C’est dans ce contexte que plus de 100 étudiantes et étudiants de sept facultés se sont réunis, lors du sprint de cocréation en santé du 6 mars 2026, pour imaginer des solutions interdisciplinaires visant à orienter la stratégie de sécurité alimentaire de l’Université d’Ottawa, acquérant du même coup de nouvelles compétences et obtenant au passage des crédits universitaires.
Les équipes disposaient de 48 heures et d’un budget fictif de 200 000 $. Comme lors du premier sprint d’innovation de Telfer, elles ont engagé une réflexion conceptuelle pour analyser les enjeux sous différents angles et identifier les facteurs interconnectés, les lacunes sur le plan des connaissances et les pratiques alimentaires qui influencent cette insécurité. Puis, avec l’aide de mentores et mentors de la communauté, elles ont travaillé à peaufiner leurs solutions.
Des solutions étudiantes au premier plan
Pour Claire Kendall, doyenne associée à la responsabilité sociale à la Faculté de médecine et coprésidente du comité consultatif de la stratégie de sécurité alimentaire de l’Université d’Ottawa, il était essentiel d’intégrer la voix étudiante aux travaux du comité :
« Les idées générées lors du sprint orienteront directement notre stratégie institutionnelle. Elles nous aideront à bâtir une communauté plus solidaire et à mettre en place des actions concrètes qui amélioreront la santé et le bien-être sur le campus. »
« Les idées générées lors du sprint orienteront directement notre stratégie institutionnelle. Elles nous aideront à bâtir une communauté plus solidaire et à mettre en place des actions concrètes qui amélioreront la santé et le bien-être sur le campus. »
Claire Kendall
— Coprésidente du comité consultatif de la stratégie de sécurité alimentaire
Eric Bercier, vice-recteur intérimaire aux finances et à l’administration, souligne que la stratégie alimentaire de l’Université doit soutenir la réussite scolaire :
« Lutter contre l’insécurité alimentaire à l’Université d’Ottawa, c’est aussi promouvoir l’équité, améliorer le bien-être étudiant et offrir à chaque personne les conditions nécessaires pour réussir. »
« Lutter contre l’insécurité alimentaire à l’Université d’Ottawa, c’est aussi promouvoir l’équité, améliorer le bien-être étudiant et offrir à chaque personne les conditions nécessaires pour réussir. »
Éric Bercier
— Vice-recteur intérimaire aux finances et à l’administration
Des difficultés malgré l’abondance
Le problème n’est pas tant le manque de nourriture. Tacos, tofu, taboulé… les choix ne manquent pas sur le campus, mais les étudiantes et étudiants sont de plus en plus nombreux à dire que les options abordables se raréfient.
Selon le plus récent sondage Assiettes saines, 42 % des étudiantes et étudiants se considèrent en situation d’insécurité alimentaire à un certain niveau, ce qui constitue une hausse de 50 % depuis 2021. On y apprend aussi que 13 % vivent en situation d’insécurité grave, un taux qui a doublé au cours de la même période. L’enquête révèle également que près de la moitié des personnes aux cycles supérieurs sautent des repas ou en réduisent la taille pour économiser.
L’impact est encore plus marqué chez les étudiantes et étudiants internationaux, ainsi que chez celles et ceux qui vivent avec un handicap ou un problème de santé chronique.
Quantité d’obstacles restreignent l’accès à un repas adéquat. Certaines personnes manquent d’expérience en cuisine. D’autres, peu habituées à vivre ce genre de situation, sont mal à l’aise de demander de l’aide. Et puisque l’information sur les mesures d’aide peut être fragmentée ou cloisonnée, certains programmes sont sous-utilisés alors que d’autres ne suffisent pas à la demande.
Par ailleurs, l’imbrication complexe des conditions de logement, des horaires de travail ou d’étude et des besoins alimentaires rend impossible l’élaboration d’une solution unique.
Quand la réussite et le bien-être sont en jeu
Une mauvaise alimentation nuit aux capacités cognitives et, conséquemment, aux résultats scolaires. Les étudiantes et étudiants en situation d’insécurité alimentaire sont deux fois plus susceptibles de déclarer une mauvaise santé mentale et six fois plus susceptibles d’envisager d’abandonner leurs études.
« L’alimentation joue un rôle essentiel pour la santé physique comme pour la santé mentale, particulièrement durant cette période déterminante où les étudiantes et les étudiants universitaires travaillent à bâtir les bases de leur avenir », explique Isabelle Giroux, professeure titulaire en nutrition à l’École des sciences de la nutrition de la Faculté des sciences de la santé et diététiste professionnelle.
