« La musique a cette faculté remarquable de rassembler les gens, explique-t-elle. Le talent artistique de Timothy est extraordinaire, et son travail pour démocratiser la musique classique et la rendre accessible à un plus grand nombre de personnes touche chez moi une corde sensible. Je souhaitais que l’installation soit empreinte du même esprit : l’excellence associée à l’inclusion, et la créativité librement partagée. »
Timothy Chooi a été impressionné par l’optimisme de la rectrice et sa volonté sincère de soutenir non seulement les arts en général, mais aussi le travail créatif et la recherche menés à l’École de musique.
Une telle conversation oriente tout naturellement notre appréciation de la musique interprétée pendant l’installation. La combinaison de l’œuvre choisie et de l’instrument employé pour l’interpréter traduisait la vision de la rectrice et illustrait les questions qui sont au cœur des recherches sociales, musicales et inclusives du violoniste. Sa performance à l'installation nous a donné le rare privilège d’entendre le stradivarius « Dolphin » fabriqué en 1714. Ce violon est le seul encore joué parmi les trois exemplaires qui existent dans le monde et il a été prêté à l’un de nos professeurs par la Nippon Music Foundation.
Vers un futur plus inclusif et connecté en musique classique
La musique classique est devenue au fil du temps plus inclusive et orientée vers l’avenir, des qualités qui imprègnent profondément le travail artistique et universitaire de Timothy Chooi. En effet, ses recherches portent sur la musique classique comme moyen de renforcer les liens sociaux, de promouvoir le dialogue entre différentes traditions et de créer un espace pour les voix souvent absentes de ce domaine. Ses travaux, qui allient engagement communautaire, réceptivité culturelle et recherche axée sur la performance, lui ont récemment valu le Prix pour l’équité, la diversité et l’inclusion en recherche décerné par l’Université d’Ottawa.
Pour Thimothy Chooi, la performance est indissociable de ses recherches. Que le professeur conçoive la programmation de grandes salles, comme le Carnegie Hall ou le Concertgebouw Amsterdam, ou qu’il collabore avec des communautés dans des régions plus éloignées ou isolées du Canada ou du monde entier (récemment au Mexique et au Japon), ses choix artistiques se nourrissent sans cesse de rencontres qui lui rappellent que la musique classique prend tout son sens lorsqu’elle crée un espace où tout le monde peut se reconnaître.
« Ces expériences orientent ma manière d’aborder le répertoire, ma conception de l’interprétation et ma vision d’un avenir où la musique classique serait plus connectée et inclusive. »
C’est d’ailleurs cette perspective qui a guidé Timothy Chooi dans son choix de répertoire pour l’installation. Il souhaitait une œuvre qui allait envelopper l’auditoire dans l’instant présent, superposant les couches culturelles et reflétant sa conviction que la musique est un espace de connexion partagé.
« Ces expériences orientent ma manière d’aborder le répertoire, ma conception de l’interprétation et ma vision d’un avenir où la musique classique serait plus connectée et inclusive. »
Timothy Chooi
— Violoniste et professeur, Faculté des arts
Une œuvre ancrée dans la communauté : les Danses populaires roumaines de Bartók
Pour la cérémonie d’installation, Thimothy Chooi avait décidé d’interpréter les Danses populaires roumaines de Béla Bartók, une œuvre qui a vu le jour à un moment charnière de la vie du compositeur. En sortant des salles de concert pour se rendre dans les communautés rurales, Bartók a découvert une musique qui n’était pas simplement jouée : elle était vécue. Ces mélodies résonnaient dans les foyers, les champs et les rassemblements villageois. L’expérience a bouleversé son langage musical et lui a rappelé que la musique classique devient plus vivante et authentique lorsqu’elle est à l’écoute des cultures et des communautés qui l’entourent.
Timothy Chooi voyait dans la pièce l’incarnation de cette histoire : ses rythmes rustiques, ses couleurs modales et sa clarté expressive servent de trait d’union entre l’énergie du folklore et le savoir-faire classique d’une manière à la fois prosaïque et exubérante.
« Il y a dans ces danses quelque chose d’immédiat et d’humain, explique-t-il. Leurs rythmes rustiques, leur intimité et la netteté de l’écriture de Bartók me rappellent que même les formes les plus abouties de la musique classique prennent racine, à la source, dans la communauté. »
Pour lui, le mélange de vitalité folklorique et de savoir-faire classique de Bartók est la métaphore musicale parfaite pour l’installation – un rappel que la convergence de nombreuses voix crée des commencements communs.
Chooi sees that history reflected in the piece itself: its rustic rhythms, modal colours and expressive clarity bridge the gap between folk energy and classical craft in a way that feels both grounded and expansive.
“There’s something immediate and human about these dances,” he explains. “Their rustic rhythms, their intimacy, and the clarity of Bartók’s writing all remind me that even the highest forms of classical music are, at their core, rooted in community.”
For Chooi, Bartók’s blend of folk vitality and classical craft is the perfect musical metaphor for the installation — a reminder that shared beginnings are shaped by many voices coming together.
Le stradivarius Dolphin de 1714 : un legs vivant
Timothy Chooi a interprété l’œuvre de Bartók sur le stradivarius « Dolphin » de 1714, largement reconnu comme l’un des instruments les plus remarquables de la période faste d’Antonio Stradivari. Le fait de jouer sur le Dolphin a été pour le virtuose une expérience grisante qu’il vit avec grande modestie. Ce violon est passé entre les mains de visionnaires comme Jascha Heifetz, dont les premiers enregistrements ont défini l’univers sonore du 20e siècle et ont transporté la musique classique dans les salons et les salles de concert du monde entier. Chaque interprète qui l’a utilisé par la suite, d’Akiko Suwanai à Ray Chen, a ajouté sa touche personnelle à la voix de l’instrument.
« Le fait d’avoir la chance de jouer de cet instrument vieux de 311 ans, grâce à la générosité de la Nippon Music Foundation, me donne l’impression d’entrer dans une lignée vivante, se réjouit Timothy Chooi. Son passé est extraordinaire, mais ce qui me touche le plus, c’est de savoir qu’un nouveau pan de son histoire s’écrit ici, au Canada. »
Pour le professeur Chooi, l’arrivée du stradivarius à l’Université d’Ottawa revêt une importance particulière. Il s'est senti investi de la responsabilité de faire honneur à la longue tradition de cet instrument avec intégrité et curiosité, tout en apportant sa contribution pour celles et ceux qui auront après lui la chance de le tenir entre leurs mains, en d’autres pays et devant de futurs auditoires.
Lors de ce moment collectif, l’instrument s’est inscrit dans l’histoire soulignée par la cérémonie : une histoire de continuité, de réinvention et de possibilités, transmise au fil des générations et par-delà les cultures. « Je souhaite que cette performance suscite chez les gens un sentiment de communion avec l’instant présent, avec les autres et avec ce que nous réserve l’avenir », espère Timothy Chooi.