Extérieur du complexe STEM
La capacité de détecter une maladie à l’intérieur du corps avant même l’apparition des symptômes ne relève plus de la science-fiction. Plus besoin de recourir à une opération ou à des biopsies douloureuses : l’imagerie avancée révèle désormais des changements biochimiques cachés. C’est là le travail révolutionnaire du professeur Adam Shuhendler; ses recherches novatrices lui ont valu le Prix Melanie-O’Neill pour nouveau chercheur ou nouvelle chercheuse 2025 (en chimie biologique).

Ses travaux se concentrent sur les signes de problèmes sous-jacents minuscules et invisibles dans le corps humain.

L’une de ses découvertes les plus passionnantes concerne une nouvelle façon de détecter l’inflammation, cause silencieuse de nombreuses maladies graves, de l’insuffisance cardiaque à la maladie d’Alzheimer. Lorsque l’inflammation s’installe dans les cellules du cœur et du cerveau, ces dernières commencent à utiliser une source d’énergie différente, le fructose, au lieu de leur carburant habituel, le glucose. Le professeur Shuhendler et son équipe ont lié le fructose à un marqueur radioactif, ce qui leur a permis de visualiser l’inflammation dans le cerveau et le cœur avec une clarté sans précédent. Les résultats sont si prometteurs que des essais cliniques chez l’humain sont déjà prévus, ici à Ottawa et en Allemagne.

Au-delà de l’imagerie, le professeur Shuhendler explore également les thérapies moléculaires en mettant à profit les processus du corps pour combattre la maladie. Son équipe travaille actuellement à des méthodes de radiothérapie ciblée, qui dirigent de minuscules particules radioactives de manière à ce qu’elles recherchent et détruisent les cellules malades, comme le cancer. « Cette approche a déjà montré une efficacité remarquable pour prolonger la vie des gens atteints d’un cancer de la prostate, dit-il, mais il reste encore beaucoup de place à l’amélioration. Nous avons quelques astuces chimiques pour surmonter certains des problèmes qui limitent l’efficacité thérapeutique. »

Le professeur Adam Shuhendler (debout) et le professeur Cory Harris (assis) travaillent ensemble dans un laboratoire de recherche.
Le professeur Adam Shuhendler et le professeur Cory Harris travaillent ensemble dans un laboratoire de recherche.

Le parcours du professeur Shuhendler dans ce domaine fascinant a commencé pendant son doctorat, lorsqu’il s’est intéressé à la destination de nanoparticules libérant des médicaments. Il a attaché un marqueur fluorescent spécial à ces particules et a observé leur mouvement dans l’organisme d’une souris vivante. C’est de là qu’est née sa passion pour l’imagerie moléculaire. « La première fois que j’ai vu l’image de cet animal vivant dans lequel circulaient des nanoparticules, je suis en quelque sorte tombé sous le charme de l’imagerie, se souvient-il. J’ai toujours été visuel. Même enfant, je dessinais des diagrammes pour comprendre les choses. »

Ce désir de visualiser l’invisible oriente son travail depuis.

Le laboratoire du professeur Shuhendler adopte une approche collaborative de grande envergure et ne se contente pas d’étudier une seule maladie. L’équipe travaille en étroite collaboration avec des médecins pour résoudre certaines des plus grandes énigmes des soins de santé. La question directrice est simple, mais fondamentale : « Qu’est-ce que les médecins ont besoin de voir, mais qu’ils n’arrivent pas à voir actuellement? » L’équipe entre alors en scène pour concevoir, grâce à son expertise, des techniques d’imagerie innovatrices qui trouvent la réponse à cette question.

Le professeur Shuhendler est également passionné par la formation de la prochaine génération de scientifiques. Son laboratoire accueille des étudiantes et des étudiants de tous les niveaux, du baccalauréat au postdoctorat, et offre un encadrement adapté aux objectifs de chaque personne. Le professeur a également co-fondé des initiatives comme l’Alliance d’appui aux étudiantes et étudiants autochtones en sciences de l’Université d’Ottawa (uOASISS) et le programme Pathways, afin de soutenir les étudiants autochtones en STIM.

Le travail du professeur Shuhendler témoigne du pouvoir de la curiosité, de la collaboration et d’un désir profond de résoudre des problèmes concrets. Le Prix Melanie-O’Neill pour nouveau chercheur ou nouvelle chercheusen’est pas seulement une réussite personnelle; c’est la reconnaissance du rôle vital de ses recherches dans notre compréhension de la santé et de la maladie, et dans la création de nouvelles méthodes pour en arriver à détecter et à traiter les problèmes plus tôt et plus efficacement.

L’histoire du prix est poignante : Melanie O’Neill était une brillante biochimiste, décédée trop tôt dans des circonstances tragiques. Mais son héritage, lui, survit à travers des recherches audacieuses et avant-gardistes qui perpétuent son esprit de découverte.

Pour le professeur Shuhendler, ce prix récompense la quête incessante de réponses menée par son équipe. « Nous savons que nous ne travaillons pas pour rien, dit-il. Cela nous motive à continuer d’avancer. »

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