Ce décalage était au cœur des discussions lors du deuxième Forum sur l’innovation en matière de sécurité nationale de l’Université d’Ottawa, qui a eu lieu le 8 avril 2026. Des membres de la communauté de recherche, des chefs d’entreprise, des bailleurs de fonds et des décisionnaires s’y sont rassemblés pour répondre à la question suivante : comment les alliés démocratiques peuvent-ils innover assez rapidement, ensemble, pour s’adapter à un environnement de sécurité qui évolue à toute vitesse?
Poursuivant sur la lancée du premier Forum sur l'innovation en matière de sécurité nationale de novembre dernier, qui était axé sur l’écosystème d’innovation en matière de défense et de sécurité, cette deuxième édition se tournait vers l’extérieur. Au lieu de porter sur ce que le Canada peut accomplir seul, la conversation était centrée sur ce qu’il peut faire en collaboration avec l’Europe ainsi que sur les façons de rendre la coopération plus rapide et efficace.
Le défi : c’est le temps d’agir, pas de discuter
Aux différentes tables rondes, les participantes et participants ont soulevé le même problème : l’innovation traverse rapidement les frontières, mais les programmes de financement, les règles d’approvisionnement et la gouvernance ne suivent pas le rythme. Plusieurs pratiques ont été pensées pour une autre époque, créant ainsi un décalage entre ce qui est techniquement possible et ce qui peut réalistement se produire au cours d’une période donnée.
Les panélistes ont insisté sur le fait que les décisions relatives à la sécurité ne sont désormais plus prises en vase clos. Les choix nationaux relatifs à l’investissement en recherche et en innovation orientent de plus en plus les choix de partenaires des pays, déterminent les technologies auxquelles ils peuvent se fier et façonnent leur capacité à s’adapter aux changements. La capacité de recherche n’est plus un enjeu de politiques isolé ; elle fait partie intégrante de la préparation en matière de sécurité.
Voilà qui explique pourquoi les universités, le privé et les gouvernements travaillent de plus en plus de concert. La sécurité moderne ne se limite pas à la gestion des crises par les institutions de défense. Elle repose aussi sur un alignement, avant toute crise, des systèmes d’innovation transnationaux.
Des travaux de recherche arrimés aux besoins réels en matière de sécurité
Le segment du forum consacré à la recherche a montré comment la recherche et le développement peuvent répondre à des besoins réels en matière de sécurité à partir de travaux en cours à l’Université d’Ottawa.
Mentionnons par exemple les réseaux sécurisés fondés sur l’IA pour protéger les systèmes 5G et 6G et les technologies autonomes, la recherche quantique et en nanophotonique pour soutenir la détection et les communications sécurisées de nouvelle génération, et la recherche en médecine spatiale axée sur la santé humaine et la résilience dans des environnements extrêmes et éloignés.
Mis ensemble, ils ont renforcé l’idée que l’innovation en matière de sécurité est nécessairement interdisciplinaire. Le génie, la science et la médecine doivent travailler de concert, éclairés par le droit, les sciences sociales et l’histoire pour ancrer les solutions techniques dans le monde réel. Cette perspective holistique assure généralement la durabilité et la fiabilité de l’innovation.
Les participantes et participants ont également noté que ce type de collaboration nécessitait de trouver un juste équilibre entre la protection des applications sensibles et le maintien d’une science juste assez ouverte pour permettre la coopération internationale.
Vitesse, coordination et rôle du privé
Pour les entreprises évoluant dans le secteur de la sécurité ou avec celui-ci, le temps est habituellement la contrainte la plus pressante.
Les chefs d’entreprise ont été directs : le décalage susmentionné est particulièrement problématique à l’étape du déploiement, lorsque les impératifs de mise en marché ne concordent pas avec les mécanismes d’approvisionnement et de financement, qui demandent du temps. Dans cette situation, les technologies peuvent perdre leur élan ou devenir dépassées avant même leur déploiement en raison de l’évolution des choses.
Ces problèmes sont particulièrement ardus pour les entreprises en démarrage et en croissance. De nos jours, beaucoup de solutions novatrices proviennent de petites entreprises qui, souvent, disposent de peu d’indications claires sur les priorités gouvernementales, les normes et les débouchés potentiels. L’incertitude relative aux normes, aux marchés et aux échéanciers complique la planification et freine les décisions d’investissement.
L’utilisation transnationale de technologies ajoute une couche de complexité, car il faut adapter les solutions à différents systèmes et répondre à des exigences communes et gagner la confiance de tous les partenaires. Dans le cas des technologies à double application (civile et pour la sécurité), les participantes et participants ont soulevé l’importance d’établir rapidement des règles claires, notamment en ce qui a trait au moment et à la manière dont la recherche doit passer de la collaboration ouverte à une application plus contrôlée.
Les conférencières et conférenciers ont souligné qu’il importe de prendre rapidement des décisions sur la gouvernance et la coordination. Lorsque les normes, les règlements et les attentes en matière d’approvisionnement sont conjointement pris en considération dès le départ, les technologies peuvent évoluer rapidement et être utilisées de façon responsable au lieu de s’enliser lorsqu’elles sont déjà à maturité ou précipitamment déployées en cas d’urgence.
D’une ambition commune à une exécution soutenue
Le forum a également mis en lumière un défi courant en collaboration internationale, c’est-à-dire le fait que le financement accuse généralement un retard sur les accords politiques.
Malgré les nombreuses priorités communes du Canada et de l’Europe, des écarts relatifs aux échéanciers, aux règles d’admissibilité et à la tolérance au risque peuvent ralentir les efforts. Les organismes subventionnaires, comme le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie et Mitacs, ainsi que les laboratoires nationaux, dont le Conseil national de recherches, jouent un rôle majeur dans la transformation des objectifs communs en véritables partenariats.
Les participantes et participants ont affirmé que la prévisibilité est essentielle à la collaboration à long terme. Les projets pilotes à court terme et les appels ponctuels peuvent aider à établir une relation, mais ne sont pas des bases suffisamment solides pour bâtir des systèmes durables. Sans avenues claires de la collaboration au déploiement, l’élan peut facilement s’essouffler.
Les partenariats fondés sur la confiance et bâtis au fil du temps plutôt qu’en fonction des cycles de financement ont souvent été mentionnés comme essentiels à la réussite. Les universités servent de piliers stables pour la R&D, l'innovation et la formation des talents, tandis que le privé connecte les écosystèmes et transforme la recherche en solutions pratiques.
Les participantes et participants ont également suggéré que les progrès réalisés dans les prochaines années se mesureront en fonction des capacités en place plutôt que du nombre d’initiatives lancées.
L’événement a permis de mieux comprendre des besoins. Les ingrédients pour renforcer les partenariats en matière de défense et de technologies entre le Canada et l’Europe existent déjà. Les capacités de recherche sont là, tout comme les valeurs communes. Il reste toutefois à relever le défi plus complexe d’arrimer les cycles de financement, d’harmoniser les normes et de créer des relations durables pour transformer les ambitions en capacités.
Pour l’Université d’Ottawa, cette convergence n’a rien d’abstrait; elle prend déjà forme. Qu’il s’agisse de communications quantiques, de réseaux propulsés par l’IA ou de la préparation aux pandémies, la communauté de recherche de l’Université d’Ottawa travaille sur les problèmes qui définissent le paysage moderne de la sécurité. Bien située, l’Université dispose d’atouts importants pour attirer des talents, harmoniser l’expertise entre les disciplines et propulser les découvertes vers des systèmes qui assurent la sécurité des personnes et des nations.