Cerveau soulevant un haltère – Photo : Oleh Bilovus – vecteezy.com
Cerveau soulevant un haltère – Photo : Oleh Bilovus – vecteezy.com
Nous avons tous déjà fait l’expérience de la clarté mentale qui survient après une bonne course ou une séance d’entraînement intense. La science le confirme : pour une dépression légère à modérée, l’exercice est même aussi efficace que la thérapie ou les antidépresseurs. Pourtant, ironie du sort, les symptômes de la dépression, comme le manque de motivation et d’énergie, font obstacle et empêchent les gens de bouger.

Pour les personnes âgées, celles qui ont survécu à un AVC ou qui vivent avec des limites fonctionnelles, la marche est encore plus haute. Un nouvel article propose toutefois une solution d’avant-garde à ce problème de longue date : les mimétiques de l’exercice. Une équipe de l’Université d’Ottawa appelle à intensifier la recherche sur ces composés, souvent désignés sous le nom provocateur de « pilules d’exercice »; leur rôle est de tromper les muscles du corps en leur faisant croire qu’ils viennent de terminer une longue séance d’exercices d’endurance.

Une idée née au gymnase

Le concept présenté dans l’article n’a pas pris naissance dans une salle de conférence ou un laboratoire stérile, mais au milieu du bruit des poids et haltères. Le Dr Nicholas Fabiano, auteur principal de l’étude et résident en psychiatrie à l’Université d’Ottawa, raconte que l’idée a germé pendant ses études de médecine. Il croisait souvent le professeur Bernard Jasmin, du Département de médecine cellulaire et moléculaire (alors doyen de la Faculté de médecine) lorsqu’il s’entraînait au gymnase de l’Université.

Entre deux séries, ils parlaient de science et du fait que le tissu musculaire ne sert pas seulement à soulever des charges; c’est un organe qui communique avec le cerveau. Leurs discussions informelles ont débouché sur une collaboration de recherche rigoureuse qui s’est poursuivie durant la résidence du Dr Fabiano.

« L’idée est littéralement passée du banc d’entraînement au chevet des patientes et patients, explique le Dr Fabiano. L’exercice a des effets antidépresseurs remarquables, mais parmi les personnes qui en bénéficieraient, nombreuses sont celles qui ne peuvent tout simplement pas pratiquer une activité physique régulière en raison de contraintes fonctionnelles ou psychologiques. Nous nous sommes donc demandé s’il était possible de transmettre autrement ces signaux biologiques au cerveau. »

Dr. Nicholas Fabiano
Psychiatrie
« L’exercice a des effets antidépresseurs remarquables. Nous nous sommes donc demandé s’il était possible de transmettre autrement ces signaux biologiques au cerveau. »

Dr Nicholas Fabiano

— Auteur principal de l’étude et résident en psychiatrie à l’Université d’Ottawa

Pirater « l’axe muscle-cerveau »

Selon l’étude, les mimétiques de l’exercice pourraient changer la donne dans le traitement de la dépression.

« Les muscles squelettiques forment environ 40 à 50 % de la masse corporelle chez l’adulte, et constituent une voie thérapeutique de choix », affirme le professeur Jasmin. Lorsqu’on bouge, souligne-t-il, les muscles libèrent des molécules spécifiques, qu’on appelle « sécrétome musculaire », capable de réduire l’inflammation et de stimuler les facteurs neurotrophiques qui favorisent la santé cérébrale. « En activant ces voies moléculaires clés à l’aide de mimétiques, nous pouvons renforcer l’axe muscle-cerveau et possiblement atténuer les symptômes de dépression, sans que la personne ait besoin de courir un marathon. »

professeur Bernard Jasmin, du Département de médecine cellulaire et moléculaire
Médecine
« En activant ces voies moléculaires clés à l’aide de mimétiques, nous pouvons renforcer l’axe muscle-cerveau et possiblement atténuer les symptômes de dépression »

Professeur Bernard Jasmin

— Département de médecine cellulaire et moléculaire

Un appel urgent à la recherche

L’équipe de recherche, qui comprend également le Dr Jess G. Fiedorowicz (chef du département de santé mentale à L’Hôpital d’Ottawa) et le Dr Aymeric Ravel-Chapuis, (École des sciences pharmaceutiques de l’Université d’Ottawa), insiste sur le fait que le but n’est pas de remplacer la salle de sport. Les mimétiques ne peuvent pas reproduire les aspects sociaux d’un club de course ni l’ensemble des bienfaits cardiovasculaires de l’exercice.

Cependant, pour les groupes vulnérables qui sont physiquement incapables de faire de l’exercice, la présente recherche offre une lueur d’espoir et la promesse d’un traitement novateur. L’équipe presse la communauté scientifique de passer de la théorie aux essais cliniques sur l’humain, et laisse entrevoir qu’un jour « la pilule d’exercice » pourrait s’ajouter à la thérapie et aux médicaments conventionnels pour aider les patientes et patients les plus vulnérables.

L’étude, intitulée « Exercise mimetics as unexplored therapeutics for treating depression » (Les mimétiques de l’exercice comme traitement encore inexploré de la dépression) a été publiée dans la revue Molecular Psychiatry