La résilience, essentielle pour surmonter les épreuves, est la pierre angulaire des projets de recherche menés par les professeures Lei Cao and Tracey O’Sullivan à l’École interdisciplinaire des sciences de la santé, de la Faculté des sciences de la santé. La professeure Cao étudie l’effet des feux de forêt sur la résilience et la santé mentale des adolescentes et des adolescents. Quant à la professeure O’Sullivan, elle se penche sur l’inclusion des personnes âgées, leur résilience et le rôle qu’elles ont à jouer dans l’atténuation des risques après la pandémie.
Les suites d’un été brûlant
En 2023, le Canada a connu la saison des feux de forêt la plus dévastatrice de son histoire. D’après Ressources naturelles Canada, les incendies ont ravagé plus de 15 millions d’hectares de terres, une superficie qui dépasse celle de l’Angleterre. Le Québec a été la province la plus touchée, avec une perte de 4,5 millions d’hectares. Plus de 38 700 personnes ont dû évacuer leur domicile, y compris les résidentes et résidents de nombreuses communautés autochtones.
Professeure adjointe en sciences de la santé et spécialiste du stress et de la santé mentale, Lei Cao s’interroge : en quoi le stress lié aux feux de forêt pourrait-il affecter la santé mentale des adolescentes et adolescents? La résilience pourrait-elle atténuer ces répercussions? La professeure Cao recrute actuellement deux groupes de jeunes de 11 à 17 ans (originaires des régions de la baie James et du lac Abitibi, dans le nord du Québec) pour comparer les effets de différents niveaux d’exposition aux feux de forêt sur les réactions de stress et la résilience.
Le premier groupe se composera d’adolescentes et adolescents ayant vécu les feux de forêt et l’évacuation, et le deuxième, une exposition à la fumée, mais sans avoir été évacués. Les personnes participantes répondront à des sondages confidentiels qui permettront d’évaluer leur niveau de stress causé par les feux de forêt. Si elles le souhaitent, elles pourront aussi fournir des échantillons de salive à des fins d’analyse de l’ADN.
Grâce à l’épigénétique, qui examine l’influence de l’environnement sur nos gènes, la professeure Cao et son équipe étudieront les possibles liens entre le stress dû aux feux de forêt et les tendances épigénétiques associées aux réactions de stress et à la résilience. L’équipe se penchera aussi sur le rôle du sexe et du genre dans la manière dont les réactions au stress se manifestent chez les personnes participantes.
« Les mécanismes épigénétiques jouent peut-être un rôle important dans la réaction des jeunes au stress environnemental, avance la chercheuse. En identifiant les tendances épigénétiques associées à la résilience et à la vulnérabilité, nous voulons déterminer qui, dans la population adolescente, bénéficierait le plus d’un soutien précoce en santé mentale. »
Pour Lei Cao, il s’agit de mieux comprendre l’effet à long terme des catastrophes naturelles sur la santé mentale des adolescentes et adolescents afin d’élaborer des stratégies de prévention ciblées et d'intervention précoce destinées aux jeunes exposés à des catastrophes liées au climat. À terme, elle souhaite élargir l’étude à l’ensemble du Canada.
« Le changement climatique est plus qu’une crise environnementale, conclut-elle. Il peut avoir des répercussions directes et indirectes sur la santé mentale des jeunes. Il est donc essentiel de soutenir ce genre d’étude et d’encourager le public à y participer. »
La résilience n’a pas d’âge
Si Lei Cao s’intéresse aux jeunes, la résilience est tout aussi essentielle à l’âge d’or. Depuis plus de 20 ans, Tracey O’Sullivan se demande comment mobiliser les groupes touchés de manière disproportionnée par les crises, et ce, de manière inclusive. La pandémie de COVID-19 représentait pour la chercheuse une occasion inédite d’étudier un groupe d’individus de plus de 60 ans, souvent considérés comme vulnérables ou à risque élevé.
Dans le cadre d’une étude financée par le CRSH et menée en partenariat avec l'Institut de recherche LIFE et l’International Longevity Centre Canada, la professeure et son équipe ont interviewé 67 personnes pendant la première et la deuxième vague de la pandémie; dont 37 ont été réinterviewées entre neuf et douze mois plus tard. Un grand nombre de personnes participantes ne se percevaient pas comme vulnérables.
« L’équipe s’est penchée sur leur expérience de la pandémie, explique la chercheuse. Nous leur avons demandé quelles étaient leurs stratégies d’adaptation et ce qu’elles et ils pensaient de la représentation des personnes âgées dans les médias. Il a beaucoup été question de ce qui contribue à la résilience chez cette population. Les gens nous ont parlé des obstacles liés à l’âge. Ils voulaient s’impliquer dans la communauté, mais parce qu’ils avaient plus de 65 ans, on leur interdisait par exemple de reprendre le bénévolat. Ils étaient mélancoliques par rapport à cette perte-là. »
Tracey O’Sullivan se souvient d’un bénévole qui voulait recommencer à conduire les personnes atteintes de cancer à leurs rendez-vous médicaux, mais qui s’y est vu refuser en raison de son âge. « Ça lui manquait, dit-elle. Pour lui, c’était un service très important qu’il offrait tous les jours. »
Souvent, affirme la chercheuse, le recours aux personnes âgées est une ressource sous-utilisée en matière de réduction des risques liés aux crises. « La résilience nous vient notamment de l’expérience acquise au fil des ans, précise-t-elle. C’est un vécu qui est précieux. » Elle ajoute que ses travaux de recherche visent à déterminer quelles qualités (optimisme, connaissances, aptitudes acquises tout au long de la vie, etc.) nous font gagner en résilience et nous aident à continuer de nous impliquer, et comment user de ces qualités. Elle s’intéresse également au rôle des médias par rapport à la résilience des personnes âgées face aux catastrophes, à la fois du point de vue des journalistes et des plus de 60 ans.
Pour la professeure O’Sullivan, la capacité non seulement de rebondir, mais aussi d’avancer après une crise est cruciale pour qui souhaite renforcer sa résilience : « Au lieu de revenir à ce qu’on faisait avant, on construit un avenir meilleur. » Après la pandémie de COVID-19, il s’agit d’enrichir et de consolider nos acquis en vue des prochaines crises.
« La résilience nous vient notamment de l’expérience acquise au fil des ans. C’est un vécu qui est précieux. »
Tracey O'Sullivan
— Professeure titulaire à l'École interdisciplinaire des sciences de la santé