Monica Nevins (en bas à gauche) avec son groupe de recherche (au premier rang: Serine Bairakji, Zander Karaganis, Carolina Scassa, Bennett Punyat Hon, Ekta Tiwari) et ses collaboratrices (à l’arrière: Susanne Pumplün (Université de Nottingham) et Adèle Bourgeois (Tutte Institute for Mathematics and Computing; TIMC)).
Pour la professeure Monica Nevins, les mathématiques n’ont jamais été confinées aux pages d’un manuel scolaire. Elle voit plutôt une discipline vivante fondée sur des idées, animée par la communauté et enrichie par la collaboration. Cette année, la Société mathématique du Canada (SMC) a récompensé son indéfectible dévouement au domaine en lui décernant le prix Graham-Wright pour service méritoire. Ce prix rend hommage non seulement à ses contributions remarquables à la communauté universitaire, mais aussi à son inlassable implication et à son travail de sensibilisation au sein de la communauté mathématique canadienne.

Le prix revêt un caractère particulièrement personnel pour la professeure Nevins. « Le professeur Graham Wright était un membre de longue date de notre département et une figure centrale de la SMC, confie-t-elle. Il en a été le directeur administratif pendant plus de 30 ans. Recevoir le prix qui porte son nom a une grande signification, tant sur le plan personnel que professionnel. »

Ces 20 dernières années, la professeure Nevins a été une force motrice de la SMC. Elle a siégé à son conseil d’administration et à son comité exécutif, et a aidé la Société à opérer des changements stratégiques. Le rôle qu’elle a joué dans l’organisation des réunions d’été de la SMC – un effort de plusieurs années, perturbée par les rebondissements inattendus de la pandémie – a été particulièrement remarqué. Initialement prévu en 2020 pour marquer les 75 ans de la SMC, l’événement a eu lieu de façon virtuelle en 2021. Une autre édition a été organisée en 2023, et la professeure a dû prendre le relais après que l’université organisatrice se soit retirée. « J’ai fini par participer d’une manière ou d’une autre pendant cinq ans, dit-elle en riant. Mais c’était une façon tellement gratifiante de rester en contact avec la communauté. »

La professeure Nevins est surtout connue pour ses travaux portant sur l’algèbre et la théorie des représentations, avec un intérêt particulier pour les groupes p-adiques. Mais son parcours de recherche ne s’est pas arrêté là. Sa passion pour les énigmes l’a amenée à s’intéresser à la cryptographie et, plus récemment, à la sécurité quantique par sa collaboration avec le groupe de recherche sur la sécurité quantique par l’algèbre et la théorie des représentations (QUASAR). Cette équipe interdisciplinaire fait le pont entre l’algèbre, la théorie de l’information quantique et les applications cryptographiques.

« La cryptographie est le point de rencontre entre l’algèbre et les demandes urgentes du monde réel, explique-t-elle. Nous sommes actuellement à un tournant, car l’informatique quantique menace de briser les algorithmes sur lesquels nous nous appuyons depuis des décennies. Notre travail consiste principalement à trouver de solides solutions post-quantiques. »

Grâce à ses collaborations avec des chercheuses et chercheurs d’ailleurs dans le monde, notamment dans le cadre d’un récent séjour à Paris, les travaux de la professeure Nevins ont maintenant une plus vaste portée à l’international. Cela contribue à jeter les bases mathématiques des systèmes à sécurité quantique. Les subventions du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) et du fonds Nouvelles frontières en recherche ont soutenu ce programme en expansion, permettant à la professeure d’investir dans ce qui lui tient le plus à cœur : ses étudiantes et étudiants.

Le mentorat occupe en effet une place centrale dans ses travaux. Elle se considère comme une guide et offre des conseils, des encouragements et des commentaires honnêtes, aussi bien lors de rencontres de recherche individuelles que de séances en groupe. « En mathématiques, nous n’utilisons pas de matériel de laboratoire, tout est question d’idées, explique-t-elle. Les étudiantes et étudiants arrivent avec leur esprit créatif, et mon rôle est de les aider à transformer leur idée en quelque chose de puissant. »

En dehors de l’Université, la professeure Nevins travaille très fort pour assurer la diversité et l’inclusion dans le domaine des mathématiques. Elle anime des ateliers de sensibilisation destinés à la population étudiante et au corps professoral, participe à des panels sur le mentorat et veille à ce que son matériel pédagogique reflète la diversité du monde des mathématiques. « Parfois, il suffit que quelqu’un nous dise : “Tu es à ta place ici”, commente-t-elle. Ce message peut changer une vie. »

La professeure Nevins – qui continue d’être invitée à prendre la parole lors de divers événements, occupe des fonctions de rédaction dans des revues nationales de mathématiques et poursuit des travaux à la frontière de la cryptographie quantique – ne montre aucun signe de ralentissement. Celle qui nous inspire encore et toujours par sa logique, son leadership et son dévouement nous confie que le prix Graham-Wright lui apparaît moins comme un aboutissement que comme une nouvelle étape dans une carrière qui continue d’évoluer.

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