ces deux méthodes.

Pilutti précise que l’approche est ancrée dans la neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau de s’adapter et de former de nouvelles connexions. Or, dans la SP progressive, la perturbation de certains circuits neuronaux complique la transmission des signaux.

Le « priming » a pour but de stimuler le cerveau avant d’entreprendre la réadaptation, afin qu’il soit plus réactif. Les exercices aérobiques et les stimulations cérébrales non invasives contribuent à « préparer » le cerveau pour qu’il soit plus réceptif à l’apprentissage pendant la séance de réadaptation.

Il reste à savoir si le « priming » améliore les effets de la réadaptation et, le cas échéant, si l’une de ces formes est plus efficace que l’autre, poursuit la chercheuse.

Mesurer les répercussions à long terme

Les participantes et participants à l’étude seront évalués au début, au milieu et à la fin des huit semaines d’intervention, et feront ensuite l’objet d’un suivi sur deux ans. En plus des résultats moteurs et cognitifs, l’équipe évaluera la qualité de vie, le recours aux soins de santé et la progression des symptômes invalidants à long terme.

La deuxième phase prévoit également des groupes de discussion avec des prestataires de soins de santé afin d’explorer la faisabilité de l’application de cette intervention en milieu clinique. Ces discussions alimenteront le dossier de candidature pour la troisième phase, qui portera sur l’intégration concrète de l’intervention dans le système de santé.

L’étude se fonde également sur une approche axée sur les patientes et patients. Un groupe consultatif formé de personnes qui vivent avec la SP ou qui sont touchées par la maladie fournit des rétroactions tout au long du projet.

La SP progressive présente des défis uniques, car ses symptômes et ses effets invalidants diffèrent beaucoup d’une personne à une autre, résume la professeure Pilutti. En combinant une réadaptation personnalisée et des techniques de stimulation cérébrale, cette recherche propose une stratégie novatrice pour atténuer ces problèmes. Les résultats des trois études financées par l’Alliance dans le cadre de la deuxième phase sont attendus d’ici quatre à cinq ans.