Le professeur Phillips souligne que ses travaux de recherche « visent à faire comprendre aux membres du personnel infirmier qu’ils ont la responsabilité de s’assurer que leurs pratiques respectent les droits de la personne de tout le monde ». Reconnu mondialement pour ses travaux universitaires à la croisée des sciences infirmières et des lois en matière des droits de la personne, il s’intéresse particulièrement à l’accès équitable aux soins de santé pour les membres de la communauté 2ELGBTQIA+ et les personnes vivant avec le VIH/sida.
Au début des années 1990, le professeur Phillips a choisi d’étudier en sciences infirmières, inspiré par la compassion manifestée par une infirmière en soins palliatifs à l’égard d’un ami sidéen en fin de vie. C’était avant les progrès significatifs réalisés dans le domaine des traitements antirétroviraux, qui ont transformé le VIH d’une condamnation à mort en une maladie chronique gérable. Depuis, il a travaillé comme infirmier autorisé au Canada et dans son pays natal, les États-Unis, où il s’est spécialisé dans les soins psychiatriques et de santé mentale et a obtenu une certification en soins infirmiers en VIH/sida. Plus le professeur progressait dans ses études, puis dans sa carrière universitaire, plus son intérêt pour « le contexte écosocial de la santé comme droit humain » et le rôle du personnel infirmier comme agent de changement grandissait.
L’équité en santé pour les membres de la communauté 2ELGBTQIA+
Une grande partie du travail actuel du professeur Phillips consiste à éclairer les politiques publiques pour orienter « la manière dont les gouvernements, les pédagogues et les systèmes de santé répondent aux besoins des personnes marginalisées ». Vice-président du comité de spécialistes sur la santé LGBTQ+ de l’American Academy of Nursing, il a contribué à un article de consensus récemment publié sur la promotion d’une politique de santé équitable pour les personnes LGBTQ+. L’équipe de recherche a influencé les modifications apportées au code de déontologie 2025 de l’American Nurses Association afin qu’il contienne un engagement explicite « en faveur de l’équité, de la justice sociale et de l’élimination des disparités en matière de santé qui touchent les communautés et les groupes marginalisés, socialement défavorisés ou privés de pouvoir, y compris les personnes LGBTQ+ ».
Le professeur Phillips précise que le code de déontologie des infirmières et infirmiers canadiens, qui a également été modifié en 2025, est, depuis longtemps, plus progressiste que le code américain en ce qui concerne les minorités sexuelles et de genre. « Le code de déontologie canadien est assez complet pour ce qui est des droits universels de la personne, souligne-t-il. Il reflète aussi beaucoup mieux les concepts de soins de santé primaires et de couverture sanitaire universelle. Cela découle surtout de la volonté de notre société de garantir à chaque personne un niveau minimal de santé, ce qui représente un défi majeur aux États-Unis. »
« En tant que membres du personnel infirmier, nous avons la responsabilité de s’assurer que nos pratiques respectent les droits de la personne de tout le monde. »
J. Craig Phillips
— Professeur à l'École des sciences infirmières
Une étude phare avec des mères séropositives pour le VIH
Une étude sur les pratiques d’alimentation des nourrissons de mères noires vivant avec le VIH, menée par le professeur Phillips en 2022, en collaboration avec la professeure Josephine Etowa de l’École des sciences infirmières et une équipe de recherche, a probablement eu les effets les plus directs sur l’orientation des politiques. Elle a incité les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis (CDC) à modifier en 2023 leurs lignes directrices concernant les mères séropositives. Avant ces changements, il était interdit aux femmes séropositives d’allaiter leurs enfants, et ce afin de prévenir la transmission verticale du VIH. Les nouvelles directives encouragent les mères à collaborer avec leurs prestataires de soins de santé pour trouver l’approche alimentaire qui leur convient (allaitement maternel exclusif ou alimentation au lait maternisé), en fonction de leur charge virale et grâce à une gestion efficace de leur maladie.
Le professeur Phillips et son équipe de recherche ont interrogé 690 mères séropositives à Ottawa, à Miami (Floride) et à Port Harcourt (Nigéria) afin de connaître le mode d’alimentation qu’elles avaient choisi pour leurs bébés et ce qui avait influencé leur choix. Leur étude a été citée dans les lignes directrices 2023 des CDC et, en octobre dernier, dans les lignes directrices britanniques sur la prise en charge du VIH pendant la grossesse et après l’accouchement.
Bien que le professeur Phillips accomplisse principalement son travail de sensibilisation en publiant des articles et des études, son implication dans diverses organisations infirmières joue également un rôle important. Il est fellow de l’American Academy of Nursing et de l’Académie canadienne des sciences infirmières. Plus récemment, il a coopéré à la « promotion d’un traitement plus inclusif des étudiantes et étudiants en sciences infirmières » avec l’Association canadienne des écoles de sciences infirmières.
En collaboration avec une équipe de spécialistes, il a rédigé des lignes directrices visant à promouvoir des environnements d’apprentissage équitables pour les personnes 2ELGBTQIA+ étudiant en soins infirmiers à travers le Canada. Publié cette année, le rapport explique que ces personnes courent un risque plus élevé de développer des problèmes de santé, mais qu’elles sont aussi souvent confrontées à des inégalités en matière de soins de santé, ce qui augmente ce risque.
« La stigmatisation et la discrimination sont les principaux obstacles à l’accès aux soins de santé pour les membres de la communauté 2ELGBTQIA+ et les personnes vivant avec le VIH, affirme le professeur Phillips. Je pense que cela vaut pour toutes les minorités sexuelles et de genre avec lesquelles je travaille. C’est pourquoi il est essentiel que nous disposions d’informations précises et impartiales. Nous devons créer des espaces de dialogue ouvert et sûr pour les personnes issues de groupes marginalisés. » Il s’agit d’une étape cruciale vers la reconnaissance de la santé comme un droit de la personne pour tout le monde.