Panier en écorce de bouleau dans un site commémoratif circulaire
Un panier en écorce de bouleau placé dans le cercle de célébration Oodena, à Winnipeg. Crédit image : N. Ng-A-Fook
Un professeur de la Faculté d’éducation a profité de son congé universitaire pour parcourir plus de 9 000 km en voiture à travers l’île de la Tortue et recueillir des histoires, agir et réfléchir à ce que signifie être un invité respectueux du territoire et des peuples des Premières Nations.

Prenant avec lui un panier en écorce de bouleau remis par des leaders autochtones de la Kitigan Zibi, le professeur Nicholas Ng-A-Fook s’est lancé l’été dernier dans un périple à travers l’île de la Tortue (un terme autochtone utilisé pour nommer l’Amérique du Nord, mais qui, dans ce cas-ci, désigne uniquement le Canada). 

Accompagné de son plus jeune fils, le professeur Ng-A-Fook a visité les sites de plus d’une douzaine d’anciens pensionnats autochtones dans plusieurs territoires visés par des traités en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, pour finalement s’arrêter à Kamloops, en Colombie-Britannique. Chaque arrêt lui a donné l’occasion d’honorer les générations dont la vie a été bouleversée par ces établissements et de réfléchir aux dix années qui se sont écoulées depuis le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation et des 94 appels à l’action publiés en décembre 2015.

Pour le professeur, « réconcilia(c)tion », qui vient élargir la portée du terme réconciliation, est bien est plus qu’un simple jeu de mots : il s’agit d’un néologisme qui met l’accent sur des réponses durables et mesurables aux appels à l’action. Une partie de son travail au sein de la Faculté d’éducation consiste à donner aux futures enseignantes et futurs enseignants les outils nécessaires pour aider leurs propres classes à répondre aux 94 appels à l’action et à remettre en question les pratiques coloniales qui persistent dans les écoles.

Avant la réconcilia(c)tion, la vérité

« Sur tous les sites des pensionnats que nous avons visités, nous avons offert de l’asemaa (tabac) et invité les gens à laisser quelque chose dans le panier – réflexions, récits, enseignements, offrandes –, que nous avons ensuite rapporté à Kitigan Zibi afin de poursuivre le cercle de la responsabilisation relationnelle », explique Nicholas Ng-A-Fook.

« Le 17 juillet 2025, nous avons ouvert le panier en bouleau avec toutes les personnes qui étaient présentes lors de la première réunion, un an plus tôt, et avons discuté de ce qu’elles aimeraient faire avec les cadeaux. Le panier sera utilisé comme outil pédagogique auprès du personnel enseignant futur et actuel et des élèves sur les territoires non cédés et non abandonnés des Anishnàbeg de Kitigan Zibi », a-t-il ajouté.

La Faculté d’éducation entretient avec les Anishnàbeg de Kitigan Zibi un partenariat de longue date fondé sur le leadership communautaire, les connaissances territoriales et les échanges réciproques de connaissances avec les leaders des communautés, le personnel enseignant, les Aînées et Aînés, les gardiennes et gardiens des savoirs et les étudiantes et étudiants. La Faculté participe à la conception d’expériences pratiques et de cours organisés à même la communauté, notamment des séminaires donnés conjointement, des activités saisonnières liées au territoire et des stages en classe qui mettent en valeur l’histoire, les savoirs et la langue des Algonquines et Algonquins ainsi que les enjeux auxquels la communauté est actuellement confrontée. 

Les stagiaires en enseignement qui participent à ces activités ont la chance de vivre une expérience de collaboration, d’identification et d’apprentissage/désapprentissage aux côtés des partenaires de la Nation Algonquine Anishnàbe. L’expérience leur permet d’approfondir leur connaissance de l’éthique relationnelle (un concept autochtone parlant de notre interconnexion) et de développer la confiance nécessaire pour intégrer avec délicatesse et humilité l’histoire et les points de vue traditionnels et contemporains des Premières Nations, des Inuit et des Metis en rapport avec les personnes qui pourraient être invitées dans leurs futures classes.

Paniers en écorce de bouleau devant des statues commémoratives autochtones.
À gauche : Un panier en écorce de bouleau devant le monument à The Forks, Winnipeg, en hommage aux femmes et filles disparues et assassinées du Manitoba. À droite : Un panier en écorce de bouleau devant le monument aux pensionnats à Spanish, en Ontario.

Renforcer les relations

Les conversations que le professeur Ng-A-Fook a eues avec des personnes ayant survécu aux pensionnats autochtones, des Aînées et Aînés, des gardiennes et gardiens des savoirs et d’autres membres de la communauté de recherche en éducation s’inscrivent dans un projet plus large financé par le CRSH et mené par l’Université de la Colombie-Britannique, campus d’Okanagan, intitulé Co-Co-Curricular Making: Honouring Indigenous Connections to Land, Culture, and the Relational Self.  

