La région est désormais au centre des débats sur les changements climatiques, la souveraineté nationale, la sécurité, le développement économique et le bien-être communautaire. Les populations nordiques et autochtones sont frappées de plein fouet par ces changements, qui bousculent leur quotidien et soulignent l’importance d’une prise de décisions concertée avec les autorités locales pour représenter leur point de vue.
« Depuis toujours, le Canada considère l’Arctique comme sa cour arrière, mais il est grand temps de réaliser qu’il se trouve juste devant notre porte d’entrée », résume la professeure Jackie Dawson, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les dimensions humaines et politiques des changements climatiques à l’Université d’Ottawa. Ce sont ses mots qui ont ouvert le Symposium 2026 des pays nordiques et du Canada sur l’Arctique intitulé Collaboration nordique, organisé par l’Université d’Ottawa en partenariat avec des missions nordiques et Affaires mondiales Canada.
Du principe à la pratique : pour une collaboration efficace en Arctique
Si la collaboration et la responsabilité des populations locales sont maintenant au cœur des politiques et de la recherche sur l’Arctique, les leaders autochtones rappellent que cette reconnaissance ne leur confère pas toujours un pouvoir décisionnel et que, dans tous les domaines, les initiatives qui ne reposent pas sur un solide partenariat avec les communautés nordiques et autochtones ont peu de chances de durer.
Ces leaders pointent en outre le manque d’infrastructures face à l’accélération des changements climatiques et à la montée des tensions géopolitiques. Ces facteurs conjugués ont attisé l’intérêt du monde pour l’Arctique et révélé les conséquences des décisions prises sans tenir compte des perspectives éclairées des leaders de la région.
« Depuis toujours, le Canada considère l’Arctique comme sa cour arrière, mais il est grand temps de réaliser qu’il se trouve juste devant notre porte d’entrée. »
Professeure Jackie Dawson
— Chaire de recherche du Canada sur les dimensions humaines et politiques des changements climatiques
Le milieu de la recherche et les spécialistes des politiques ont maintes fois rappelé que la science est un point de départ, mais qu’elle ne suffit pas en soi. Les leaders ont souligné que les changements affectant les glaces, les océans, le pergélisol, les infrastructures, les écosystèmes et la santé humaine en Arctique sont interreliés et simultanés. Pour analyser leur effet domino, il faut des jeux de données communs, des systèmes d’observation coordonnés et des réseaux de recherche transfrontaliers et interdisciplinaires. De nombreuses voix ont plaidé en faveur de données ouvertes et de partenariats de recherche intégrant les systèmes de savoir autochtones comme une composante fondamentale, et non accessoire.
Or, les connaissances à elles seules ne se traduisent pas en actions. Au chapitre de la gouvernance, les leaders ont insisté pour que les peuples nordiques et autochtones soient au centre du processus décisionnel, et non plus seulement consultés de manière épisodique ou symbolique. Généralement considéré d’un point de vue purement stratégique, l’Arctique est pourtant peuplé de quatre millions de personnes.
De plus, la région représente 40 % de la masse terrestre du Canada et 73 % de son littoral. Malgré cela, comme l’a fait remarquer un intervenant, ces populations dialoguent avec des ONG en l’absence de relations avec les instances nationales. Dans les communautés nordiques, la souveraineté se fonde sur la confiance, le respect et la coopération, qui sont ancrés dans la reconnaissance des peuples autochtones en tant que détenteurs des droits, et non simples parties prenantes.
La gouvernance collaborative passe aussi par un décloisonnement. Le logement, les soins de santé, l’éducation, les infrastructures et la sécurité sont intimement liés dans les populations du Nord; les politiques qui traitent ces aspects séparément risquent d’accentuer leur vulnérabilité.
Cette même dynamique s’applique à la vision du développement économique. Pour les leaders nordiques et autochtones, il ne s’agit pas de déterminer si l’Arctique a du potentiel, mais comment planifier son développement et en répartir les retombées.
Ces leaders pointent les nouvelles possibilités qu’offrent l’exploitation des minerais critiques et des énergies renouvelables, la culture, l’entrepreneuriat et les technologies, tout en rappelant que le développement durable ne peut être imposé de l’extérieur.
Il doit refléter les priorités et les valeurs du Nord, être dirigé par les populations locales et renforcer leur intendance à long terme. Si ces conditions ne sont pas réunies, les gouvernements risquent d’appliquer de nouveau leur approche extractive qui a été néfaste par le passé pour les communautés arctiques.
Une délégation de jeunes autochtones a énoncé cette vision dans une déclaration appelant à promouvoir un développement économique axé sur l’autodétermination et les déterminants sociaux de la santé comme l’éducation, les soins de santé et la sécurité alimentaire. Ces jeunes réclament également des mécanismes de formation des talents, notamment des stages, des programmes d’entrepreneuriat et des programmes ancrés dans la culture offerts par des réseaux de coopération arctiques.
