Des questions comme point de départ
Combien y a-t-il de types de cancers de l’ovaire? Pourquoi certaines tumeurs deviennent-elles résistantes aux traitements? Peut-on personnaliser davantage les soins aux patientes? Ce sont là quelques-unes des questions qui orientent la recherche du professeur David Cook.
« Je me sens parfois comme un rêveur professionnel, dit-il. Je me pose les questions qui me semblent les plus passionnantes, puis je me mets à la recherche de réponses susceptibles de changer la vie des patientes. »
Ce rêveur dans l’âme ne s’est pourtant pas toujours destiné à une carrière scientifique. À l’adolescence, il préférait jouer de la guitare avec son groupe emo plutôt que faire ses devoirs. Étonnamment, ce sont les séries dramatiques médicales qui ont éveillé son intérêt pour les sciences de la santé.
C’est la professeure Barbara Vanderhyden qui a attisé sa curiosité pour la recherche lorsqu’elle lui a proposé de travailler dans son laboratoire pour son projet de spécialisation durant sa quatrième année d’études.
« Dès que j’ai mis les pieds au laboratoire, j’ai eu un coup de foudre », se souvient-il.
« C’était un sentiment grandiose de savoir que tous les jours, j’allais chercher des réponses à des questions et que parfois, même pour un bref instant, je serais la seule personne au monde à connaître la réponse. »
David Cook
— Professeur à la Faculté de Médecine
Aujourd’hui, David Cook est professeur adjoint au Département de médecine cellulaire et moléculaire à l’Université d’Ottawa et scientifique à l’Institut de recherche de L’Hôpital d’Ottawa, où il étudie les traitements contre le cancer. Il a reçu le prestigieux prix Polanyi 2025 en physiologie et en médecine, décerné par le gouvernement de l’Ontario à une chercheuse ou un chercheur exceptionnel en début de carrière.
Du rêve à l’action
Au cours de sa première semaine au laboratoire, David Cook a participé à un événement qui a marqué un tournant dans sa carrière : la Journée mondiale du cancer de l’ovaire à Ottawa. Le fait de mettre des visages sur la maladie a conféré une dimension personnelle à sa recherche. Il voulait que ses travaux comptent pour ces femmes.
Après avoir terminé ses travaux de recherche postdoctorale sur le cancer colorectal et la maladie intestinale inflammatoire auprès de Jeff Wrana à l’hôpital Mount Sinai, à Toronto, il est revenu à la recherche en gynécologie doté de nouveaux outils, de nouvelles techniques et d’une vision différente. Aujourd’hui, chaque jour lui rappelle l’urgence des travaux qu’il mène au Centre de cancérologie de L’Hôpital d’Ottawa.
« Je vois les patientes dans la salle d’attente : certaines viennent pour leur chimiothérapie, d’autres appréhendent le pire diagnostic de leur vie. Ce sont ces femmes qui me motivent. Chacune d’elles me rappelle pourquoi je travaille. »
David Cook
— Professeur à la Faculté de Médecine
En 2024, il a fondé le Cook Lab, où son équipe et lui mènent des expériences, prélèvent des échantillons et extraient des données pour répondre à leurs grandes questions. Chaque échantillon recueilli, chaque jeu de données compilé et chaque expérience visent le même objectif : accumuler suffisamment de connaissances sur la maladie pour mieux la combattre.
Vaincre la résistance aux traitements
Le cancer est le résultat d’une mutation acquise des cellules normales, souvent à cause de cancérogènes ou de simples erreurs de division cellulaire. L’explication généralement admise de la résistance aux traitements est simple : quand la tumeur grossit, certaines cellules acquièrent de façon aléatoire de nouvelles mutations qui leur permettent de résister aux traitements. La chimiothérapie tue les autres cellules, mais les rares cellules résistantes survivent et restent indétectables dans l’organisme, parfois pendant des années, avant de reformer des tumeurs plus difficiles à vaincre.
Or, David Cook croit que ce modèle est incomplet. De nouvelles données indiquent que les cellules cancéreuses peuvent s’adapter activement à des pressions sélectives, comme la chimiothérapie ou la réponse immunitaire de l’organisme aux tumeurs, et développent des stratégies pour les éviter en temps réel. Ce phénomène, qu’on appelle plasticité cellulaire, soulève des questions cruciales : si la résistance n’est pas prédéterminée, mais prend forme pendant le traitement, pourrions-nous intervenir assez tôt pour bloquer ce processus et, ainsi, accroître l’efficacité du traitement?
Ces questions sont au centre du travail de David Cook. Il faut comprendre les mécanismes de résistance pour non seulement traiter, mais aussi prévenir les récidives.
Une nouvelle question : l’endométriose
David Cook s’intéresse également à un autre problème urgent et souvent négligé : l’endométriose. Il faut généralement entre sept et dix ans pour diagnostiquer cette maladie, qui touche une femme sur dix, et contre laquelle les seuls traitements proposés se limitent à la chirurgie ou à l’hormonothérapie, qui peut diminuer la fertilité.
L’expertise acquise par la recherche sur le cancer peut également servir au traitement de l’endométriose. Les immunothérapies et les autres traitements contre le cancer seraient-ils efficaces contre cette maladie non maligne? C’est ce que pense le professeur Cook. Grâce à une collaboration avec le Dr Sukhbir Singh, il a pu étudier plus en profondeur cette maladie. Les deux chercheurs ont créé la première biobanque sur l’endométriose à L’Hôpital d’Ottawa, qui fournit un tremplin pour les prochaines découvertes.
Collecte d’échantillons pour créer une biobanque
Le processus commence lorsqu’une patiente doit subir une opération. L’équipe du Dr Singh communique avec elle pour lui expliquer le fonctionnement de la biobanque, répondre à ses questions et obtenir son consentement. Si la patiente accepte, l’équipe du professeur Cook prélève des échantillons de lésions, de sang et de tissus.
La première participante a été recrutée au début de 2026, et les premiers échantillons ont été versés dans la biobanque – un premier pas vers la création d’une ressource précieuse pour la recherche.
Les patientes, un puissant moteur
Le contact avec des patientes confère une dimension profondément humaine aux travaux du professeur Cook. Il se souvient d’une patiente en particulier, une femme qui avait connu des années d’infertilité et reçu un diagnostic tardif, et dont l’endométriose avait évolué en un cancer de l’ovaire, un cas rare et dévastateur.
Malgré tout, cette femme est devenue une fervente défenseure de la recherche sur l’endométriose et la santé des femmes; elle a fourni des échantillons de tissus et des données pour la recherche et a fini par se joindre à l’équipe en tant que patiente partenaire.
Un rêveur professionnel
David Cook caresse de grands rêves, toujours au service de son objectif. Pour lui, le prix Polanyi marque un important jalon, et non la finalité de sa recherche. Il continuera de se poser des questions importantes et de penser aux femmes qui donnent un sens à son travail.
« Les progrès réalisés en laboratoire doivent s’accompagner d’une sensibilisation accrue pour que les femmes obtiennent plus vite un diagnostic, un meilleur traitement et plus d’espoir, plaide-t-il. Le rêve est un levier de la découverte, mais la sensibilisation la traduit en action. »