Littératies nationales et curricula implicites: L’éducation entre nationalisme et impérialisme
19 mars 2026 — 13 h 30 à 15 h
La Chaire de recherche Jean-Luc Pépin, le Centre de recherche sur les services éducatifs et communautaires et la Faculté d'éducation sont heureux d'accueillir le professeur Daniel Tröhler de l'Université de Vienne et la professeure Elke Winter de l'Université d'Ottawa, qui présenteront leurs travaux sur les interactions entre l'éducation et la formation de l'identité.
Détails
Description
L’idée de « littératie nationale » peut sembler évidente, mais elle revêt des significations très différentes selon les contextes historiques. Depuis les années 1960, elle a joué un rôle dans les politiques éducatives mondiales façonnées par des conceptions occidentales de la modernisation. Présentées comme un moyen de soutenir les États nouvellement indépendants, les initiatives de littératie nationale étaient souvent liées à la politique de la guerre froide et à des formes plus larges d’influence impériale informelle. Après la guerre froide, ces objectifs n’ont pas disparu, mais ont été reformulés à travers le langage de la mondialisation.
Plus récemment, cependant, des chercheurs en études du nationalisme ont utilisé le terme différemment, en s’intéressant à la manière dont les écoles — en particulier dans les démocraties établies — façonnent discrètement le sentiment d’appartenance nationale des élèves à travers les programmes scolaires quotidiens, les routines, les symboles et les présupposés. Cette approche, décrite comme une nouvelle forme de « curriculum caché », ou « curriculum caché 2.0 », met en lumière la manière dont les identités nationales sont construites sans être enseignées explicitement.
En mettant en dialogue ces deux perspectives — l’histoire des politiques éducatives mondiales et les pratiques ordinaires de la scolarisation — cette présentation soutient que les tensions entourant la « littératie nationale » ne sont pas des contradictions. Elles reflètent plutôt l’histoire longue et imbriquée du nationalisme et de l’impérialisme, ainsi que le rôle durable de l’éducation dans l’articulation entre les deux.
Conférenciers
Daniel Tröhler travaille actuellement à l'Institut für Bildungswissenschaft de l'Université de Vienne. Daniel mène des recherches en histoire comparée de l'éducation, en analyse des langues d'enseignement, en études sur les programmes scolaires et la construction nationale, et en théories de la mondialisation. Son projet actuel s'intitule « État-nation, programmes scolaires et fabrication de citoyens à l'esprit national ».
Elke Winter est sociologue et professeure titulaire à l'École d'études sociologiques et anthropologiques de l'Université d'Ottawa. Elle mène des recherches dans les domaines du nationalisme, des migrations, de l'asile et des réfugiés, ainsi que de la diversité raciale et ethnique. Parmi ses publications récentes, on peut citer les numéros spéciaux du Journal of Ethnic and Migration Studies (2024) évaluant la contribution de l'immigration à la formation de la classe moyenne nationale, et du Nationalism and Ethnic Politics (2023) sur l'inclusion pluraliste des immigrants dans les sociétés polarisées.