Femme enceinte mangeant une salade
En 2024, le Canada franchit un cap peu enviable : un quart de sa population vit dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire. Cela représente environ 10 millions de Canadiennes et Canadiens qui n’ont pas les moyens de se nourrir adéquatement, dont 2,5 millions d’enfants.

Cette insécurité alimentaire croissante est au cœur de récents projets de recherche à la Faculté des sciences de la santé. Les travaux, dirigés d’une part par les professeurs Bénédicte Fontaine-Bisson (École des sciences de la nutrition) et Alex Dumas (École des sciences de l’activité physique), et d’autre part par la professeure Mwali Muray (École des sciences infirmières), explorent différentes facettes de l’insécurité alimentaire, qui ne se résume pas toujours à un manque de nourriture. 

Naître et grandir sur un pied d’égalité

Une alimentation saine durant les 1000 jours qui vont de la conception à l’âge de deux ans est vitale pour le développement physique et cognitif de l’enfant. Une nutrition inadéquate durant la grossesse peut non seulement compromettre la santé de la mère et de l’enfant à court et à long terme, mais aussi contribuer à la reproduction des inégalités sociales d’une génération à l’autre, font remarquer Bénédicte Fontaine-Bisson et Alex Dumas.

« Si l’on veut vraiment faire une différence en matière de santé, la grossesse et la toute petite enfance représentent une fenêtre de tir cruciale, explique Bénédicte Fontaine-Bisson. L’accès à une alimentation nutritive et la prise de suppléments de multivitamines peuvent avoir des effets durables sur la santé de l’enfant, bien au-delà de la petite enfance. »

La professeure Fontaine-Bisson, spécialiste en nutrition périnatale, et le professeur Dumas, sociologue de l’activité physique étudiant les inégalités sociales en santé, ont uni leurs champs d’expertise pour lancer un programme de recherche sur la nutrition sociale périnatale, visant l’équité nutritionnelle durant la période qui précède et suit la naissance d’un enfant.

En partenariat avec la Fondation Olo, l’équipe de recherche évaluera le programme de nutrition périnatale Olo dans trois régions québécoises, dont l’Outaouais, ainsi qu’à Montréal et à Québec. Le programme offre notamment un suivi nutritionnel personnalisé aux femmes enceintes à faible revenu, des coupons pour aliments nutritifs, des suppléments de multivitamines prénatales et plusieurs outils d’accompagnement. Le Québec se démarque des autres provinces et territoires canadiens en intégrant ce programme nutritionnel périnatal à son système de soins de santé, notent les professeurs Fontaine-Bisson et Dumas.

Les professeurs et leur équipe s’entretiendront avec des gestionnaires, des intervenantes et intervenants et des personnes inscrites au programme Olo afin d’identifier ce qui fonctionne, notamment pour qui et dans quelles circonstances.

« Ultimement, ce qu’on veut, c’est parler de santé périnatale et reconnaître qu’il s’agit d’une période critique dans la vie d’une femme et dans celle d’un enfant », souligne Alex Dumas. Il espère qu’un jour les gouvernements garantiront un accès équitable à une alimentation saine pour les mères en situation de vulnérabilité et leur bébé. « Ce serait un bon investissement pour la société. »

Des minorités culturelles restent sur leur faim

Une famille partageant un repas

Selon Mwali Muray, l’insécurité alimentaire se manifeste non seulement par « le manque de nourriture, mais aussi parfois par le manque de nourriture appropriée sur le plan culturel ».

La chercheuse en sciences infirmières dirige trois projets visant à promouvoir l’équité alimentaire chez les membres des communautés africaines, caribéennes et noires (ACN) résidant dans des foyers de soins de longue durée. Elle étudie comment une alimentation culturellement adaptée pourrait aider à réduire les risques de santé au sein de ces communautés. Au Canada, les personnes ACN sont plus de deux fois plus susceptibles de vivre de l’insécurité alimentaire que les personnes non ACN et présentent un risque accru de maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et la dépression, note-t-elle.

« De plus en plus, on voit la diversité chez nos aînés », observe la professeure Muray, qui travaillait auparavant dans le domaine des soins de longue durée. « Or, les soins de longue durée ne sont pas à jour par rapport à la représentation culturelle de leur population et par rapport à ce qui est important pour elle. Certaines personnes préféreraient ne pas manger plutôt que de se retrouver dans un environnement où tout leur est inconnu, incluant la nourriture. »

L’équipe de recherche analysera les politiques alimentaires régionales et fédérales afin de déterminer si certaines pratiques et règles pourraient être modifiées pour réduire l’insécurité alimentaire chez les personnes ACN qui résident dans les foyers de soins de longue durée. Elle travaillera également en collaboration avec des organismes communautaires en Ontario, au Québec et en Alberta qui offrent des services alimentaires aux communautés ACN afin de déterminer si certaines pratiques pourraient s’appliquer au milieu des soins de longue durée.

« On espère avoir une influence sur les pratiques en soins de longue durée, explique Mwali Muray, notamment sur la façon dont les établissements organisent leur service alimentaire pour mieux répondre aux besoins des communautés ACN. » Des changements simples, ajoute-t-elle, tels que l’adaptation culturelle de recettes existantes, pourraient réduire considérablement cette forme d’insécurité alimentaire.