En collaborant étroitement avec des membres du corps enseignant, des directions d’école et des familles dans les communautés scolaires franco-ontariennes, elle contribue à créer des guides et des outils pratiques favorisant l’engagement parental dans l’écosystème éducatif. Son travail met en avant une approche émergente centrée sur les « parents-partenaires » et des approches inclusives et humaines de penser l’éducation.
Ndiaye est lauréate de la bourse Vanier 2025 et doctorante à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa. Notre conversation fait partie de la série les universitaires en éducation.
Parlez-nous de vous et de votre parcours.
Mon parcours est marqué par la pluridisciplinarité et un engagement profond envers l’humain. Biologiste moléculaire de formation, titulaire d’un double diplôme qui comprend une spécialisation en gestion, j’ai d’abord exercé plusieurs fonctions en France dans le secteur pharmaceutique. Cette première phase de ma carrière dans le domaine de la recherche scientifique m’a permis de développer des compétences en modélisation, en innovation et en travail d’équipe. Après mon immigration en Ontario il y a près de quinze ans, j’ai choisi d’embrasser une nouvelle vocation : l’enseignement. Depuis, j’ai obtenu un baccalauréat et une maîtrise, puis j’ai entamé un doctorat à l’Université d’Ottawa, tout en enseignant les mathématiques et les sciences dans une école secondaire franco-ontarienne. Mon intérêt pour l’innovation pédagogique et les pratiques collaboratives m’a naturellement menée à concevoir et à mettre en œuvre ce que j’ai appelé le coenseignement parent-enseignant (en référence au coenseignement traditionnel entre enseignantes et enseignants) aligné sur les programmes scolaires. C’est dans cette dynamique que mon projet pilote « Parent partenaire en enseignement » est né, dans ma salle de classe, dès septembre 2022. Par la suite, celui-ci a été repris dans un contexte universitaire en tant qu’objet de plusieurs communications scientifiques. Il constitue aujourd’hui le socle de mon projet de recherche doctorale.
Pourriez-vous nous donner un bref aperçu de vos recherches ?
Ma recherche doctorale s’inscrit dans une volonté de mieux comprendre et structurer les nouvelles formes de collaboration entre l’école et les familles. Plus spécifiquement, elle vise à développer et à valider un cadre évaluatif multiacteurs du coenseignement parent-enseignant en contexte minoritaire franco-ontarien, en s’appuyant sur une démarche méthodologique de recherche-développement (R-D). Les objectifs principaux de ma recherche sont d’identifier des principes directeurs communs et de co-élaborer avec les acteurs du terrain, un référentiel d’engagement parental ainsi que des indicateurs de qualité du coenseignement parent-enseignant afin d’outiller les milieux scolaires et autres parties prenantes. Ce projet de recherche contribuera, je l’espère, à documenter une pratique émergente et à enrichir la réflexion sur la coresponsabilité éducative, la participation parentale et l’innovation pédagogique.
Qu’est-ce qui vous a inspiré à vous intéresser à ce sujet ?
Ce qui m’anime, c’est la conviction profonde que l’école ne peut tout faire seule, et qu’il devient urgent de repenser nos modèles de collaboration éducative. À travers ma pratique, j’ai pu constater que le regard des parents sur l’école change dès lors qu’ils deviennent des partenaires pédagogiques actifs. Mon désir de recherche est né d’une tension fertile entre mes observations de terrain, mon intérêt pour le leadership et l’innovation pédagogique, ainsi que mon propre rôle de mère engagée. Cette recherche, c’est aussi un hommage à mes parents, qui m’ont transmis la passion du savoir, la résilience et l’excellence, ainsi qu’à mes enfants, qui m’inspirent chaque jour à rêver d’une éducation plus humaine, plus inclusive et plus partagée.
Qui, espérez-vous, bénéficiera de vos travaux?
