Alex Neve, professeur auxiliaire invité en droit international des droits de la personne à la Faculté de droit et à la Faculté des sciences sociales, ainsi que professionnel en résidence à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales (ESAPI) de l’Université d’Ottawa, est nommé par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en tant que membre de la mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République bolivarienne du Venezuela.
Cette mission d’établissement des faits a été créée en 2019 avec pour mandat d’enquêter sur les violations des droits de la personne commises dans le pays depuis 2014. Le professeur Neve, auparavant secrétaire général d’Amnesty International Canada, a fait partie de plus d’une quarantaine de délégations de recherche et de défense des droits de la personne en Afrique, en Asie, en Amérique latine, au camp de Guantánamo, au Moyen-Orient et dans les communautés des Premières Nations au Canada. Le voici qui présente les grandes lignes de son rôle au sein de la mission.
QUESTION : Que pouvez-vous nous dire sur l’importance de cette mission?
ALEX NEVE : La mission d’établissement des faits est une source documentaire et analytique cruciale qui fait autorité sur la situation des droits de la personne au Venezuela. Bien qu’elle n’ait jamais été autorisée à se rendre au sein même du pays, elle a produit de nombreux rapports totalisant des centaines de pages de conclusions détaillées sur les violations graves des droits de la personne commises par le gouvernement Maduro, que nous qualifions de crimes contre l’humanité.
Parmi les nombreuses préoccupations examinées par les enquêtes de la mission, l’une des plus sérieuses concerne l’existence d’au moins 900 prisonnières et prisonniers politiques, dont certains sont disparus depuis des années au sein du système carcéral vénézuélien. Ces personnes doivent être libérées, mais ni la Maison-Blanche, ni le Venezuela, ni la communauté internationale n’ont fait de cette question une priorité (Note de la rédaction : depuis le 9 janvier 2026, le Venezuela a commencé à libérer des prisonniers politiques).
Q : Faut-il craindre que la situation actuelle dans le pays occulte l’imputabilité des violations des droits de la personne?
A. N. : Les difficultés liées à la mise en cause des autorités pour violation des droits de la personne sont depuis longtemps une réalité dans le monde entier. Elles sont aujourd’hui exacerbées par le mépris du président Donald Trump envers le droit international et ses institutions. C’est d’ailleurs l’un des principaux motifs ayant conduit à la création de la Cour pénale internationale (CPI) il y a 25 ans. Il convient d’ailleurs de souligner que la CPI a actuellement une enquête ouverte sur le Venezuela. Reste donc à voir si elle lancera prochainement des mandats d’arrêt visant le président Maduro et possiblement d’autres responsables.
Q : Comment la mission contribuera-t-elle à susciter des changements au Venezuela?
A. N. : La mission continuera à diffuser et à promouvoir ses conclusions, tout en exhortant les États à mettre en œuvre les recommandations exhaustives que nous avons formulées en six ans en faveur d’une réforme des droits de la personne dans ce pays. Cela passera notamment par le dépôt périodique de rapports devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Nous attendons des gouvernements concernés, au premier chef le Venezuela et les États-Unis, mais aussi d’autres pays, dont le Canada, qu’ils donnent suite à nos recommandations. Pendant des années, tous sont restés indifférents à la situation des droits de la personne au Venezuela. Il faut que ça change.
Q : Maintenant que Nicolás Maduro est détenu aux États-Unis, pourra-t-il plus facilement être tenu responsable de ces violations présumées des droits de la personne?
A. N. : Les États-Unis se concentrent sur des accusations de trafic de drogue et de corruption à l’encontre de Maduro en s’attachant à prendre le contrôle de la production pétrolière vénézuélienne. Rien n’indique une quelconque intention de l’inculper pour violation des droits de la personne. Si la CPI lançait un mandat d’arrêt, les États-Unis pourraient extrader Maduro afin qu’il y soit jugé. Les États-Unis sont cependant hostiles à la CPI, particulièrement sous l’administration Trump. Il est donc peu probable qu’ils le fassent.
Professeur auxiliaire invité en droit international en matière de droits de la personne à l’Université d’Ottawa, Alex Neve a été secrétaire général de la section anglaise d’Amnesty International Canada de 2000 à 2020.
Médias : Adressez toute question ou demande d’entrevue en français ou en anglais à media@uOttawa.ca.