Carte de l'Afghanistan
Lorsqu’Audrey Giles, professeure de la Faculté des sciences de la santé, parle d’Umerdad Khudadad, un étudiant en quatrième année de doctorat en sciences de l’activité physique qu’elle supervise, un mot revient sans cesse : remarquable. Et pour cause. En quelques années, Umerdad a mené une thèse doctorale ambitieuse et est devenu non seulement infirmier autorisé au Canada, mais aussi résident permanent, chercheur financé par de prestigieux organismes et pilier de la réunification de sa famille, après une vie marquée par l’exil et l’instabilité.

Apprendre pour se construire un avenir

Umerdad a passé la majorité de sa vie comme réfugié afghan au Pakistan avec sa famille. En grandissant, il raconte s’être rendu compte que le statut de réfugié s’imposait comme une frontière invisible, mais constante. Difficultés administratives, précarité, stéréotypes : autant de rappels que même en ayant grandi là-bas, il ne serait jamais complètement chez lui.

Très vite, l’éducation s’est imposée comme un horizon de possibilités. Inspiré par son père et par les valeurs de la communauté ismaélienne (branche de l’islam chiite), et faisant face à de l’exclusion du fait de son statut de réfugié, Umerdad a pris conscience « que l’éducation n’était pas seulement un moyen d’acquérir des connaissances, mais aussi la seule avenue qui [lui] permettait de [se] forger un avenir ». « C’est devenu pour moi l’unique façon de retrouver mon libre arbitre, malgré tout ce que je ne pouvais pas contrôler », indique-t-il.

C’est à l’Université Aga Khan, au Pakistan, qu’Umerdad obtient un baccalauréat en sciences infirmières, puis une maîtrise en politiques et gestion de la santé. Il raconte avoir choisi les sciences infirmières, car il y voyait la possibilité d’apporter un changement significatif pour lui-même et sa famille. Malgré son diplôme, son statut de réfugié l’empêche d’accéder à l’expérience clinique nécessaire à son avancement professionnel, le contraignant de retourner en Afghanistan. 

Umerdad travaille alors au cœur d’un système de soins fragilisés par la guerre, une expérience qui bouleverse sa compréhension de la santé. Il prend conscience que si les soins sauvent des vies, ce sont les politiques publiques qui déterminent qui y a accès et dans quelles circonstances. Au cours de sa formation de maîtrise, il s’intéresse au système de soins traumatologiques à Kaboul et noue des relations au sein du ministère de la Santé publique, qui facilitent un dialogue politique visant à mettre en place un système de surveillance des blessures dans les centres de traumatologie de la ville. Il obtient pour ce projet du financement de l’Institut national de la santé des États-Unis, dans le cadre du programme international Afghanistan-Pakistan de recherche sur les blessures, dirigé par l’Université Johns Hopkins. Cependant, cette aide est suspendue après le retour au pouvoir des talibans en 2021.

Le Canada et l’Université d’Ottawa comme points d’ancrage

Umerdad à Pier-21, à Halifax
Umerdad à Pier-21, à Halifax, en 2024. De 1945 à 1971, environ un million d'immigrantes et immigrants d'après-guerre sont entrés au Canada par ce port de l'Atlantique.

Arrivé au Canada en 2022 comme étudiant international, Umerdad commence un doctorat co-supervisé par Ian Pike de l’Université de la Colombie-Britannique et Audrey Giles de l’Université d’Ottawa. Il découvre alors un environnement où son parcours n’est pas perçu comme un obstacle, mais comme une richesse : « l’Université d’Ottawa offre un espace unique où la recherche interdisciplinaire est valorisée et où mon expérience vécue peut enfin nourrir mon travail universitaire plutôt que d’être mise de côté ». 

« J’ai ressenti un fort sentiment d’appartenance communautaire avant même d’atterrir au Canada », affirme-t-il. En effet, Umerdad a été accompagné de près par la professeure Giles et son équipe dans ses demandes d’admission et de bourses, et a bénéficié de leur aide pour trouver un logement.

Dans sa thèse de doctorat, Umerdad s’intéresse aux blessures domestiques non intentionnelles en Colombie-Britannique, avec un accent particulier sur la manière dont les facteurs sociaux, spatiaux et structurels influencent les risques de blessures. Il a notamment recours à la recherche participative auprès de communautés afghanes récemment immigrées au Canada. 

« Les nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants et les réfugiées et réfugiés sont disproportionnellement touchés par certaines blessures, en raison de conditions de logement, de trajectoires migratoires et de barrières structurelles », explique-t-il. Son travail vise à éclairer des stratégies de prévention plus équitables et culturellement adaptées dans la province.

Soutenu par des bourses, Umerdad souligne que ce soutien lui permet de produire une recherche rigoureuse, ancrée dans l’équité et orientée vers des retombées concrètes pour des communautés trop souvent marginalisées dans les politiques publiques. Cette reconnaissance financière marque également un passage symbolique : « Cela me montre que je ne parcours plus ce chemin seul : il y a des personnes et des institutions qui croient en ma capacité à apporter une contribution significative, et leur confiance continue de me pousser à aller de l’avant. » 

Redéfinir la place des étudiantes et étudiants internationaux

Audrey Giles
« Les universités canadiennes gagnent énormément à soutenir des étudiantes et étudiants comme Umerdad. Le soutien de l’Université d’Ottawa a changé sa vie. »

Audrey Giles

— Professeure à l'École des sciences de l'activité physique

Selon la professeure Giles, le parcours exceptionnel d’Umerdad remet en question certains discours présentant la communauté étudiante internationale et les immigrantes et immigrants en général comme un fardeau. Infirmier à temps partiel dans un département de psychiatrie, chercheur financé par les Instituts de recherche en santé du Canada, boursier de l’Institut de recherche sur le cerveau de l’Université d’Ottawa (IRCuO) et co-chercheur dans le cadre de projets majeurs, il ne fait aucun doute qu’Umerdad contribue de façon majeure à la société canadienne.

« Umerdad montre à quel point ces discours sont faux », insiste Audrey Giles. « Les universités canadiennes gagnent énormément à soutenir des étudiantes et étudiants comme lui. Le soutien de l’Université d’Ottawa a changé sa vie. »

Alors que ses frères et sœurs viennent d’arriver au Canada comme résidentes et résidents permanents, et que ses parents (et son chien!) finalisent leur dossier pour venir les rejoindre, Umerdad et sa femme canadienne attendent un premier bébé pour le mois de mai, peu après avoir soutenu son autre bébé : sa thèse de doctorat !