Lors de ses visites de sites historiques situés dans sept régions couvertes par les traités numérotés et de ses conversations avec les communautés locales, le professeur a choisi de se concentrer sur l’importance d’établir des collaborations qui permettent de réécrire certaines des histoires enseignées dans les écoles publiques. Grâce à ce travail, des vérités pourront être exprimées, même si celles-ci remettent en question les récits coloniaux dominants sur la formation de l’État-nation canadien. Bon nombre de ces conversations sont présentées dans une série de balados nommée FooknConversation.

« Ces visites ont montré comment l’éducation fondée sur le territoire peut être utilisée comme pratique relationnelle éthique », explique Nicholas Ng-A-Fook.

« Les Aînées et Aînés, la communauté de recherche universitaire et les gardiennes et gardiens des savoirs nous ont transmis des enseignements qui nous ont amenés à considérer les traités comme des relations de parenté sacrées, vivantes et toujours d’actualité, plutôt que comme des reliques historiques. Mon fils et moi avons eu la chance d’écouter des collègues, des Aînées et Aînés, des gardiennes et gardiens des savoirs et des personnes ayant survécu aux pensionnats autochtones et d’en apprendre plus sur les répercussions intergénérationnelles que le colonialisme a eues et continue d’avoir sur les communautés. Par les combats qu’elles mènent aux échelles locale, provinciale et nationale, ces personnes continuent de lutter pour la vérité, la commémoration et la justice », renchérit-il. 

Le professeur prévoit de poursuivre ses recherches sur les pensionnats autochtones et les impacts intergénérationnels laissés par les politiques coloniales canadiennes, notamment la Loi sur les Indiens, les traités numérotés, l’Acte des terres fédérales et la construction du chemin de fer Canadien Pacifique. 

Bien se comporter en visite

Les rapports de force sur le territoire étaient autrefois bien différents. Les visiteuses et visiteurs se déplaçaient en tant qu’invités et avaient la responsabilité de demander des permissions.

Pour être bien accueillies, ces personnes devaient établir des liens qui respectaient les différents protocoles des peuples des Premières Nations. Les voyages n’étaient pas un droit, mais plutôt un privilège acquis grâce au respect et à la réciprocité dans les relations. 

Alors, ça veut dire quoi être une bonne invitée ou un bon invité?

« Pour moi, c’est quelque chose de très personnel. Mon nom de famille est Ng-A-Fook, et le peuple Hakka tire ses origines du concept de “peuple invité”, une idée qui a une profonde signification », répond le professeur.

« Je pense que cette façon de voir les choses peut être transposée dans la formation à l’enseignement et dans les écoles. Ça veut dire quoi, bien se comporter en visite dans une communauté scolaire et dans la classe d’une enseignante ou d’un enseignant? Et du côté des pédagogues, comment peut-on accueillir la communauté étudiante et en prendre soin comme le ferait une bonne hôtesse ou un bon hôte? Comment pouvons-nous bâtir des relations fondées sur une bienveillance et un respect mutuels? » 

« Migwech, Migwech, Migwech, Migwech », dit Anita Tenasco, membre du Cercle de consultation de la Faculté d’éducation.

« Merci des Quatre Directions, professeur Ng-a-Fook. Bravo pour votre parcours à travers les nombreux territoires des peuples autochtones. Votre travail a créé des liens entre les peuples, entre la recherche non-autochtone et le savoir traditionnel, ainsi qu’entre le milieu universitaire et la spiritualité. Continuez à repousser les limites dans vos efforts pour ouvrir des portes aux peuples autochtones », ajoute-t-elle.

À propos de Nicholas Ng-A-Fook

Nicholas Ng-A-Fook, Ph.D. est professeur titulaire à la Faculté d'éducation. Il participe activement aux 94 appels à l'action lancés par la Commission Vérité et Réconciliation, en partenariat avec les communautés autochtones locales et les conseils scolaires. Plusieurs doctorantes et doctorants membres de son projet de recherche A Canadian Curriculum Theory Project, explorent aussi le thème de la « Vérité avant les Réconcilia(c)tions ».

Par exemple, Madelaine McCracken, universitaire métisse de la rivière Rouge, lauréate du prix Jeunesse métisse 2025 d’Indspire et professeure à temps partiel, utilise le balado comme outil de recherche pour mettre en valeur les contributions métisses à l’éducation sur la vérité et la réconciliation. Elle anime également Research Time, un balado qui rend la recherche académique plus accessible, une conversation à la fois.

Une autre doctorante, Nyein Mya, immigrante de première génération originaire du Myanmar, étudie comment les traités peuvent être intégrés dans les classes d’ALS (anglais langue seconde) comme cadre pour l’éducation à la citoyenneté. Son travail vise à dépasser une approche purement historique des traités pour repenser leur rôle dans l’éducation des nouveaux arrivants et les relations entre les peuples autochtones et les Canadiens.

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Nous reconnaissons que les discussions sur l’histoire et l’héritage des pensionnats peuvent être très éprouvantes. Si vous ou une personne que vous connaissez éprouve de la détresse ou a besoin de soutien, la Ligne de crise nationale sur les pensionnats indiens est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, au 1-866-925-4419. Ce service offre un soutien immédiat et culturellement approprié aux anciens élèves des pensionnats et à leurs familles partout au Canada.