« C’était vraiment poussiéreux! », se souvient El Hadji Yaya Koné de l’écriture à la craie sur le tableau, à ses débuts en enseignement. Il rit en se rappelant le « grand passage » du tableau à craie aux transparents en acétate, qu’on plaçait sur un rétroprojecteur. Avec le recul, il considère les outils « de la vieille école » qu’il utilisait à l’époque comme le point de départ d’un parcours universitaire marqué par des changements constants.
Un détour inattendu
À son arrivée au Canada, après avoir quitté la Côte d’Ivoire où il était déjà enseignant qualifié au secondaire, El Hadji Yaya Koné devait obtenir une attestation de qualification en enseignement au Québec. « J’avais besoin de travailler, mais l’absence de brevet d’enseignement m’empêchait d’accéder à une salle de classe », explique-t-il.
Cette pause imprévue de quelques mois dans sa carrière s’est avérée être un heureux hasard. Il a trouvé un emploi temporaire dans le secteur des télécommunications, où il vendait des téléphones mobiles et des services Internet dans un centre d’appels. Pendant sa formation de télévendeur, il a constaté que l’entreprise utilisait différentes technologies pour former les nouvelles recrues. « En tant qu’enseignant, j’ai tout de suite pensé qu’on pourrait en faire beaucoup avec ces technologies ».
Son brevet en poche, El Hadji Yaya Koné a ensuite enseigné pendant dix ans au niveau secondaire au Québec, où il a vécu en temps réel la révolution des technologies éducatives avec ses élèves. Tableau blanc interactif, téléphone intelligent, applications pédagogiques et communautés d’apprentissage en ligne : la profession évoluait rapidement.
C’est sa passion grandissante pour les technologies éducatives qui l’a conduit à poursuivre des études supérieures consacrées à l’enseignement en ligne et à distance. Il a d’abord obtenu une maîtrise à l’Université TÉLUQ, l’université à distance du Québec, puis un doctorat à l’Université de Montréal. Il est aujourd’hui professeur agrégé et vice-doyen aux études de 2e et 3e cycles à la Faculté d’éducation.
Miser sur la technopédagogie
L’utilisation d’outils numériques est une pratique courante dans la plupart des salles de classe du 21e siècle. Appelée « technopédagogie » dans la littérature savante, cette approche désigne l’intégration des technologies pour soutenir la conception des cours et les stratégies d’enseignement fondées sur les théories de l’apprentissage, afin d’enrichir l’expérience des apprenant.e.s.
En tant que technopédagogue chevronné, le professeur Koné articule son enseignement et ses recherches autour de quatre thèmes interdépendants : la conception pédagogique en ligne, l’apprentissage numérique inclusif, le développement professionnel du personnel enseignant et l’apprentissage à distance transfrontalier.
Cette vision globale guide sa réflexion sur toutes les technologies émergentes.
« Je me pose toujours deux questions d’entrée de jeu », explique-t-il, « comment cette technologie peut-elle servir l’enseignement? Est-elle susceptible d’améliorer l’expérience d’apprentissage des élèves? »
« Nous pouvons mobiliser la technologie pour soutenir l’apprentissage et, du même coup, aider les populations étudiantes réfugiées à reconstruire leur vie grâce à l’enseignement supérieur... »
El Hadji Yaya Koné
— Professeur agrégé à la Faculté d’éducation
L’enseignement en ligne en zone de conflit
L’expertise du professeur Koné dans les technologies émergentes l’a mené vers la communauté de pratique de la Mobilization Communautaire en Crise (MCSC). Le travail de MCSC est guidé par le principe selon lequel l’éducation est un droit fondamental, même si l’accès des personnes réfugiées à l’enseignement supérieur est souvent limité dans les zones de conflits ou dans leur pays d’accueil. Les chercheurs et chercheuses de la communauté de pratique souhaitaient repenser les moyens d’améliorer le potentiel de l’enseignement en ligne. Les recherches du professeur Koné répondaient parfaitement à ce besoin.
Avec ses collègues de la Faculté des sciences sociales, le professeur Koné a reçu une subvention d’engagement partenarial du Conseil de recherches en sciences humaines pour étudier comment assurer l’accès des personnes réfugiées à l’enseignement supérieur en ligne au Niger, en collaboration avec le Haut-commissariat des nations unies pour les réfugiés.
Cette étude démontre que l’utilisation des outils d’apprentissage numérique par les membres de la communauté étudiante réfugiée est influencée à la fois par les obstacles d’accès, la disponibilité des réseaux de soutien social et le rôle central que jouent les activités communautaires dans le maintien du bien être. Elle met également en lumière la nécessité de prioriser les ressources d’apprentissage privilégiées par les étudiantes et étudiants et d’évaluer l’efficacité des outils numériques afin de mieux répondre à leurs besoins éducatifs.
L'équipe de recherche cherchera à obtenir des fonds supplémentaires pour mettre en œuvre la deuxième phase du projet, laquelle permettra d’approfondir la compréhension des relations entre les perceptions qu’ont les personnes étudiantes de leur situation personnelle et les contextes spécifiques des communautés d’accueil. Ces connaissances soutiendront la conception et la mise en œuvre de ressources d’apprentissage virtuelles adaptées, en cohérence avec leurs aspirations en matière d’autonomisation et de développement professionnel.
« Nous pouvons mobiliser la technologie pour soutenir l’apprentissage et, du même coup, aider les populations étudiantes réfugiées à reconstruire leur vie grâce à l’enseignement supérieur, même dans des régions reculées où les ressources sont très limitées », explique-t-il.
Jamais dans l’histoire récente cette idée d’apprentissage pour les personnes réfugiées n’a été aussi pertinente qu’aujourd’hui, au vu du grand nombre de conflits dans le monde », ajoute-t-il.
L’humain au cœur de la technologie éducative
L’avènement de l’intelligence artificielle accélère l’innovation dans le domaine de la technologie éducative, mais soulève également des défis complexes et des questions éthiques. Ces questions seront au cœur des débats sur le campus au printemps, lorsque le professeur Koné (en collaboration avec la Faculté d’éducation) accueillera une délégation internationale de chercheuses et chercheurs pluridisciplinaires à la conférence 2026 de l’Association pour l’innovation pédagogique et le développement professionnel.
Dans les travaux du professeur Koné, une constante se dégage : la réflexion sur la technologie éducative et l’IA est d’abord et avant tout une question humaine, et non technologique.
« À mes yeux, ce qui compte avant tout, ce sont les êtres humains », dit-il. « Il s’agit ensuite de trouver comment les aider. Comment y arriver sans comprendre leur réalité? »
Il ajoute : « Le message que je souhaite transmettre, c’est qu’il faut prêter attention les uns aux autres et utiliser nos connaissances pour améliorer ensemble nos conditions de vie. »
En savoir plus sur El Hadji Yaya Koné
El Hadji Yaya Koné est professeur agrégé et vice-doyen des études de 2e et 3e cycles à la Faculté d’éducation. Il est spécialiste de la formation en ligne et de la pédagogie universitaire. Ses recherches portent sur la technopédagogie, la conception pédagogique, l’apprentissage inclusif et l’enseignement à distance transfrontalier.
Le professeur dirige le groupe de recherche sur la technologie éducative et l’apprentissage à distance (TEFAD). Son dernier ouvrage co-édité, intitulé IA et enseignement post- secondaire à l’intersection des perspectives des parties prenantes. Développement d’un réseau de spécialistes (2025), est une analyse multidisciplinaire axée sur les défis liés à l’IA dans le domaine de l’éducation.