St-Pierre
Les travaux du laboratoire de la Dre Julie St-Pierre indiquent que la mobilisation de nouvelles connaissances sur la biologie mitochondriale pourrait ouvrir des perspectives inédites dans le domaine des thérapies anticancéreuses.

Les stratégies de traitement du cancer ciblant les mitochondries se sont principalement concentrées jusqu’ici sur le rôle, dans la production d’énergie des cellules, de ces minuscules organites qui agissent comme un ensemble de piles à l’intérieur de nos cellules. Mais que se passerait-il si la communauté scientifique repensait entièrement cette approche et se penchait plutôt sur la biologie des mitochondries?

C’est la question qu’a posée le laboratoire de la Dre Julie St-Pierre à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Selon une nouvelle étude publiée par l’équipe dans Trends in Molecular Medicine, les thérapies anticancéreuses basées sur le ciblage des mitochondries pourraient être la clé pour répondre à certains des besoins les plus critiques non satisfaits en oncologie au 21e siècle.

Redéfinir le rôle des mitochondries dans le cancer

Cette dernière publication avant-gardiste de l’équipe de l’Université d’Ottawa s’appuie sur une recherche collaborative qui a suscité beaucoup de réactions en 2024. Les travaux à forte incidence    codirigés par le laboratoire de la Dre St-Pierre ont montré en effet que l’élongation mitochondriale dans les cellules cancéreuses entravait fort probablement leur capacité à se métastaser.

St-Pierre
« La découverte de l’influence importante de l’élongation mitochondriale sur la réduction des métastases nous a amenés à repenser le potentiel du ciblage des mitochondries dans le cancer. »

La Dre Julie St-Pierre

— Professeure et Vice-rectrice à la recherche et à l'innovation

En explorant le rôle diversifié de la dynamique mitochondriale sur les métastases du cancer du sein, l’équipe a prouvé qu’un médicament ciblant cette voie pouvait limiter considérablement la formation de métastases chez les souris. La formation de métastases est le processus mortel par lequel le cancer se propage au-delà de la zone où il est apparu.

« La découverte de l’influence importante de l’élongation mitochondriale sur la réduction des métastases nous a amenés à repenser le potentiel du ciblage des mitochondries dans le cancer », indique la Dre St-Pierre, chercheuse renommée dans le domaine du cancer et du métabolisme, professeure titulaire au Département de biochimie, microbiologie et immunologie de la Faculté de médecine, et vice-rectrice à la recherche et à l’innovation de l’Université d’Ottawa.

Minarrieta
« La détection de biomarqueurs pour les cancers particulièrement vulnérables au ciblage des mitochondries nous permettrait d’identifier les patientes et patients dont les chances de répondre au traitement sont les plus élevées... »

La Dre Lucía Minarrieta

— Boursière postdoctorale au laboratoire et co-auteure principale de l’étude

Les scientifiques avaient compris que la production d’énergie mitochondriale jouait un rôle prépondérant dans la progression du cancer, mais les efforts de recherche déployés à l’échelle mondiale pour cibler les voies mitochondriales à des fins thérapeutiques donnaient jusque-là des résultats décevants en raison d’effets secondaires néfastes. En effet, le rôle indispensable des mitochondries dans les tissus sains complique largement l’administration d’inhibiteurs mitochondriaux.

La découverte, par l’équipe de l’Université d’Ottawa, selon laquelle d’autres fonctions mitochondriales jouent également un rôle important dans la progression du cancer, s’est donc avérée majeure.

Changement d’orientation : stopper les métastases avant qu’elles n’apparaissent

L’équipe du laboratoire de la Dre St-Pierre s’est alors posé la question essentielle suivante : comme la majorité des médicaments anticancéreux existants se concentrent sur la réduction des tumeurs établies, pourquoi ne pas créer des thérapies visant à prévenir la formation des métastases?

La Dre Lucía Minarrieta, boursière postdoctorale au laboratoire et co-auteure principale de l’étude, estime que la mise au point de nouvelles thérapies anticancéreuses qui ciblent de manière sélective les cellules tumorales sans endommager les tissus sains est essentielle, et pourrait avoir une incidence importante sur les résultats pour les patientes et patients.

« Il est essentiel de poursuivre la recherche afin de concevoir des stratégies qui ciblent les cellules tumorales de manière sélective, sans endommager les tissus sains, par exemple en mettant au point des médicaments qui s’accumulent préférablement dans les cellules cancéreuses, dit-elle.

« En outre, la détection de biomarqueurs pour les cancers particulièrement vulnérables au ciblage des mitochondries nous permettrait d’identifier les patientes et patients dont les chances de répondre au traitement sont les plus élevées, ce qui nous aiderait à concevoir une approche plus précise et plus efficace pour proposer des médicaments ciblant les mitochondries dans le traitement du cancer. »

Dans leur analyse publiée récemment, les Dres St-Pierre et Minarrieta explorent diverses voies mitochondriales susceptibles d’être ciblées pour le traitement du cancer. Elles évoquent également d’éventuelles stratégies qui restent largement inexplorées, mais pourraient soulager un très grand nombre de personnes partout dans le monde.

Voilà qui s’inscrit tout à fait dans l’optique de l’objectif premier du laboratoire de la Dre St-Pierre consistant à mieux comprendre l’adaptation métabolique aux conditions physiologiques et pathologiques.