« L’alimentation joue un rôle essentiel pour la santé physique comme pour la santé mentale, particulièrement durant cette période déterminante où les étudiantes et les étudiants universitaires travaillent à bâtir les bases de leur avenir. »
Isabelle Giroux
— Professeure titulaire en nutrition à l’École des sciences de la nutrition de la Faculté des sciences
Les ingrédients d’un système alimentaire sain
Le sprint a débuté par une présentation de Deyowidron’t Teri Morrow, diététiste autochtone, qui a expliqué que les systèmes alimentaires autochtones valorisent le bien-être collectif grâce à une approche qui intègre pratiques culinaires, culture et savoirs.
Elle a invité les équipes à intégrer ces dimensions – relations personnelles, apprentissage axé sur le territoire et connaissance des produits agricoles locaux – dans leurs solutions. Elle a également salué l’engagement du leadership autochtone sur le campus dans l’élaboration de la stratégie alimentaire de l’Université d’Ottawa et encouragé les leaders à poursuivre leurs efforts en faveur du changement.
Des représentantes et représentants des Services alimentaires, du secteur Santé et mieux-être et du Cabinet du vice-provost à l’international ont ensuite présenté leurs programmes et invité les équipes à leur proposer des solutions pouvant en élargir la portée. Une présentation de Growcer, entreprise fondée par des personnes diplômées de Telfer, a montré le potentiel des fermes verticales modulaires installées dans des endroits inusités.
Resserrer les liens entre le campus et la communauté
À 13 h, dimanche, les 22 équipes avaient toutes téléversé leurs présentations finales dans Brightspace.
Chacune d’entre elles avait six minutes pour présenter sa solution devant un jury, qui devait l’évaluer selon quatre critères :
- clarté et impact
- faisabilité et plan de mise en œuvre
- communication visuelle et conception de l’affiche
- présentation et mobilisation de l’équipe
Les finalistes étaient :
- Équipe 9 : Crossplates on Wheels, un système de chariots de livraison isolés conçus par des étudiantes et étudiants en génie de l’Université d’Ottawa pour réduire la stigmatisation liée à l’insécurité alimentaire et mieux faire connaître les programmes d’aide.
- Équipe 14 : Food Patrol, une application mobile qui centralise des renseignements provenant de plusieurs sources et qui intègre un service de livraison bénévole pour réduire les obstacles à l’accès à la nourriture gratuite.
- Équipe 20 : Plates with Purpose, un projet qui vise à mieux faire connaître les programmes de soutien alimentaire à la population étudiante et à réduire la stigmatisation liée à leur utilisation en regroupant dans Brightspace de l’information se rapportant au campus et à la communauté ottavienne en général.
L’équipe 9 a remporté le prix du public et l’équipe 20, le prix du jury.
De l’aide qui vient des pairs
Les équipes ayant remporté les honneurs (9 et 20) pourront soumettre leurs idées au comité consultatif de la stratégie de sécurité alimentaire, mais toutes peuvent peaufiner leurs projets dans le cadre de cours autodirigés.
Selon Nadine Wiper-Bergeron, vice-doyenne aux études supérieures et postdoctorales à la Faculté de médecine, toutes les solutions prenaient appui sur les partenaires communautaires, les ressources sur le campus et les fournisseurs de services alimentaires, signe que les étudiantes et étudiants ont compris la nature interdisciplinaire du défi et mis en pratique leurs nouvelles compétences.
« Ce sprint a mis en évidence l’importance de travailler ensemble pour créer des stratégies qui encourageant les étudiantes et étudiants à s’investir pour assurer la sécurité alimentaire à tous et à toutes. »
Nadine Wiper-Bergeron
— Vice-doyenne aux études supérieures et postdoctorales, Faculté de médecine
« Dans l’ensemble, ce sprint fort utile a donné aux étudiantes et étudiants de diverses unités scolaires la possibilité de discuter ouvertement avec des membres de la communauté, des spécialistes et des mentores et mentors du rôle que chaque personne peut jouer pour réduire l’insécurité alimentaire », a-t-elle expliqué.
« Il a aussi mis en évidence l’importance de travailler ensemble pour créer des stratégies qui encourageant les étudiantes et étudiants à s’investir pour assurer la sécurité alimentaire à tous et à toutes. »
Le sprint a été organisé en partenariat avec la Table ronde des affaires et de l'enseignement supérieur, et avec le soutien du gouvernement du Canada. Nous tenons également à remercier l'équipe carrière et apprentissage expérientiel.