Soutenir les gens et les organismes dans leur évaluation de ce qui fonctionne de ce qui peut être amélioré en vue de prendre les meilleures décisions possibles : voilà l’approche préconisée par Isabelle Bourgeois.
La professeure Bourgeois est la première personne à recevoir la bourse professorale Forum pour le dialogue Alex-Trebek sur les politiques publiques. Celle-ci marque le début d’un nouveau chapitre dans une carrière vouée à la théorie et à la pratique de l’évaluation. La bourse est une initiative du Forum pour le dialogue Alex-Trebek et du Bureau de la recherche et de liaison en matière de politiques publiques.
S’il s’agit d’un nouveau rôle pour la chercheuse, d’une certaine façon, c’est aussi pour elle un retour à la fonction publique.
Elle a commencé sa carrière comme évaluatrice professionnelle au gouvernement fédéral, où elle a travaillé plus de 10 ans, avant d’intégrer l’École nationale d’administration publique, à l’Université du Québec, où elle a obtenu une chaire de recherche du Canada de niveau 2 en évaluation des programmes et des politiques. C’est en 2019 qu’elle est arrivée à l’Université d’Ottawa.
« Mon passage au fédéral a considérablement influencé mon travail de chercheuse, précise-t-elle. En tant qu’évaluatrice, j’ai vu comment les organismes se servaient de l’évaluation. J’ai constaté qu’il fallait les aider à mettre cet outil au service non seulement de la reddition de comptes, mais aussi de l’apprentissage. »
Renforcement des capacités : du milieu communautaire au gouvernement
Dans le monde de l’évaluation, le renforcement des capacités vise à cultiver des mentalités qui y sont propices au sein des organismes. Il s’agit d’aider tant les gens que les organismes à renforcer les compétences, les systèmes et les structures nécessaires pour bien évaluer, puis pour tenir compte des résultats dans la prise de décisions.
Depuis plus de 20 ans, Isabelle Bourgeois s’efforce de comprendre comment différentes initiatives en renforcement des capacités d’évaluation aident à prendre des décisions fondées sur des données probantes et à bâtir des organismes plus forts. Au fil des ans, elle a travaillé avec plusieurs agences et ministères fédéraux, avec des bureaux de santé un peu partout en Ontario et, plus récemment, avec de petits organismes communautaires par l’intermédiaire de LaboÉval. Ce dernier projet était financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada ainsi que par le Centre de recherche sur les services éducatifs et communautaires.
« Ces petits organismes voulaient travailler avec nous parce qu’ils estimaient que l’évaluation leur permettrait d’améliorer leurs services et leurs programmes, mais qu’ils n’en savaient pas assez pour entreprendre le projet », explique la professeure.
À ce jour, 16 organismes sans but lucratif qui œuvrent dans différentes sphères (sécurité alimentaire, hébergement, santé mentale, services aux nouvelles arrivantes et nouveaux arrivants, plaidoyer pour les personnes LGBTQ, etc.) ont reçu une formation, du soutien et des services en évaluation par le biais de LaboÉval.
« C’était très gratifiant de partir de zéro, d’aider chaque équipe à comprendre, à se renseigner, à faire une partie du travail elle-même, puis de voir comment les résultats étaient mis en pratique, se souvient la professeure. C’est grâce au laboratoire que j’ai pu constater immédiatement les répercussions de mon travail. »
Qu’il s’agisse d’outiller les organismes communautaires pour qu’ils produisent des retombées concrètes ou d’aider les analystes en politiques du fédéral à intégrer la recherche et l’évaluation à leur travail, la professeure Bourgeois est particulièrement fière de voir comment son apport fait continuellement avancer la science de l’évaluation et ses applications.
Aujourd’hui, la bourse professorale Forum pour le dialogue Alex-Trebek sur les politiques publiques lui offre de nouvelles occasions d’user de son expertise pour aider les leaders en évaluation ainsi que les décideuses et décideurs politiques du fédéral à accéder aux données, puis à s’en servir.
Passer de la théorie à l’action
Quand Isabelle Bourgeois explique son rôle de professeure en évaluation au sein d’une faculté d’éducation, elle fait le lien entre les principaux volets de sa recherche en expliquant leur pertinence théorique par rapport à l’apprentissage des adultes. Elle applique ensuite ces constats à son travail dans la fonction publique, dans deux secteurs connexes : l’apprentissage individuel et l’apprentissage organisationnel.