Mon projet de recherche doctorale pourrait bénéficier à plusieurs acteurs interreliés. En premier lieu, ce sont les élèves qui sont au cœur de ma démarche. En favorisant leur bien-être, leur inclusion équitable et leur engagement scolaire, le coenseignement parent-enseignant permettra, je l’espère, de créer des environnements d’apprentissage plus justes, motivants et ouverts sur le monde de manière durable. Ensuite, je souhaite que mes travaux profitent aux enseignantes et enseignants ainsi qu’aux directions d’école, en leur offrant un nouveau levier de développement professionnel, de collaboration école-famille et d’innovation pédagogique contextualisée. Les parents seront, bien sûr, des bénéficiaires essentiels. Valoriser leur expertise, reconnaître leur rôle éducatif et leur offrir des espaces de participation active en salle de classe devrait contribuer à renforcer la confiance, le partenariat et la réussite collective. Enfin, j’espère que cette recherche, en créant des ponts de manière pérenne entre recherche, milieu pratique et engagement communautaire, pourra inspirer les conseils scolaires, les décideurs publics et les chercheuses et chercheurs en sciences humaines et sociales à repenser les frontières traditionnelles entre familles et établissements, en développant des politiques plus inclusives et transformatrices.
Votre recherche a-t-elle pris des tournants inattendus ?
Oui, plusieurs éléments inattendus ont émergé depuis le début de ma recherche, mais le plus marquant a été l’ampleur des retombées humaines et professionnelles de mon projet pilote avant même d’avoir l’idée de poursuivre au doctorat. Ce qui m’a profondément surprise, c’est la résonance quasi immédiate de cette approche auprès des élèves, de leurs parents et de l’équipe-école. Un autre élément inattendu est la sollicitation d’autres milieux scolaires, de chercheuses et chercheurs et d’instances éducatives, alors même que le concept de coenseignement parent-enseignant n’existe pas encore officiellement dans les cadres théoriques de référence. Cette réception tant inattendue qu’encourageante a renforcé ma conviction que les solutions parfois les plus simples peuvent émerger en marge des pratiques établies, et que la recherche peut être un levier concret de transformation dès lors qu’elle s’ancre dans le réel et dans les besoins vécus sur le terrain. Enfin, à titre personnel, je n’aurais jamais imaginé que ce projet m’amènerait à revenir après plus de vingt ans, de façon transversale, à mes premières amours : la recherche, les sciences du vivant, la créativité, l’innovation et l’engagement social… autant de fils que je tisse aujourd’hui au cœur même de ma recherche doctorale.
Pourquoi avez-vous choisi l’Université d’Ottawa?
L’Université d’Ottawa incarne à mes yeux un espace d’ancrage intellectuel, éthique et professionnel. Elle incarne un milieu de formation d’excellence, engagé dans la francophonie et ouvert à l’innovation, où j’ai pu inscrire ma recherche doctorale dans une approche critique, collaborative et transdisciplinaire. C’est aussi l’établissement où mes parcours de scientifique, d’enseignante engagée et de citoyenne investie dans le bien commun ont pu converger pour donner naissance à un projet de recherche porteur de sens. Mon choix s’inscrit dans une volonté de développement à long terme en tant que membre de la relève.
En savoir plus sur Awa Ndiaye
Awa Ndiaye est lauréate de la bourse Vanier (2025) et doctorante à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa. Formée en biologie moléculaire et dotée d’une expérience dans l’industrie pharmaceutique en France, elle s’est ensuite tournée vers l’éducation, enseignant les mathématiques et les sciences dans des écoles franco-ontariennes. Ses recherches doctorales portent sur le co-enseignement parent-personnel enseignant, une approche innovante de la collaboration famille-école dans des contextes minoritaires francophones. Son travail relie recherche, pratique, leadership et engagement communautaire pour promouvoir une éducation inclusive et équitable.
Parmi ses publications récentes, on peut citer : Développement professionnel des enseignants à l’ère de l’IA : une réflexion critique pour un modèle efficace de changement durable (2025), publié dans Médiations Et médiatisations; and Cultiver l’innovation, l’engagement et le leadership partagé à travers le coenseignement parent-enseignant : quelles implications pour les directions d’école ? (2024), publié dans Éducation et francophonie.