Student in Senegal
À travers toutes ces expériences, ce qui m'a frappé, c'est que l'aide ne se présente pas sous une seule et même forme...

Shami, Baccalauréat en sciences sociales spécialisé en économie internationale et développement, 3ème année
Pays de stage : Sénégal
ONG canadienne : CECI
ONG locale : APROFES (Association pour la Promotion de la femme sénégalaise)

Au fur et à mesure que ce stage avançait et qu’il touche désormais à sa fin, j’ai pris conscience de la rapidité avec laquelle le temps passe et de tout ce qu’il est possible d’apprendre en si peu de temps. Je sais que cette expérience m’a apporté énormément de connaissances, un savoir qui naît de l’immersion dans une situation et qui s’apparente à une intuition. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut facilement rattacher à un texte ou à une théorie. Elle se développe plutôt à travers l’expérience, en prenant des décisions, en observant leurs résultats et en acquérant progressivement une compréhension intuitive. J’ai le sentiment profond d’avoir beaucoup appris, même s’il me faudrait du temps pour l’exprimer pleinement.

Dans mon précédent blog, j’avais évoqué mon intention d’explorer ce que signifie contribuer à une communauté dans différents contextes. Au cours de ce stage, j’ai vécu plusieurs expériences qui m’ont permis de réfléchir plus profondément à cette question.

Au cours de mon séjour chez APROFES, j’ai assisté à des assemblées générales, observé la création d’un nouveau groupe d’épargne et participé à des réunions sur l’assurance maladie communautaire. Ces moments m’ont permis de mieux comprendre comment l’organisation fonctionne au sein de son environnement. En suivant les conversations, parfois avec mon wolof limité, j’ai commencé à comprendre à quel point le travail repose sur les relations, la confiance et une compréhension partagée plutôt que sur les seules structures formelles. J’ai également travaillé à l’élaboration d’une base de données des produits vendus par les femmes du réseau. Ce processus a révélé des tendances dans la production et mis en évidence des opportunités de renforcement des chaînes de valeur internes, une idée que j’avais déjà rencontrée dans mes cours mais que je voyais désormais mise en pratique. Parallèlement, j’ai animé un atelier sur les stratégies de commercialisation locales, telles que l’utilisation de WhatsApp pour les ventes, tout en tenant compte des réalités logistiques qui façonnent ces possibilités.

Un moment qui m’a particulièrement marqué a été la visite d’une ferme à Paoskoto, une région au paysage plutôt sahélien. En entrant dans l’enceinte de la ferme, j’ai eu l’impression de pénétrer dans une oasis. L’espace était étonnamment verdoyant et rafraîchissant, presque comme si la température avait changé. On y trouvait des papayers et des manguiers, ainsi que de la menthe, de la laitue, des tomates, des aubergines et d’autres cultures. Le site comprenait également un système d’irrigation et des activités de pisciculture. Ce qui rendait le tout encore plus frappant, c’est que l’exploitation était en grande partie gérée par des femmes. Je me suis assise avec certaines d’entre elles pour mieux comprendre comment elles organisaient leur travail et l’histoire du projet. Leur approche participative était clairement au cœur de son succès. Voir une initiative locale comme celle-ci m’a profondément émue, notamment en raison de ses effets d’autonomisation. Les femmes amélioraient non seulement leur situation économique, mais développaient également une conscience plus forte de leurs propres capacités et possibilités.

À travers toutes ces expériences, ce qui m’a frappée, c’est que l’aide ne revêt pas une forme unique. De par ma position de stagiaire internationale, cela signifiait souvent écouter, observer et contribuer d’une manière qui s’aligne sur les structures et les priorités propres à la communauté. Au sein de la communauté elle-même, j’ai observé que l’aide et la contribution sont presque attendues, que ce soit dans les groupes d’épargne, les groupes d’agriculteurs ou les projets de transformation. J’en suis venue à admirer la façon dont ces communautés de femmes travaillent collectivement pour mettre en place des initiatives qui profitent à la fois à elles-mêmes et à leur environnement au sens large. Le succès des groupes de femmes au Sénégal, ainsi que celui de l’APROFES, semble être profondément ancré dans ce fort sentiment de communauté et de soutien mutuel.

Au-delà de mon rôle au sein de l’organisation, j’ai également réfléchi à la manière dont je pouvais contribuer plus largement à mon environnement à Kaolack. Pendant mon séjour, on m’a fait découvrir un orphelinat et, comme j’ai toujours aimé travailler avec les enfants, j’ai choisi d’y faire régulièrement du bénévolat. Cette expérience m’a amenée à réfléchir plus attentivement à ma position en tant que Canadienne à l’étranger et aux formes de contribution qui s’offraient à moi. J’ai réalisé que contribuer à une communauté ne se limite pas à son rôle officiel, à ses études ou à ses responsabilités professionnelles. Cela peut prendre de nombreuses formes et reflète souvent qui nous sommes en tant qu’individus. Mon passage à l’orphelinat a été particulièrement enrichissant. Grâce à des conversations avec le directeur et les éducateurs, j’ai pu apprendre d’eux tout en leur offrant mon temps et ma présence. Ces échanges ont contribué non seulement à ma compréhension du contexte local, mais aussi à mon épanouissement personnel.

Cette expérience a également façonné ma réflexion sur mes études et ma carrière futures. Je m’intéresse de plus en plus à la manière de renforcer les efforts qui existent déjà au sein des communautés plutôt que d’introduire des structures entièrement nouvelles. Ce que j’ai observé au Sénégal, c’est qu’il existe souvent déjà des bases solides. Cela m’a amenée à réfléchir au rôle que les ONG, la coopération internationale et les gouvernements peuvent jouer pour renforcer et soutenir ces initiatives d’une manière qui reste en phase avec les réalités locales.

Dans l’ensemble, je suis profondément reconnaissante d’avoir eu l’opportunité d’effectuer ce stage à l’étranger. Cela m’a permis de faire le lien entre mes connaissances académiques et l’expérience vécue, tout en m’encourageant à réfléchir à mon rôle au sein de différentes communautés. Au-delà de l’acquisition de connaissances dans mon domaine d’études, j’ai développé une compréhension plus profonde de moi-même et des nombreuses façons dont les gens contribuent aux espaces dont ils font partie.