Bannière du module sur l'offre active en français aux urgences
Le fait de parler une langue commune exerce une influence majeure sur la qualité des soins de santé. Un bris de communication entre prestataires et clientèle peut notamment entraîner des erreurs de diagnostic, une incapacité à fournir un consentement éclairé et des traitements inappropriés. D’où l’importance d’inviter les patientes et patients à s’exprimer dans la langue officielle de leur choix de manière proactive.

Isabelle Giroux, diététiste et professeure titulaire à l’École des sciences de la nutrition à la Faculté des sciences de la santé, s’intéresse à l’offre active de services de santé en contexte francophone minoritaire depuis une vingtaine d’années. 

L’offre active ne signifie pas seulement accueillir la clientèle avec « Bonjour/Hello », mais également adopter une approche globale : inscrire la langue officielle de préférence au dossier de santé des personnes concernées et leur offrir des documents et des suivis dans la langue de leur choix, entre autres formes d’aide.

La professeure a noté d’importantes lacunes dans la formation des futurs prestataires de soins de santé et services sociaux à cet égard. En plus d’offrir des simulations synchrones, la chercheuse et son équipe interprofessionnelle ont créé, en collaboration avec CAN-Sim, une douzaine de modules de formation virtuels sur l’offre active qui ont attiré l’attention de plusieurs universités, collèges et milieux de soins partout au Canada. D’autres modules pour les apprenantes et apprenants francophones et anglophones sont en cours de préparation.

« Je me suis aperçue qu’il était nécessaire de combiner éducation et recherche dans le domaine du développement des compétences à offrir activement des services en français, de collaborer efficacement au sein des équipes de soins et de soutenir les membres vulnérables de notre communauté en situation langagière minoritaire », affirme la professeure Giroux, co-responsable du Groupe de recherche sur la formation et les pratiques en santé et service social en contexte francophone minoritaire (GReFoPS) de l’Université d’Ottawa et chercheuse financée par l’Institut du Savoir Montfort.

Isabelle Giroux
« Cette formation vise à contribuer à rehausser la qualité, la sécurité et l’équité des services pour les francophones en situation minoritaire. »

Isabelle Giroux

— Professeure à l'École des sciences de la nutrition

Des scénarios ancrés dans la réalité

Pour chaque module d’apprentissage, on utilise des mises en situation inspirées de cas réels : un homme francophone unilingue signe un formulaire de consentement en anglais pour une intervention médicale, sans en comprendre les risques; une nouvelle arrivante de l’Afrique francophone souffrant de douleurs à l’estomac se présente à une clinique de soins de santé pour la première fois. Les modules couvrent une variété de situations pratiques dans plusieurs contextes (soins d’urgence, pédiatrie, santé mentale) afin de préparer les stagiaires à offrir activement des services dans les deux langues officielles dans diverses circonstances.

Cette formation, qui s’adresse aux étudiantes et étudiants inscrits à une douzaine de programmes en sciences de la santé, en sciences sociales et en médecine, vise à « contribuer à rehausser la qualité, la sécurité et l’équité des services pour les francophones en situation minoritaire », explique la professeure Giroux. 

Bannière du module sur l'offre active en français en contexte de santé mentale

Des retombées en milieu professionnel

La formation porte déjà ses fruits : des universités et collèges canadiens utilisent les modules pour préparer leurs stagiaires en sciences de la santé, et des établissements de santé s’en servent désormais pour former les membres de leurs équipes professionnelles. Les retombées s’étendent donc déjà au-delà des milieux d’enseignement.

Olivia Smith, récente diplômée en sciences infirmières à l’Université d’Ottawa, figure parmi les quelque 840 stagiaires à avoir suivi la formation sur l’offre active de services en contexte interprofessionnel depuis 2023. Elle constate les bienfaits de cette approche dans son quotidien en tant qu’infirmière à L’Hôpital d’Ottawa. Plus de la moitié de la clientèle dans son unité de chirurgie spécialisée est francophone et un quart ne comprend pas l’anglais. Jusqu’à tout récemment, ces personnes recevaient leur plan de soins à la sortie de l’hôpital en anglais seulement.

« J’ai commencé à remarquer que certaines personnes revenaient à l’hôpital avec des complications – des infections, des plaies ouvertes – et je me suis demandé s’ils avaient vraiment compris leurs instructions de soins », raconte Olivia Smith. Elle décide alors de collaborer avec une éducatrice clinique pour traduire les plans de soins en français. Aujourd’hui, elle est fière de pouvoir offrir ces plans aux patientes et patients dans la langue officielle de leur choix.

La formation sous la loupe

En 2025, Isabelle Giroux a reçu une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) pour soutenir, par le biais d’un partenariat national, les établissements désirant améliorer la formation sur l’offre active destinée aux professionnelles et professionnels d’aujourd’hui et de demain. Huit universités et collèges canadiens, ainsi que des établissements de santé et des organisations communautaires, participent au projet. 

L’équipe de recherche évaluera la formation sur l’offre active axée sur le recours à des simulations interprofessionnelles synchrones et à des modules virtuels. Elle déterminera si et, le cas échéant, comment cette approche contribue à l’acquisition de compétences par les prestataires de soins de santé en devenir et en poste, ainsi qu’à l’amélioration de l’offre active de services en français dans les établissements de santé. 

Dans une première étude publiée en décembre 2025, 216 personnes stagiaires issues de neuf disciplines à l’Université d’Ottawa ont évalué l’efficacité de leur formation sur l’offre active des services dans les langues officielles à l’aide d’un module de simulation interprofessionnelle. Ces personnes ont rapporté un taux élevé de satisfaction; plus de 98 % disent avoir acquis une meilleure compréhension du concept d’offre active et une plus grande confiance en leur capacité de communiquer avec la clientèle.

Ces résultats initiaux sont de bon augure pour un projet qui vise principalement à sensibiliser les prestataires à l’importance de surmonter les barrières de la langue en les formant aux compétences de l’offre active et à la collaboration interprofessionnelle. L’accès équitable aux soins de santé en dépend.