Sécurité et résilience : un juste équilibre entre fermeté et douceur
Les discussions sur la sécurité de l’Arctique témoignent aussi d’une évolution rapide de la situation. L’accélération des changements climatiques, l’intérêt géopolitique accru et l’intensification de la concurrence stratégique ont hissé le Nord au sommet des priorités en matière de sécurité nationale et internationale. Lors du symposium, on a insisté sur le fait que la sécurité de l’Arctique ne relève pas uniquement de la sphère militaire.
Dans une allocution remarquée sur la scène internationale, Anita Anand, ministre canadienne des Affaires mondiales, a déclaré que le pays se trouve à un moment « charnière » alors que le contexte sécuritaire en Arctique nécessite des investissements sans précédent dans l’équipement et le renforcement de la présence sur le terrain. Elle a souligné les récents engagements du gouvernement fédéral visant à accroître la capacité des opérations et des interventions aériennes, navales et terrestres.
La ministre a également rappelé la volonté du Canada d’affirmer sa souveraineté sur le territoire par des infrastructures, des relations soutenues et, par-dessus tout, un véritable partenariat avec les peuples autochtones et les communautés nordiques.
Les décisions en matière de sécurité en Arctique, dit-elle, doivent se fonder sur le respect, la consultation et le partage des avantages économiques, en droite ligne avec les principes de la réconciliation et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA).
Sur le front international, elle a affirmé que la collaboration, notamment avec les partenaires de l’OTAN et dans le cadre des relations diplomatiques avec Nuuk et Anchorage, rehaussera l’influence du Canada et la stabilité à long terme dans la région.
La ministre Anand a ensuite salué l’approche multidisciplinaire de la recherche à l’Université d’Ottawa et appelé de ses vœux un renforcement des activités cruciales du Pôle de recherche sur l’Arctique.
Par ailleurs, les discussions ont porté sur les rudes conditions en Arctique, qui exigent une résilience de tous les instants, et non pas ponctuelle. Les personnes présentes ont reconnu l’avènement d’une « ère nouvelle » sous l’influence des intérêts stratégiques de la Russie et de la Chine, des problèmes liés au double usage des infrastructures et de l’apparition de nouvelles menaces, telles que les cyberperturbations, le brouillage des communications et les attaques contre les infrastructures essentielles de télécommunication.
L’Université d’Ottawa, un puissant pôle de leadership critique en Arctique
Par la profondeur et l’étendue de son expertise interdisciplinaire en recherche sur l’Arctique, l’Université d’Ottawa s’impose comme un pôle et un acteur central de ces conversations cruciales à l’échelle nationale et internationale, comme le souligne la rectrice, Marie-Eve Sylvestre.
« L’Université d’Ottawa est un haut lieu du pouvoir, du leadership et de la transformation, à l’intersection de la science, du commerce et des politiques publiques. L’organisation de ce symposium traduit notre attachement de longue date à la recherche en Arctique et aux relations avec ses communautés. »
Pour les populations de cette région, les possibilités sont aussi immenses que les défis, dont bon nombre transcendent les cultures, les frontières et les champs d’expertise.
La rectrice a rendu hommage au Pôle de recherche sur l’Arctique, qui réunit sous la direction de la professeure Dawson plus de 60 chercheuses et chercheurs dont les travaux recoupent les grandes priorités de la région, notamment la souveraineté, le droit et la gouvernance autochtones, la résilience des infrastructures, la sécurité, la télédétection et les politiques.
Son programme de recherche interdisciplinaire, renforcé par des partenariats avec des communautés autochtones et des liens avec un réseau d’universités nordiques, a été présenté comme une plateforme de collaboration fructueuse.
« La professeure Dawson incarne le type de recherche dont a besoin l’Arctique actuellement : une recherche rigoureuse, collaborative et axée sur les réalités du Nord », a déclaré Marie-Eve Sylvestre.
« L’organisation de ce symposium traduit notre attachement de longue date à la recherche en Arctique et aux relations avec ses communautés. »
Marie-Eve Sylvestre
— Rectrice et vice-chancelière
Une plateforme de dialogue et de recherche
Le Symposium s’est conclu sur un constat évident : le Canada a besoin d’une plateforme efficace et fiable qui rassemble le milieu de la recherche, les populations arctiques, les titulaires des droits autochtones, les gouvernements et les partenaires internationaux, dans un cadre cohérent, sérieux et viable.
Avec son Pôle de recherche sur l’Arctique, son corps de recherche interdisciplinaire, ses réseaux circumpolaires et sa capacité à traduire les connaissances en politiques et en retombées concrètes, l’Université d’Ottawa a toutes les cartes en main pour jouer ce rôle.