« C’est la façon dont les gens, au travail, acquièrent de nouvelles compétences et aptitudes pour faire des choix basés sur des données probantes, pour générer de telles données, et pour utiliser celles qui sont produites par d’autres afin d’améliorer des programmes et d’élaborer des politiques », résume-t-elle.
« Il faut aussi penser à l’apprentissage organisationnel, soit mettre en place les systèmes, les structures et les formes de soutien nécessaires pour que les gens s’appuient sur des données probantes lorsqu’ils prennent des décisions. Bien entendu, il faut absolument travailler les compétences individuelles, mais c’est le soutien à l’échelle organisationnelle qui pérennise les capacités en évaluation et les choix fondés sur des données probantes. »
« Cette bourse professorale m’offre l'occasion d’élargir mon champ de recherche, tant sur le plan de la portée organisationnelle que sur celui du développement conceptuel. »
Isabelle Bourgeois, PhD
— Titulaire, Bourse professorale Forum pour le dialogue Alex-Trebek sur les politiques publiques
Faire le pont entre les différents milieux de l’analyse des politiques
Depuis le début de sa carrière, Isabelle Bourgeois tisse des liens professionnels avec les leaders du monde de l’évaluation, et ce, dans tous les ministères du gouvernement fédéral. Pendant la durée de la bourse, elle s’emploiera notamment à renforcer ces liens par des collaborations officielles.
« Comme chercheuse, je veux faire le pont entre le milieu de l’évaluation et celui des décideuses et décideurs politiques, qui relèvent de différentes directions dans leurs organismes et qui n’ont pas toujours l’occasion de se rencontrer », explique-t-elle.
En tant que titulaire de la bourse, la chercheuse a prévu un vaste programme en 2026, y compris plusieurs rencontres avec des spécialistes, des praticiennes et des praticiens de l’évaluation aux niveaux local, national et international.
En février, elle s’est jointe au professeure Eric Champagne, directeur du Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa, et à d’autres spécialistes pour une table ronde intitulée « Faire en sorte que les résultats comptent : relier évaluation, recherche et politiques dans l’administration fédérale », qui avait lieu pendant le Rendez-vous annuel de perfectionnement de la Société canadienne d’évaluation (section de la Capitale nationale).
En mars, elle animera le lancement de la bourse dans le cadre de l’événement Relations intergouvernementales et usage des données probantes. Au programme : une conférence de Kathy L. Brock, professeure à l’École d’études des politiques et au Département d’études politiques à l’Université Queen’s.
Par ailleurs, Isabelle Bourgeois traversera l’océan Atlantique à deux reprises en 2026. Elle donnera d’abord une conférence principale sur l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes au congrès de la United Kingdom Evaluation Society. Puis, à l’automne, elle est attendue comme chercheuse invitée au Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques de SciencesPo, à Paris, en marge de l’International Scholars in Policy Evaluation Programme. Ce séjour lui permettra de collaborer avec l’axe de recherche Évaluation de la démocratie.
« Cette bourse professorale m’offre l'occasion d’élargir mon champ de recherche, tant sur le plan de la portée organisationnelle que sur celui du développement conceptuel. Dans le contexte sociopolitique actuel, nous avons besoin de responsables publics capables d’utiliser les données probantes issues de la recherche et de l’évaluation pour mieux orienter les politiques publiques et pour prendre des décisions éclairées », explique la professeure Bourgeois.
« Ces compétences les aident à faire face à la désinformation et aux pressions politiques, afin de mieux servir les Canadiennes et les Canadiens. J’espère que mes travaux contribueront à renforcer ces compétences et mèneront à des politiques et des programmes davantage fondés sur des données probantes à tous les niveaux de gouvernement. »
À propos d’Isabelle Bourgeois
Isabelle Bourgeois, PhD est professeure titulaire à la Faculté d'éducation et titulaire la bourse professorale Forum pour le dialogue Alex-Trebek sur les politiques publiques. Ses travaux de recherche portent sur la mesure et le renforcement des capacités d'évaluation organisationnelle (CE) dans les secteurs public et communautaire. Ses recherche primés, ont été salués notamment par la Société canadienne d'évaluation, la revue Administration publique du Canada et le cabinet de la vice-rectrice à la recherche et à l'innovation de l'Université d'Ottawa.